Odilon Redon

Odilon Redon (1840-1916)

Aux coloris éblouissants et au sens admirable de l'orchestration chromatique

Le monde magique d'Odilon Redon à ses débuts

Cet artiste, discret et réservé, se donnait clairement pour but de mettre « la logique du visible au service de l’invisible » Un monde magique où règnent la peur des forces mystérieuses et d’étranges visions se déploie dans les lithographies de sa première période.

Elle lui vaut la considération de collectionneurs éclairés, des écrivains symbolistes, puis de la nouvelle génération de peintres français représentée par Gauguin, Émile Bernard et les nabis.

Au début du XXe siècle, un Redon inattendu se  manifeste  aux coloris éblouissants annonce le surréalisme

Avec ses natures mortes aux fleurs d’un style détendu , ses évocations de figures mythologiques et ses paravents décoratifs. Au lieu de sujets étranges, ce sont désormais des coloris éblouissants qui créent le climat envoûtant de ses œuvres. Le public comme les critiques ne surent pas toujours saisir le lien entre les deux aspects de la production de l’artiste, et sa renommée connut en conséquence une éclipse ; expositions et travaux critiques ont contribué à lui restituer sa véritable place : celle d’un visionnaire qui, enraciné dans l’époque de l’Art nouveau, annonce certains aspects du surréalisme.

Succès grandissant avec ses séries de lithographies, 

éditées à vingt-cinq ou cinquante exemplaires, trouvent progressivement leur place dans la communauté des connaisseurs avertis. Les principaux titres sont Dans le rêve, À Edgar Poe, Les Origines, Hommage à Goya, La Nuit, Songes, La Maison hantée ; la dernière série est constituée par des évocations de La Tentation de saint Antoine de Flaubert, et de l’Apocalypse.

Couleur et imagination

Alors qu’il est âgé de près de soixante ans, une nouvelle période créatrice commence pour Redon. Il se tourne vers l’extérieur, voyage en Bretagne, sur la côte d’Azur, en Hollande, en Angleterre, en Suisse et en Italie, et participe aux expositions. Il recourt à la peinture et au pastel, et y déploie un sens admirable de l’orchestration chromatique. Dans son œuvre graphique, il était parvenu à pénétrer dans le royaume caché de l’imaginaire, en se soumettant « aux lois secrètes qui, dit-il, m’ont poussé à créer, selon mes rêves, des choses dans lesquelles j’ai mis mon moi tout entier » ; mais maintenant, sa peinture le conduit à maintenir la communication avec « les merveilles du monde visible »

Expression de ses sentiments par une correspondance chromatique

En recherchant, pour exprimer ses sentiments, des correspondances chromatiques et formelles, Redon suit une voie qui avait été indiquée en premier lieu par Baudelaire et qui préoccupait tous les artistes d’avant-garde. C’est dans cette perspective qu’on peut s’expliquer sa sympathie pour Gauguin, et aussi comprendre pourquoi Maurice Denis, en peignant son Hommage à Cézanne, a mis Redon à la place d’honneur. De fait, Redon a en commun avec la nouvelle génération d’artistes non seulement le goût de l’intimité, et de la couleur conçue comme élément constructif et non plus imitatif, mais aussi un sens nouveau de l’espace.

 

Brève Biographie

Odilon Redon faillit naître sur le bateau qui ramenait ses parents de la Louisiane où ils avaient fait fortune. Mais c'est à Bordeaux qu'il vint au  monde, le 20 avril 1840. Il vécut jusqu'à l'âge de 7 ans dans le château de Peyrelebade (landes) propriété appartenant à ses parents.

Puis revint à Bordeaux  pour suivre les cours de dessin d'un professeur de la ville, Stanislas Gorin de Baux.

 À l’âge de vingt ans, il se rend à Paris, mais il ne trouve guère de satisfaction dans l’étude de l’architecture, pas plus que dans l’enseignement du peintre académique Jean-Léon Gérome

Dix ans plus tard, il prend part à la guerre entre la France et la Prusse. À quarante ans, il épouse une jeune fille créole, Camille Falte. Il manifeste dès lors plus d’assurance dans sa production, où il est encouragé par un autre artiste isolé, Rodolphe Bresdin.

Le succès vint lorsqu’il fut invité, en 1886, et à plusieurs reprises ensuite, à participer à l’exposition du groupe des XX, à Bruxelles, lequel constituait alors la véritable plate-forme de l’avant-garde internationale 

En 1910 il se retira à Bièvre tout près de Versailles. Son bonheur dure jusqu'au 2 août 1914 jour où son fils Arl fut appelé sous les drapeaux.


Il mourut le 6 juillet 1916. Il repose  dans le cimetière de Bièvre, au sommet d'une colline dominant la belle vallée.

Rappelé en hâte du front, Son fils regrettera de ne pas l'avoir vu une dernière fois.

Publication posthume sous le titre "à soi-même"

Pour exposer sa doctrine esthétique et défendre l’imagination poétique contre l’illusionnisme naturaliste et un impressionnisme superficiel, il travaille à l’élaboration de notes autobiographiques qui feront l’objet d’une publication posthume sous le titre À soi-même ; par ses qualités littéraires et artistiques, cette œuvre est tenue pour l’un des documents les plus remarquables du genre.

L'influence des estampes japonaises

À l’élaboration de ce style, décoratif au meilleur sens du terme, concourt en particulier la connaissance des estampes japonaises, qui exercent leur influence non seulement sur Redon, mais sur toute la peinture moderne depuis Manet et Degas. Les peintures murales de Fontfroide (malheureusement inaccessibles), point culminant de toute son œuvre, peuvent être considérées comme une des données fondamentales du postimpressionnisme. La plus grande partie des œuvres de Redon étant dispersées en Hollande, en Suisse, en Amérique, au Japon et ailleurs, la grandeur comme les limites de son art symboliste n’ont pu être, semble-t-il, pleinement évaluées.