Princesse de Lieven par Thomas Lawrence  (1769-1830)
 

 

 

LAWRENCE, Sir Thomas (1769-1830).

Né à Bristol. Son père y était aubergiste à l’enseigne du Lion Blanc, mais fit de mauvaises affaires. Par bonheur, à six ans Thomas dessinait déjà avec talent; on l’exhibait comme un prodige, il faisait le portrait des clients et leur récitait du Milton; son gain suffisait presque à faire vivre la maisonnée pourtant nombreuse (il avait quinze frères et soeurs). Entre dix et onze ans il copiait des dessins humoristiques, inventait des tableaux religieux et continuait à faire des portraits. Le prince de Galles même posa pour lui. En 1780, il était alors installé à Oxford depuis un an, seul soutien de sa famille. Il se rendit ensuite à Bath, puis à Londres où il entra à la Royal Academy en 1786. Il se mit alors à peindre à l’huile et exposa presque immédiatement. Son portrait de la Reine Charlotte peint en 1789 révèle une étonnante maturité et le célèbre portrait d’Eliza Farren date de l’année suivante. En 1792 Lawrence succéda à Reynolds comme peintre du roi et fut élu membre de la Royal Academv en 1794. Il avait déjà exposé plus de soixante oeuvres dont les portraits du Roi et de la Reine et de leurs enfants Sa clientèle. Surtout  féminine, ne cessa d'augmenter. En 1814, dès que le Continent fut ouvert aux voyageurs Lawrence se hâta vers le Louvre, mais n'y resta que peu de temps, car le Prince George IV, le chargea d'exécuter le portrait des hauts personnages qui avaient aidé à la restauration des Bourbons il peignit  ainsi l’Empereur de Russie, le roi de Prusse, Blücher, l’hetman des Cosaques. Mais l'annonce du retour de Napoléon l'empêcha de terminer son œuvre. Anobli en 1815, il vit défiler dans son atelier tous les héros de Waterloo.

 il peint (entre 1818 et 1820 surtout) l’éblouissante galerie de portraits historiques réunie dans la salle Waterloo du château de Windsor (L’Archiduc Charles, Le Cardinal Consalvi, Pie VII, Charles X, ce dernier peint en 1825, etc.). Mais ses peintures les plus saisissantes représentent la fleur de la gentry anglaise, dont il a été le poète incomparable, entre l’époque de Reynolds et celle des peintres victoriens : Arthur Atherley, exposé en 1792 (Los Angeles County Museum) ; John Allnutt, exposé en 1799 (coll. Sydney Egerton) ; Lord Charles Stewart, exposé en 1813 (coll. du marquis de Londonderry) ; Wellington, qu’il présente à plusieurs époques , en 1814 notamment (Apsley House, Londres) ; Lady Blessington , exposé en 1822 (coll. Wallace, Londres). Il est le peintre par excellence du dandysme en son âge d’or

 
 

Lawrence a joui de son vivant d’une immense réputation non seulement en Grande Bretagne mais dans l’Europe entière. Lui aussi embellissait sans vergogne les femmes dont il faisait le portrait. Le poète Rogers disait de lui « Je ferais peindre ma femme par Philipps, mais pour ma maîtresse, je choisirais Lawrence ». Il cherche l’effet même facile, l’élégance même vulgaire. C’est un brillant exécutant. Peut-être ce peintre prodigieusement doué est-il aujourd’hui trop décrié, au moins a-t-il le mérite de dessiner soigneusement ses portraits avant de commencer à les peindre. Delacroix, qui l’avait connu en 1825, écrivait encore en 1858 «Peut-être trouverais-je [ dans une exagération de moyens d’effets qui sentent un peu trop l’école de Reynolds; mais sa prodigieuse finesse de dessin, la vie qu’il donne à ses femmes qui ont l’air de vous parler, lui donnent comme peintre de portraits une sorte de supériorité sur Van Dyck lui-même, dont les admirables figures posent tranquillement. L’éclat des yeux, les bouches entr’ouvertes sont rendus admirablement par Lawrence )).