Le tribut de monnaie face au collecteur d'impôt de Masaccio
Une  mise en relief de cette scène de l'évangile célèbre : "rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu"

 

 

 

 

Le tribut de monnaie

1426-27
Fresque, 255 x 598 cm
Cappella Brancacci, Santa Maria del Carmine, Florenc
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L'épisode dépeint l'arrivée dans Capharnaüm de Jésus et des Apôtres, basée sur le texte  de  l'Évangile de Matthieu. Masaccio a inclus les trois moments différents de l'histoire dans la même scène : la demande du collecteur fiscal, avec la réponse immédiate de Jésus indiquant à Pierre comment trouver l'argent nécessaire, est illustrée dans le centre; on montre à Pierre attrapant le poisson dans le Lac Génézareth et l'extraction de la pièce de monnaie à gauche; et, à droit, Pierre remet l'argent  au collecteur d’impôt devant sa maison. Cette épisode, soulignant la légitimité de la demande du collecteur d’impôt, a été interprété comme une référence à la contradiction vive existant  à Florence  sur la réforme fiscale proposée ; finalement un arrangement a été trouvé en  1427 avec l'établissement d'un registre officiel fiscal, qui a permis  d’obtenir un système de taxation beaucoup plus juste dans la ville.

Au centre de la composition, le Christ, entouré par le groupe des Apôtres, se voit le chemin barré par le gardien de la cité qui lui demande une obole en guise de droit d’entrée. A gauche, saint Pierre attrape, sur l’ordre de Jésus, un poisson dans un lac et il retire de sa gueule ouverte les deux drachmes exigées par le Romain. A droite, le même saint Pierre s’acquitte du tribut réclamé. Au premier abord, cette fresque — qu’aucun profane non averti n’a jamais, à ma connaissance, trouvée très belle — semble nous reporter au temps de Duccio tant est frappante l’analogie du groupe des Apôtres avec ceux que peignit le vieux maître siennois coiffures traditionnelles — saint Pierre avec sa frange et sa barbe carrée taillée court, saint Jean frais, blond et frisé —, manteaux de couleurs différentes drapés sur des tuniques d’un ton tranchant, et surtout ce sens du groupe collectif si caractéristique de Duccio. Le petit édicule à droite qui symbolise l’entrée de l’enceinte, la minuscule flaque d’eau censée, dans le plus pur esprit du début du Trecento, représenter le lac de Génésareth, la barrière de montagnes rocheuses qui masque le fond, la double et triple apparition des personnages — saint Pierre est représenté trois fois, le Romain deux fois —, accentuent le sentiment de dépaysement dans le temps.

. Galienne Francastel écrit dans son ouvrage "le style de Florence"La ligne d’horizon mal dégagée dans l’entrecroisement des montagnes semble plutôt trop haute et la profondeur étriquée du paysage sommaire ne dépasse pas celle que l’on a pu maintes fois observer chez les gothiques quand il leur plaisait d’en indiquer un.Ce qui, en revanche, est inédit et puissant dans la fresque de Masaccio, c’est le traitement du corps humain. Les corps sont d’aplomb, tels qu’on n’en a jamais vu en Italie jusque là. Cet effet est obtenu grâce à la position des pieds déterminée — comme l’a si justement observé Vasari — par de remarquables raccourcis et grâce à une robustesse inusitée (les figures : cou puissant et court, assise très large de la tête, carrure démesurée, jambes solides et musclées ; chaque personnage de Masaccio est un être bâti à chaux et à sable, que l’on trouverait peut-être un peu encombrant dans une rue étroite mais qui, peint sur un mur, donnerait une impression de vie extraordinaire si les visages figés dans une expression d’intensité suraigu ne venaient pas gêner quelque peu cet effet. Non seulement les corps sont robustes, bien plantés, ou bien traduits par des raccourcis savants — la figure de saint Pierre accroupi est un chef-d’oeuvre"

— Il ajoute "mais, en outre, les chairs sont modelées par de larges coups de pinceau avec une technique que l’on peut, sans hésiter, rattacher à la pratique du clair-obscur bien avant que le terme n’ait été employé. Toutes ces remarques s’appliquent également aux deux nus célèbres d’Adam et d’Ève ainsi qu’aux autres fresques de la chapelle qui sont de la main de Masaccio. Le tout réuni, aplomb, robustesse, modelé et clair-obscur, se conjugue pour produire une sensation saisissante de relief presque matérialisé et les premiers commentateurs de Masaccio, à la fin du XV ème et au début du XVI ème siècle, ne s’y sont point trompés en insistant, dans leurs éloges, uniquement sur sa faculté d’imiter fidèlement la nature. Car ce n’est que depuis Vasari que prend naissance la sublimation de Masaccio en tant que premier inventeur de la perspective.

Il ne  s’agit pas d’être injuste; le relief, le modelé et le raccourci systématique (car le raccourci occasionnel a été pratiqué par un grand nombre d’artistes du Trecento sont incontestablement des éléments dont la Renaissance fera, en effet, une de ses  règles fondamentales. On peut, certes, à ce titre, reconnaître Masaccio comme l’un des premiers ouvriers du mouvement qui allait naître".