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le miracle de la Ste Croix  par Vittore Carpaccio (1465-1526)

 inspire les modèles de robes portées par l'héroïne Albertine de Marcel Proust

 

 

Le Miracle de la sainte croix 1494

Brève Biographie de Vittore Carpaccio

Vittore Carpaccio, ou Scarpa (de son vrai nom Scarpazza), est né à Venise vers 1465. Il a été l'élève puis le collaborateur de Gentile Bellini. Dans ses débuts, il peint d'une manière objective et narrative rappelant les tapisseries flamandes. Les scènes successives d'un évènement se déploient dans une atmosphère pittoresque, avec une absence d'unité dans le style, mais tout en mouvements et en couleurs.

Malgré l'influence de Gentile et de Giovanni Bellini, Carpaccio n'occupe qu'une place marginale dans la peinture vénitienne.

Mais, après la ferveur enthousiaste de Ruskin et de ses disciples, s’est dessinée une réaction tendant à faire de Carpaccio un simple «’illustrateur » des légendes sacrées, un narrateur pittoresque.

Vers 1490, il décore la Scuola de Sainte Ursule, où la famille Loredan a sa sépulture.

La série des neuf toiles de Carpaccio sur ce pèlerinage est au Musée de l'Académie de Venise. Elle présente une succession de scènes se déployant, avec un grand nombre de personnages, dans un climat de festivités : le départ des fiancés, l'arrivée à Rome, les ambassadeurs ... à l'exception d'une seule toile relative à un rêve de la sainte, traitée dans un intérieur calme et lumineux

 

 

 

Lorsque Gentile Bellini lui confie, en 1494, l’exécution de l’une des toiles de la scuola de Saint-Jean-l’Évangéliste illustrant les Miracles de la croix, il donne une vue animée du Grand Canal et du Rialto, il détaille avec joie la fuite des cheminées contre le ciel, la silhouette élancée des gondoliers, les éclats lumineux qui font briller leurs vêtements de soie. Il s’attarde aux broderies de marbre des palais, aux poutres du pont traversées de soleil (dont la perspective fait penser aux portes entrouvertes en trompe-l’œil des marqueteries d’Urbin), à la toison frisée d’un petit chien blanc, à la fine architecture d’un portique incrusté de médaillons antiques. Le miracle qui s’y déroule est à peine le prétexte de la composition. Il ne semble guère émouvoir en tout cas les heureux Vénitiens qui poursuivent leur paisible promenade sur le canal

 Dans ce  tableau Vittore Carpaccio  décrit l'animation qui se déroule sur le  pont du Rialto . Les marchands vénitiens, chrétiens, juifs, musulmans grecs et Arméniens se coudoient sur les quais encombrés, marchandant les riches cargaisons venues d'Orient. Ces riches négociants  et visiteurs vêtus de brocart, couverts de pierreries drapés de soie cramoisie, orné d'emblèmes dorés portent des vêtements ornés d’arabesques, qui  ont inspiré Marcel Proust ; Ce dernier les relate   dans sa correspondance adressée à Maria Mandrazzo  tante par alliance du couturier  Fortuny  dont  Carpaccio a fourni les modèles de robes  portés par son héroïne Albertine

Extraits des lettres de Marcel Proust à Maria de Madrazzo

"A défaut un renseignement précis sur telle robe, tel manteau (Il n’a jamais fait de souliers) de tel Carpaccio. Carpaccio est précisément un peintre que je connais bien , j’ai passé de longues journées à San Giorgio dei Schiavoni et devant Ste Ursule, j’ai traduit tout ce que Ruskin a écrit sur chacun de ses tableaux,… Il n’y a pas de jour que je ne regarde des reproductions de Carpaccio, je serai donc en terrain familier…..

J’ai tout de suite reconnu le tableau  extraordinaire qui s’appelle je crois la Ste Croix et représente une cérémonie d’exorcisme par le patriarche de Venise, un des Carpaccio où ce peintre divin a le plus librement et le plus réalistement évoqué la Venise de son temps. C’est à ce point de vue, documentaire comme du Gentile Bellini tout en étant comme art infiniment supérieur et du plus ravissant Carpaccio. Si vous vous rappelez le manteau, il y a là toute une floraison de cheminées évasées, aussi belles qu’une floraison de tulipes, et dont je ne serais pas surpris qu’elle ait q.q. peu inspiré certains petits «Venise» de Whistler. Quant aux compagnons de la Calza je me les rappelais mieux dans la vie de Ste Ursule où Carpaccio n’a eu garde de les oublier et en retrouver ici avec joie. Mais je n’ai pas le tableau assez présent à l’esprit pour me rappeler les couleurs. Donc quand vous verrez Fortuny vous me ferez grand plaisir en lui demandant la description la plus plate de son manteau, comme ce serait dans un catalogue disant étoffe, couleurs, dessin, (c’est le personnage qui tourne le dos n’est-ce pas?). Cela me serait infiniment précieux car je vais faire tout un morceau là-dessus." (extrait de lettres de Proust à Maria de Madrazzo en février-mars 1916- publiées dans BSAMP n° -3-1953)

Extrait de A l'ombre des jeunes filles en fleurs

Les indications vestimentaires fournies par  Fortuny furent reprises  par Proust dans son oeuvre " à l'ombre des jeunes filles en fleurs au cours d'une visite rendue au peintre  Elstir dans son atelier . ...<<quand amarrés à l’aide de ponts volants, recouverts de satin cramoisi et de tapis persans ils portaient des femmes en brocart cerise ou en damas  vert, tout près des balcons incrustés de marbres multicolores où d’autres femmes se penchaient pour regarder, dans leurs robes aux manches noires à crevés blancs serrés de perles ou ornés de guipures ..Albertine  écoutait avec une attention passionnée ces détails de toilette, ces images de luxe que nous décrivait Elstir « Oh! je voudrais bien voir les guipures dont vous me parlez, c’est si joli le point de Venise, s’écriait-elle ; d’ailleurs j’aimerais tant aller Venise ! — Vous pourrez peut-être bientôt, lui dit Elstir contempler les étoffes merveilleuses qu’on portait là-bas. On ne les voyait plus que dans les tableaux des peintres vénitiens, ou alors très rarement dans les trésors des églises, parfois il y en avait une qui passait dans une vente. Mais on dit qu'un  artiste de Venise, Fortuny, a retrouvé le secret de leur fabrication et qu’avant quelques années les femmes pourront se promener, et surtout rester chez elles dans des brocarts aussi  magnifiques que ceux que Venise ornait, pour ses patriciennes, avec des dessins d’Orient ...>>