Pierre Brueghel ou Bruegel L

Pierre Brueghel ou Bruegel L'Ancien 
1525-1569

le peintre le plus humaniste de la Renaissance nordique sous son aspect érudit et social
 

 

Pierre Bruegel l'ancien est le peintre le plus authentique représentant de l'humanisme de la Renaissance Nordique sous son aspect érudit et sous son aspect social. On l’a surnommé Pierre le Drôle ou Brueghel le Paysan ; et sans doute fréquentait-il, pour le plaisir et pour l’étude, les noces villageoises. Van Mander le raconte. Mais à Anvers, ou à Bruxelles, ses amis sont des savants et des philosophes. Et son œuvre est celle d’un homme instruit de Virgile et d’Ovide, de Lucrèce, et, à travers Diogène Laërce, d’Épicure et d’Héraclite.De tous les artistes du XVIe siècle il a le mieux senti et utilisé les fécondes innovations italiennes et les leçons de l'antiquité.
Alors que les peintres du XVIe siècle analysent les articulations, la musculature d'un corps, les nuances d'un mouvement, Brueghel,s'attache à la forme globale, à la ligne qui brièvement exprime une masse, suggère du mouvement la force dominante.
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Brueghel porte-parole du monde paysan il vit leurs mésaventures
Il peut nous faire rire ou bien nous donner des frissons, Mais Oublions le Brueghel le drôle que le critique et biographe flamand, Karl van Mander décrivait dans son "het Schilder-Boeck" une vingtaine d'année après la mort du célèbre peintre: << Rares sont ses tableaux que l'on peut regarder sans rire et même celui qui est grave et sérieux ne peut s'empêcher de pouffer ou de sourire..>> pour ne retenir que le peintre cultivé, ambitieux d'imposer un style local rénové et sensible aux problèmes de son temps.
A la différence des peintres de cour, Brueghel vit son époque troublée par des crises économiques, les luttes religieuses, le fanatisme. il demeure fidèle à son indépendance tout pénétré du respect de la personne humaine. Mais il soufre avec son peuple, et sous le masque prudent de l'allégorie, il nous propose l'image de ses fatigues, de ses déceptions. Les drames de son temps modifient l'idée qu'il se fait de la nature humaine et il en donne par la magie de son art une interprétation expressionniste.
<<Brueghel allait souvent à la campagne pour voir les paysans et assister à leurs foires et à leurs mariages, il aimait s'habiller en paysan, et leur apporter des cadeaux, exactement comme s'il avait fait partie de leur classe ou de leur famille. Il se plaisait alors à observer ses hôtes dans leur façon de manger, de boire, de danser, de sauter, de s'aimer, et de s'amuser, tout cela il le mit en peinture avec beaucoup d'adresse et de gaieté, en employant la .peinture à I' huile ou l'aquarelle avec une habileté remarquable. >>Karl van Mander


Nous ignorons jusqu'à quel point Brueghel, qui était un citadin instruit et non un paysan, interpréta avec exactitude la vie des paysans qui font si souvent l'objet de ses tableaux. Nous ignorons Jusqu'à quel point il respecta fidèlement les opinions généralement admises, et dans quelle mesure il introduisit une tendance politique dans son œuvre, nous n'avons aucune précision sur les sources de ses allégories les plus complexes. En dépit de l'opinion courante, rien ne prouve que Brueghel fut le porte-parole d'un mouvement de résistance contre les Espagnols gouvernant son pays.
Fort heureusement, ces lacunes dans notre connaissance de Brueghel ne nous empêchent pas de saisir à peu près tous les éléments caractéristiques de son art. Pour Brueghel, l'homme n'était pas l'individu libre de la Renaissance, - on comprend dès lors qu'il n'ait jamais peint de portrait - il était avant tout dépendant de quelque force de la nature, d'une tradition, d'une croyance, ou d'une caste.
<<Il savait rendre ces hommes et ces femmes de la Campine avec leurs costumes, et il savait décrire à la perfection leurs danses paysannes et gauches aussi bien que leurs démarches ou leurs poses. Il était un grand maître de la composition, et avait un trait de plume extrêmement net et précis. Il fit de nombreux croquis d'après nature. Il suggère par les sujets choisis , par la composition, par le coloris, l'interdépendance essentielle du paysan et de la nature>> Karl van Mander

L'EVOLUTION DE SON ART
L'art de Brueghel se définit souvent encore par recours au passé. Dans la période anversoise, entre 1554 et 1563, en dépit du voyage en Italie, Brueghel semble peu sensible à l'enseignement de Raphaël et du Titien. C'est à Jérôme Bosch qu'il se réfère, à ses sujets fantastiques, à son écriture anguleuse. Dans la période bruxelloise (1564à 1569), son style se transforme au contact des romanistes de la cour, des tapisseries et des gravures faites d'après Raphaël, Michel Ange et des vénitiens.Mais il demeure fidèle à l'enluminure comme le prouve le dénicheur de nids ci-dessous illustré.

Galerie de tableaux de Pierre Brueghel " le vieux" Ses tableaux de la moisson, les chasseurs dans la neige, le dénicheur de nids et la danse des paysans sont commentés   



Notes biographiques


1525-1530 Né au village de Brôgel près de Brée-en-Campine. ou de s-Hertogensbosch (Bois-le-Duc), près de la frontière de la Hollande et de la Belgique actuelle. 1540-1548Apprenti à Anvers chez le romaniste Pierre Coecke,1550 élève chez Jérôme Cock. 1551 Franc maître de la ghilde d'Anvers . 1552 Traverse les Alpes et séjourne en Italie où il est en relation avec G. Clovio. 1553 retour d'Italie, travaille longtemps à des dessins pour la gravure au service de Jérôme Cock. 1557 première peinture signée Il semble que Bruegel ait peint tous ses tableaux entre 1557 et 1568. 1563 épouse la fille de Marie Bessemer, veuve de Pierre Coecke, il se fixe à Bruxelles. 1564  naissance de son fils  Pierre peintre sous le nom de Brueghel le jeune 1568 naissance de son fils Jean Brueghel peintre dit de "velours".1569 Mort le 5 septembre à Bruxelles et inhumé à l'église de La Chapelle. Les peintres de la famille Téniers sont ses descendants. Il était lié à des humanistes comme le géographe Ortelius qui nous a laissé son éloge en latin, et comme l'éditeur Plantin.

 Un peu d'histoire


Sur la maison de Bourgogne et sur la rupture des Pays-bas et de la Flandre voir Rubens


Technique utilisée par les peintres flamands du XVe siècle


ous savons qu'ils n'ont pas inventé la peinture à l'huile. Mais quel secret leur a permis d'atteindre à une qualité dans l'expression, à une beauté durable que certains peintres modernes ont vainement cherché à retrouver ? On a longtemps hésité entre une émulsion particulière et un vernis subtil. Certains historiens ne craignent pas d'affirmer aujourd'hui qu'ils peignaient tout simplement à l'oeuf. L'examen chimique effectué en 1951 du polyptyque de L'Agneau mystique a révélé sans discussion possible l'emploi d'une huile siccative, mêlée sans doute de résine naturelle et point du tout de l'oeuf comme liant de la couleur. Qu'en est-il pour l'ensemble des peintres, l'accord en ce domaine n'est pas fait.


La Nature mère de Beauté et d'Harmonie selon le dit de Rabelais passionne Brueghel


Ce qu'il garda le plus de son voyage dans le Sud, c'est le souvenir des grandes chaînes des Alpes .<<En voyage,Brueghel fit beaucoup de croquis d'après nature, en fait, on raconte que lorsqu'il visita les Alpes, il avala toutes les montagnes et tous les rochers, et de retour chez lui, les rejeta sur ses toiles et ses panneaux ; il comprenait si bien la nature, à tous les points de vue........>> Karl van Mander
Dans ce monde équivoque, Brueghel a quand même découvert une amie rédemptrice la nature. Oui, l'homme trébuche dans le fossé parce qu'il est mal dirigé, et, trompé par le monde, il lui tourne le dos, il doit faire front au désastre et au châtiment, et travailler dur pour vivre puis, une fois prospère, le voilà voué à la perpétuelle folie et aux basses satisfactions. Mais, aux yeux de Brueghel, la nature rachète tout cela par sa beauté irrésistible et rayonnante.
Les peintures de Brueghel sont presque toujours comprises du premier coup d'œil, dans leur ensemble tout au moins, car nous hésitons parfois sur des détails. Cette étonnante clarté est due, en partie, à la précision de son dessin, fruit de ses études inlassables du sujet (beaucoup de ses dessins portent la mention : " d'après nature ")) à laquelle vient s'ajouter l'intensité des couleurs vraies. Elle est due, d'autre part, à une habile composition qui, même dans ses œuvres de maturité, sublime tout le côté purement représentatif du tableau. Pour reprendre la phrase d'un critique ; " Bruegel utilise un boulet en guise de balle - et fait mouche dans l'œil du taureau. " il en résulte cette synthèse de la composition et de la représentation.
En 1567-1568 il peint des tableaux qui semblent contradictoires et l'on pourrait hésiter sur ses vraies pensées. Mais l'âpre intensité de certains d'entre eux parle si haut que la sérénité et la poésie du dénicheur, la joie des paysans dans la danse paysanne illustrés à côté n'expriment qu'un idéal de vie, un souhait ou un sursaut momentané d'espérances. La leçon dernière est dans les Mendiants. une poignante détresse la gueuserie et l'aveuglement des hommes, Bruegel n'a plus recours à la leçon religieuse. par là; il se sépare de Bosch par là aussi il clôt le Monde

La fin d'une ère


Avec Pierre Brueghel l'ancien s'achève une grande époque, dans le temps où les anciens Pays-Bas se séparent en deux pays, la BELGIQUE et la HOLLANDE. l'univers qu'il nous propose comme dernier peintre du XVIe siècle est très différent de celui qu'exprimaient Van Eyck, Rogier au XV e siècle. On est passé du sacré au profane, de Dieu à l'homme, de la foi à la raison critique, des êtres qui prient ou méditent à ceux qui travaillent, de la vie idéale à la vie réelle, et parfois du bonheur à la misère, du beau au laid, de la sérénité à l'inquiétude. Brueghel est l'expression même d'un humanisme total et souple, car elle est sensuelle et sensible; franche et robuste.Certes, il est prompt à se laisser emporter vers tous les excès, le trivial et le précieux, le terne et l'exubérant; mais il trouve toujours la mesure du coeur et de l'âme autant que celui de la pensée.Ses tableaux agissent d'abord sur notre âme par la sensation et mieux que par la ligne, par les jouissances de la couleur et par les charmes de la lumière.