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Paul Cézanne

1839-1906

Le père de la peinture moderne

 

Cézanne, précurseur de l’art moderne

Le milieu d’origine de Cézanne est celui de la bonne bourgeoisie provinciale. Son père, propriétaire à Aix-en-Provence d’une prospère fabrique de chapeaux, vivait cependant quelque peu en marge de la société aixoise: il n’était pas marié avec la mère de son fils, une de ses anciennes ouvrières, lorsque ce dernier naquit, en 1839, et ne légalisa sa situation que cinq ans plus tard (une fille étant d’ailleurs née entre-temps), avant de s’établir comme banquier. Cézanne fit toutes ses études à Aix, acquérant une solide culture classique et se liant d’une profonde amitié avec quelques-uns de ses camarades de collège, au premier rang desquels Émile Zola, alors son confident le plus intime. Son père le destinait au droit, et il s’inscrivit à la faculté d’Aix en 1858. Sa vocation artistique était pourtant déjà assez affirmée (il avait suivi les cours de l’école gratuite de dessin depuis 1857) pour qu’il songe à aller étudier la peinture à Paris. Il finit par obtenir de son père, qui l’entretient, l’indispensable autorisation, et fait un premier séjour parisien au printemps et à l’été de 1861. Il revient à Aix travailler dans la banque paternelle, mais repart un an plus tard pour Paris. C’en est désormais fini des faux départs, des hésitations sinon du découragement devant les difficultés du métier: Cézanne, définitivement, a décidé d’être peintre.
Les années suivantes, où il alterne les séjours parisiens, les retours à Aix et les voyages en Provence, le voient suivre le chemin d’un étudiant indépendant, mais aussi respectueux, sur bien des aspects, de l’apprentissage traditionnel. Il travaille sur le modèle à l’académie suisse, fréquente le Louvre où il remplit de nombreux carnets de croquis d’après les maîtres et copie plusieurs tableaux. Il continue à fréquenter Zola, qui le soutient dans ses efforts, intellectuellement, moralement et financièrement, fait aussi la connaissance de Pissarro et Guillaumin, puis de Bazille, Renoir, Monet, Sisley, Manet.

Les refus du salon d'automne

 Cézanne, à partir de 1863, propose régulièrement des peintures au jury du Salon: elles y seront toujours refusées, à une exception près, un portrait, exception d’ailleurs tardive, malgré ses efforts et les appuis dont il pouvait disposer. Il protestera même plusieurs fois officiellement, réclamant, sans suite, le rétablissement du Salon des refusés. Le jeune peintre n’a toutefois pas les mêmes problèmes d’argent que certains de ses amis, grâce à la pension paternelle. Celle-ci aurait pu être remise en cause après sa rencontre, en 1869, avec celle qui va devenir sa compagne, Hortense Fiquet. Son père désapprouverait sans doute cette liaison: Cézanne la lui cache donc, de même que plus tard la naissance d’un fils, Paul, en 1872, dont l’existence ne sera découverte, fortuitement, qu’en 1878. Cette situation bancale durera en fait jusqu’au mariage, en présence des parents, en 1886.
Le couple passe la guerre de 1870-1871 en Provence, puis revient s’établir à Paris. Chargé de famille, Cézanne, sur les instances de Pissarro, s’installe alors à Pontoise, puis à Auvers-sur-Oise (il y habite chez le docteur Gachet), où tous deux travaillent en commun. Il y exécute quelques estampes, mais se consacre surtout au paysage sur le motif, fortement marqué par l’exemple de Pissarro. C’est encore celui-ci qui obtient sa participation à la première exposition impressionniste, en 1874: ses œuvres y sont très mal reçues, et il refuse donc d’envoyer des toiles à la deuxième exposition, en 1876. Il ne s’y résout que pour la troisième, en 1877, où elles obtiennent encore un accueil très mitigé. Cézanne, dégoûté et meurtri, cesse alors toute participation. S’il reste très en marge du groupe impressionniste, il continue de travailler à Paris et dans les environs, tout en revenant régulièrement dans le Midi. Le milieu des années 1880 marque par ailleurs un tournant dans sa vie. Il a rompu avec Zola en 1886, lors de la parution de L’ŒUVRE, où il s’était reconnu dans le personnage du peintre avorté Claude Lantier. La mort de son père, la même année, le met en possession d’une fortune suffisante pour lui assurer définitivement son indépendance. Relativement à l’écart du mouvement artistique, gardant seulement quelques contacts, très distendus, avec ses anciens camarades impressionnistes, il travaille maintenant de plus en plus souvent et longuement en Provence.
Il avait fini par faire accepter un portrait au Salon, en 1882. Il s’agit cependant d’une exception, qui ne se renouvellera pas, et ses peintures ne seront que rarement montrées au public, en 1889 à l’exposition universelle, en 1887 et 1890 avec le groupe des XX, à Bruxelles, avant l’événement que constitue la rétrospective chez Vollard en 1895.

Parcours et formes           

Aux années de jeunesse et de formation parisienne correspond ainsi une période “romantique”. Lui succède, de 1872 à 1877, la période “impressionniste”, puis, après qu’il s’est détaché du groupe, la période “constructive” jusque vers 1886-1887. Vient enfin la période “synthétique”, où Cézanne rassemble ses recherches pour arriver à cette “terre promise” qu’il dit entrevoir, dans une lettre à Vollard de 1903. L’analyse formelle joue un rôle déterminant dans cette répartition, le style de Cézanne s’épurant constamment pour aboutir aux œuvres ultimes qui constituent la quintessence de son travail. La place du peintre, entre le romantisme et le réalisme, d’une part, et le cubisme de l’autre, héritier des avant-gardes de son siècle, précurseur de tout le modernisme pictural, en ressort d’autant mieux, et par voie de conséquence la portée de son œuvre.
Ce qu’il appelait sa peinture “couillarde”, autrement dit les œuvres de sa jeunesse, faites autant pour affirmer son métier naissant que sa forte et contradictoire personnalité, pour choquer et pour étonner tout à la fois, est nettement influencée par les peintres qu’il admirait: les Vénitiens, Titien et Giorgione, les Flamands, surtout Rubens, les Espagnols aussi, les Français enfin, essentiellement Delacroix et Courbet, mais aussi Daumier et, un peu plus tardivement, Manet. Il emprunte à chacun des éléments formels au service d’un style très personnel, caractérisé par la violence de la touche, large, souvent empâtée, retravaillée au couteau: la matière picturale s’étale sur la toile.

La série de la Montagne Sainte Victoire
  

La série des Montagne Sainte-Victoire comme les Nymphéas de Claude Monet, les natures mortes cubistes (celle de Picasso, de Braque ou de Juan Gris) conduisent à méditer sur cette fascination du regard obsédé par un thème que le travail pictural fait disparaître par l’effet d’exercices formels de plus en plus déréalisant. C’est que le travail sériel contient le destin temporel de la vision: l’œil ne s’arrête pas arbitrairement sur un simple prétexte, il choisit l’objet sur lequel il va s’acharner, car la série a pour but de dénaturer et, à chaque moment de l’histoire, c’est une nouvelle idéologie de la nature à laquelle le peintre s’affronte.

Cézanne, dans la première série qu’il consacre, entre 1882 et 1887, à la montagne Sainte-Victoire , qui reste aujourd’hui comme son sujet de prédilection, en est arrivé à un style imprégné de classicisme. La construction formelle du motif est désormais déterminante, comme dans La Montagne Sainte-Victoire au grand pin, où les branches de l’arbre, au premier plan, accompagnent sur toute la longueur du tableau la courbure de la montagne, avec une intention évidemment décorative, teintée de japonisme. La touche, compacte et resserrée, disposée en vibrantes diagonales parallèles, acquiert une certaine autonomie par rapport aux objets représentés. Le coloris, plus éclatant et plus tranché, s’affranchit lui aussi du strict rendu réaliste: l’effet proprement plastique semble désormais primer. C’est au même moment qu’apparaissent, dans les natures mortes, les distorsions de l’espace qui ne peuvent, comme on le pensait à l’époque, relever, à ce stade du développement stylistique cézannien, de simples maladresses. Incomprises en leur temps, elles sont ensuite devenues comme l’un des traits caractéristiques de son génie, génie d’un peintre annonciateur ou initiateur du cubisme.
 Ce côté prophétique semble bien loin, en tout cas, des préoccupations de l’artiste qui, dans les quinze dernières années de sa vie, rassemble tout son travail antérieur, en particulier dans la seconde série des Montagne Sainte-Victoire, Cézanne, qui disait, dans ces dernières années, progresser chaque jour un peu plus, écrivait pourtant en 1906 à son fils: “Enfin je te dirai que je deviens, comme peintre, plus lucide devant la nature, mais que, chez moi, la réalisation de mes sensations est toujours très pénible. Je ne puis arriver à l’intensité qui se développe à mes sens, je n’ai pas cette magnifique richesse de coloration qui anime la nature.”

Galerie de Peintures   

de Paul Cézanne: Les nombreux tableaux réalisés sur la Montagne Ste Victoire et se trouvant éparpillés dans de nombreux musées et ses natures mortes

 

 

 Notes Biographiques            

1839  6 janvier Naissance de Paul Cézanne d'un père chapelier puis banquier.camarade de Zola, il décide de faire de la peinture
 1861. Il part pour Paris et travaille à l'académie suisse où il se lie avec Pissarro
1869 rencontre avec Hortense Fiquet Elle deviendra rapidement son modèle et sa compagne et lui donnera un fils, Paul, 1873 travaille avec Pissarro à Auvers sur oise 1874 prend part à la 1ère exposition des impressionnistes.1886 Rupture avec Zola 1895 exposition consacrée aux peintures de Paul Cézanne organisée par  Vollard1906 Paul Cézanne s'éteint le 22 octobre à Aix-en-Provence. d'une pneumonie qu'il attrapa alors, à l'âge de 67 ans.

1863-1872 période " couillarde" 1866-1870 voyage à l'Estaque1873 Auvers sur oise avec Pissarro1895 gde exposition  chezVollard1901-1904reconnaissance de la jeunesse & salon d'automne

Analyse de la nature morte au panier1880 musée d'Orsay.

Un monde sépare l'idée spatiale, horizontale et perspective de Millet (L'angélus) de celle de Paul Cézanne (l'Estaque). Dans ses natures  mortes ou dans ses paysages de l'Estaque (1878- 1879), Cézanne traite  les différents plans horizontaux, rabattus à la verticale, à la manière des lamelles d'un store vénitien. Il utilise la perspective linéaire, adaptée suivant les cas, mais affiche une grande indifférence pour la  perspective aérienne. Les valeurs sont égales quelle que soit leur  position géographique. De nos jours personne ne s'émeut devant  la vision "abstraite" d'une photo d'avion prise à la verticale du regard. Mais on comprend que les yeux "cubistes" de Picasso  ou de Braque se référeront, 25 ans plus tard, aux sensations  "cadastrales" de Cézanne.

 

Le désir de rabattre les plans est évident dans ses natures mortes ou dans ses paysages de l'Estaque. Ici pour faire accepter cette verticalisation des éléments :

 1°- il recule la table après la serviette 2° cela lui permet de reculer le panier qui ne repose plus sur la table3°-cela lui permet de meubler le haut du tableau par la chaise ( celle-ci devrait à l'emplacement du pointillé)'°- les ellipses des pots sont ou vues  à hauteur de l'oeil, ou rabattues

NB- pour que son subterfuge ne se voit pas, il dispose des fruits devant la base du panier.

 

Cézanne annonciateur du cubisme

Un monde sépare l'idée spatiale, horizontale et perspective de Millet (L'angélus) de celle de Paul Cézanne (l'Estaque). Dans ses natures  mortes ou dans ses paysages de l'Estaque (1878- 1879), Cézanne traite les différents plans horizontaux, rabattus à la verticale, à la manière des lamelles d'un store vénitien. Il utilise la perspective linéaire, adaptée suivant les cas, mais affiche une grande indifférence pour la perspective aérienne. Les valeurs
sont égales quelle que soit leur position géographique. De nos jours personne ne s'émeut devant la vision "abstraite"
d'une photo d'avion prise à la verticale du regard. Mais on
comprend que les yeux "cubistes" de Picasso ou de Braque se  référeront, 25 ans plus tard, aux sensations "cadastrales" de Cézanne

CÉZANNE Le Père de la peinture Moderne
 
Décrié à ses débuts, et encore assez tard dans sa vie, Cézanne est aujourd’hui une figure capitale de l’histoire de l’art.
 Sa participation au mouvement impressionniste, somme toute relativement mineure, compte moins ici que la place qu’il occupe entre le XIXe et le XXe siècle, entre d’une part le romantisme de Delacroix et le réalisme de Courbet, qui le marquèrent si fortement à ses débuts, et, de l’autre, les mouvements de la peinture contemporaine depuis le cubisme qui, à des degrés divers, se réclamèrent tous plus ou moins de lui.
 Il n’est pas sûr que le bruit fait maintenant autour de son œuvre aurait vraiment réjouis le Cézanne des dernières années, qui redoutait par-dessus tout qu’on le récupérât, qu’on lui mît “le grappin dessus”. La peinture fut pour lui avant tout un travail d’ouvrier, un travail solitaire, sauf à de rares moments, presque pénible, pratiqué sans interruption. De même le dessin, dont on oublie trop souvent qu’il s’agit d’un élément essentiel de son processus créatif. Il plaçait très haut les fins de l’art, voulant produire des tableaux “qui soient un enseignement”. Aussi ces derniers sont-ils de plus en plus réfléchis au fur et à mesure qu’il vieillit, mûris dans l’introspection d’un artiste qui, cependant, se donnait comme premier maître la nature: “On n’est ni trop scrupuleux, ni trop sincère, ni trop soumis à la nature; mais on est plus ou moins maître de son modèle, et surtout de ses moyens d’expression”, écrivait-il en 1904. Cette tension entre la réalité objective et sa transposition esthétique est au cœur de sa démarche. Ainsi s’explique pourquoi Cézanne a pu être un modèle pour les générations qui l’ont suivi, alors même qu’elles employaient des chemins divers et contradictoires entre eux.

"Nous sommes tous partis de Cézanne" dira Fernand Léger. Albert Gleizes surenchérir " Qui comprend Cézanne pressent le Cubisme". en effet, il suffit d'envisager attentivement le processus de ce réalisme qui parti de la réalité superficielle de Courbet s'enfonce avec Cézanne dans la réalité profonde et s'illumine en obligeant l'inconnaissable à reculer..."l'influence de Cézanne apparaîtra chez Picasso par le truchement de Derain dès 1904. Derain a en effet passionnément analysé Cézanne. C'est à partir de Cézanne que Derain a interrogé l'art nègre; cette influence, Derain la partagera avec Matisse puis avec Picasso et conduira entre 1906 et la fin 1907 aux baigneuses du premier, au nu bleu du second et aux Demoiselles d'Avignon du troisième. Tous les trois se seront imprégnés du constructivisme et de la forme structurale des oeuvres de Cézanne.

Même les siens ne l'ont par reconnus

 Quelques années plus tôt, en 1895. Son marchand Ambroise Vollard a organisé une grande exposition qui lui fut consacrée Elle lui demanda beaucoup d'efforts pour rassembler ses tableaux. Ambroise Vollard raconte dans son livre" En écoutant Cézanne, Degas, Renoir," comment débarquant à Aix, il s'en fut à la chasse aux Cézanne que, disait-on, le peintre abandonnait à des gens qui n'en avaient nul souci, ou qu'il laissait sur le terrain quand l'étude ne lui convenait pas. Il trouva un premier possesseur qui se défit de sa toile à bon compte et l'emmena bientôt vers une autre demeure pour le même motif. « Je le suivis, écrit Vollard, dans une maison où, sur le palier qui, à Aix, tient lieu généralement de « débarras », quelques magnifiques Cézanne voisinaient avec les objets fêlés, vieux souliers, seringues hors d'usage, cage d'oiseau, pot de chambre.. Mon guide frappa à la porte qui s'entrebâilla, retenue par une chaîne de fer. Un couple était accouru. Des questions furent posées, nombreuses. Mais la confiance ne venait décidément pas... » Quand Vollard eut accepté le prix de mille francs demandé avec audace par les Aixois, il fallut encore que le mari aille à la banque pour vérifier si le billet était bon. Cela fait, il revint et l'acquéreur put emporter ses toiles. « A peine avais-je quitté la maison, poursuit ce dernier, que je m'entendis héler de la fenêtre : « Eh ! l'artiste» vous en avez oublié une » Et un paysage de Cézanne s'abattait à mes pieds ! » Ce tableau pouvait être la Montagne Sainte Victoire au grand pin qui est à présent exposé au musée Metropolitan de New York

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