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En bref
Le
visage d'Isabelle Adjani. Cette image n'est pas si loin de la vérité
d'ailleurs et le film de Truffaut est sûrement ce qui a rendu à Camille ce
qui lui était dû : ne plus être seulement "la soeur de Paul" ou "la
maîtresse de Rodin". Mais être Camille Claudel à part entière, sculpteur à
part entière, créatrice et artiste jusqu'au bout de ses dix doigts qui
créèrent, dans la glaise, dans le marbre ou dans l'onyx (le plus difficile
des matériaux à travailler tant il est à la fois dur et délicat), et nous
laisse une oeuvre merveilleusement poétique et où le mouvement jaillit de
partout."(Etlartalors)
Au début des années 1885,
Rodin écrit à Camille ces mots enflammés:
« Ma très bonne à deux genoux devant ton beau corps que j'étreins"
Ils évoquent l'érotisme de l'Eternelle Idole et traduisent parfaitement la
passion qui unit les deux sculpteurs.
La petite drol' de fille
D'une
famille modeste, soeur du célèbre écrivain Paul Claudel (1868-1955),
Camille est née à Fère-en-Tardenois le 8 Décembre 1864; Elle passa une
partie de son enfance à Villeneuve-sur-Fère (Aisne) dans la maison
familiale où naquit Paul. Elle décida très tôt de devenir sculpteur ; elle
s'établit à Paris en 1881, sûre de son destin et de sa beauté : « Un front
superbe, surplombant des yeux magnifiques, de ce rare bleu si rare à
rencontrer ailleurs que dans les romans », notait Paul en 1951.
Serge Reggiani les a d'ailleurs chantés sur des paroles de Claude Lemesle:
"La petite drol' de fille, avec des yeux trop grands , pour ne pas être
bleus, la petite drol' d'anguille avalait en courant, la forêt quand il
pleut,et la terre sur laquelle elle jetait son corps comme on s'endort sur
l'autre,Ce lit où la vie se vautre, Elle jurait que ses mains y
défieraient la mort...Paul, mon petit Paul, tu vois ces branches que la
pluie Dessine sur le ciel, il m'arrive quelquefois d'imaginer la nuit des
arbres artificiels Et je sais très bien qu'un jour j'animerai la pierr' de
mon ciseau-caresse, Oui le marbre à sa faiblesse et je veux lui donner la
force de l'amour."
la force de
l'amour
En 1883, elle rencontre Rodin et
entre dans son atelier l'année suivante. Très vite l'élève douée devient
la maîtresse de Rodin, alors en pleine maturation de la Porte de l'Enfer
et des Bourgeois de Calais. Les deux artistes s'influencent mutuellement ;
la Jeune Fille à la gerbe de 1887, annonce la Galatée de Rodin, et les
Trois Faunesses sont à l'origine des figures féminines de la Vague de
Camille Claudel.
Le point culminant de la liaison entre cette femme dynamique et
talentueuse et le sculpteur le plus célèbre du pays se situe en 1892, dans
ce chateau délabré du XIII ème siècle, boulevard d'Italie, à Paris qu'on
appelait, "la folie Payen", où ils partageaient un atelier. L'oeuvre
majeure de Camille, cette année là, était la paire de danseurs nus que
Dayot voulait voir revêtir d'une draperie. Elle avait accepté de les
revêtir. Au salon de 1893, elle exposa cette oeuvre; Les jambes de la
danseuse étaient entourées d'un motif complexe de draperies qui n'ôta pas
la puissante suggestion érotique de l'oeuvre. D'ailleurs, Jules Renard,
lorsqu'il vit la paire de danseurs nus dit tout simplement: " Et ce groupe
de la Valse où le couple semble vouloir se coucher et finir la danse par
l'amour."
Camille donne toute la mesure de son art, alors que les relations avec
Rodin commençent à se détériorer comme en témoigne la cruauté des dessins
chargés que Camille consacre au couple Rose-Rodin: le Système cellulaire,
le Réveil, le Collage... Camille s'aperçoit qu'elle ne sera jamais madame
Rodin et qu'elle n'arrivera pas à évincer Rose Beuret ; les deux amants
rompent définitivement en 1898, et la blessure de cette rupture fut à la
mesure de l'amour incandescent que vécurent, même irrégulièrement, les
deux artistes pendant plus de dix ans.
Camille ne s'en remit jamais, même si son art commençait alors à
s'affranchir de l'influence de son illustre maître avec la Valse de 1892,
reprise en 1895 et éditée à de nombreux exemplaires par Eugène Blot après
1905, la Clotho de 1893, les différentes versions de la Petite Châtelaine
.
La jeune fille, le mentor et
l'harpie
" l'Age
mûr "est un cruel constat de l'abandon de Rodin ; Il laisse Camille qui
l'implore à genoux pour rejoindre Rose.Désormais, seule, Camille écrit à
son frère Paul à New York: " Je suis toujours attelé à mon groupe de
trois, ecrit-elle; Je vais mettre un arbre penché qui exprimera la
destinée".Personne ne connaissait l'existence de cette oeuvre , et elle
demandait, donc, à Paul de ne montrer les croquis à personne. Ces dessins
sont les premières idées de Camille pour un groupe qui allait devenir "
l'âge mur", une oeuvre autobiographique montrant un homme déchiré entre
une vieille harpie et une jeune femme.
Voir biographie de rodin et sa relation intime avec Camille Claudel et
Rose
La folie
"Un mouleur, ajoute-t-elle, pour se venger à détruit à mon atelier
plusieurs choses finies." Cette phrase est l'un des premiers signes de la
paranoïa qui allait anéantir Camille Claudel. C'était en 1893. On peut
rapprocher ces premiers signes de ses deux grandes pertes : celle de son
frère Paul, parti pour les Etats-Unis, et celle de son amant mentor, resté
auprès de Rose Beuret.
La part la plus profondément originale de l'oeuvre de Camille se situe au
tournant de ce siècle naissant quand, avec entre autres les Causeuses
(1897) et la Vague (1900), elle aborde un nouveau style issu du japonisme
alors en vogue et profondément ancré dans l'Art nouveau. Utilisant l'onyx,
matériau rare, elle fonde ses compositions sur d'élégants jeux de courbes
; Camille est alors un sculpteur en phase avec l'art de son temps. Hélas,
les prémices de la maladie de la persécution commençent à se manifester.
Rodin ne retira pas son soutien à Camille, même lorsque leur relation
personnelle était au plus basse.Il écrivit ainsi à Gauchez: " vous êtes
sévère pour moi, mais ce qui me console , c'est que vous rendez justice à
mon élève, qui est un grand sculpteur."Il obtint même qu'une oeuvre de
Camille Claudel soit offerte à Puvis de Chavannes à l'occasion de son
soixante-dixième anniversaire. La commission choisit " Clotho", une figure
du Destin en vieille femme .
A partir de 1906, la folie s'accentue, Elle est alors internée à Montfavet.Elle
n'aura d'autre rêve que celui de revenir dans la maison familiale: " Quel
bonheur! si je pouvais me retrouver à Villeneuve, Ce jolie Villeneuve qui
n'a rien de pareil ,s'écrie-t-elle, en 1927. Elle n'y reviendra jamais.
Elle mourrut en 1943
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ne plus être
seulement "la soeur de Paul" ou "la maîtresse de Rodin
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Repères
chronologiques
1864
8 décembre, naissance de Camille Claudel.1876Elle
modèle ses premières figurines en terre : David et Goliath,
Bismarck, Napoléon.
1877
Scandale de L'Âge d'airain de
Rodin, exposé à Bruxelles.1881Camille
suit les cours de l'académie Colarossi1884
Entrée probable, comme praticien, de Camille dans l'atelier
de Rodin ; elle lui sert aussi de modèle.Torse de femme1888
Camille déménage pour le 113 bd d'Italie (aujourd'hui bd Blanqui)
Rodin loue le Clos-Payen-Folie-Neubourg pour y travailler avec Camille1895
Commande de
L'Age mûr
par l'État.1903
À
partir de cette année, elle expose soit au Salon des Artistes français,
soit au Salon d'Automne1914
transfert de Camille à Enghien puis à l'hôpital de Montdevergues à
Montfavet, près d'Avignon.
1943
Septembre, visite de Paul Claudel.
19 octobre, mort de Camille Claudel
Chanson Camille
par serge reggiani
La petite drôl' de femme Au fond de
l'atelier Du grand Monsieur Rodin,
La petite drôl' de dame En habit d'écolier Ignorait le dédain
Et faisait sourire une âme Aux lèvres de granit Au milieu du grand vide
Où le temps sculpte des rides Aux étangs de champagne Et au front
d'Aphrodite.
Oh ! Monsieur Rodin, le feu , Le feu, je veux pouvoir l'enfermer dans la
pierre !
Oh ! Monsieur Rodin, mes yeux,
Pourquoi me font-ils mal le soir sous mes paupières ?...
La mort, je n'ai pas peur d'elle
Mais j'ai peur que l'amour nous oublie en chemin. Nous, les amants
immortels,
Toi, Auguste Claudel, Moi, Camille Rodin ...
Film de Truffaut
"le visage d'Isabelle Adjani. Cette image
n'est pas si loin de la vérité d'ailleurs et le film de Truffaut est
sûrement ce qui a rendu à Camille ce qui lui était dû : ne plus être
seulement "la soeur de Paul" ou "la maîtresse de Rodin". Mais être Camille
Claudel à part entière, sculpteur à part entière, créatrice et artiste
jusqu'au bout de ses dix doigts qui créèrent, dans la glaise, dans le
marbre ou dans l'onyx (le plus difficile des matériaux à travailler tant
il est à la fois dur et délicat), et nous laisse une oeuvre
merveilleusement poétique et où le mouvement jaillit de partout."(Etlartalors)
Opéra
CAMILLE
Opéra en trois actes Musique :
Michel Decoust
Livret : Philippe Bonzon
Camille Claudel est une personnalité sauvage, farouche, tourmentée.
N'appartenant qu'au monde qu'elle porte en elle et qui la brûle, artiste
jusqu'au bout des ongles, travailleuse intransigeante, femme implacable:
la solitude, l'épuisement et l'empêchement où elle s'est trouvée
d'épanouir les trois affections majeures de sa jeune vie, la conduiront à
la folie et au silence.
La biographie ni la psychologie n'ont leur place dans le présent
ouvrage. Seul compte le "cri" de l'héroïne en qui l'on retrouve
l'intransigeance d'Antigone, la passion de Jeanne d'Arc, la fulgurance
visionnaire d'Arthur Rimbaud. Or ce "cri" est également un chant. Sa
violence n'a dégale que la tendresse éperdue qui en émane.
Correspondance
Portrait
de Florence Jeans (1886)
à Miss Florence Jeans
Lincoln Villa, Shanklin, Isle of Wight
Compiègne, 28 août 1887 (cachet de la poste)
Dimanche soir
Compiègne
Chère Florence,
Vous me voyez profondément chagrinée : il m'est impossible d'aller vous
voir à Shanklin cette année, je viens d'avoir un revers de fortune tout à
fait inattendu, une note est arrivée sur laquelle je ne comptais pas et
qui a dévoré mes petites économies. C'est samedi que j'étais allée à Paris
pour décider du jour de mon départ que j'ai eu cette désagréable surprise.
Rien ne peut me faire plus de peine car il y a bien longtemps que je me
réjouissais de retourner avec vous. j'espère que vous me pardonnerez et
que cela ne vous portera pas préjudice. C'est avec les larmes aux yeux que
je vous annonce cette nouvelle car j'ai eu depuis quelque temps la vision
de la mer à Shanklin et tous les plaisirs que j'aurais partagé avec vous,
mais enfin, « l'homme propose et Dieu dispose.
Je n'ai pas de chance en ce moment, j'ai été piquée ces jours-ci par une
mauvaise mouche et j'ai le bras et la main enflés comme un saucisson mais
j'espère que ça passera vite quoique cela me fasse assez souffrir.
Je vous prie, chère Florence de présenter mes excuses à monsieur votre
Père en même temps que mes hommages respectueux et vous, recevez mes
amitiés et l'assurance de mes regrets profonds.
J'espère avoir bientôt une lettre de vous pour montrer que vous me
pardonnez. S'il vous plaît vous me mettrez une petite plante de la mer et
vous me direz un peu comment est la plage cette anné.
Votre amie sincère
Camille Claudel |