Edgar Degas marqueur eStat'Perso

Edgar De Gas (1834-1917)
Un bourgeois de génie

 

Un sacré caractère

<< Si on veut faire sérieusement de l'art, il faut se retremper dans la solitude>> dit-il

Il fait figure à part, tant par son caractère et par sa vie, que part son art et ses idées même quand il participe à quelque action commune, il reste en marge, à l'écart, soupçonneux, intransigeant, proclamant bien haut qu'il n'est inféodé à aucune école et refusant ce terme d'impressionniste. Pourtant, sa modernité du réalisme l’amènera à être un des grands acteurs de l’impressionnisme. Il était familier des brouilles et des éclats; ses amis s'en amusaient << il est bien embêtant, disait Caillebotte, mais il faut avouer qu'il a bien du talent>>. Lorsqu'à la fin de sa vie  Sacha Guitry sollicita la faveur de le filmer chez lui, il répondit comme il le faisait aux journalistes:<< Je n'ai absolument rien à vous dire. Je ne vous connais pas!>>

Peintre de la vie contemporaine

Toute sa vie vie durant  il restera un « Parisien »C'est dans cette vie parisienne qu'il faut voir le choix de ses sujets habitué de l'Opéra et amateur de grande musique, Degas ne pouvait manquer de s'intéresser aux artistes de café-concert. IL était de bon ton d'aller aux Champs-Élysées, à l'Alcazar ou aux ambassadeurs, voire sur les boulevards entendre ces chanteuses populaires. Sur un de ces carnets de jeunesse, Degas écrivait:<<Ah! Giotto, laisse moi voir Paris, et toi Paris , laisse moi voir Giotto! 

Le Temps de la tradition classique. Scènes historiques  ses premières inspiration (1860), le portrait et les scènes du champ de course

La personnalité complexe de Degas, oscille, d’une part, entre l’héritage accepté et même parfois revendiqué de la tradition classique et, d’autre part, la modernité du réalisme qui , est manifeste. 


Dès 1860,  il prend désormais plutôt l’histoire pour sujet, et n’hésite; Il va dans l'esprit d'Ingres se consacrer à de grands tableaux  d'histoire où il ne tarde pas à introduire les traits d'une conception toute moderne dans l'agencement des groupes, dans le mouvement et les attitudes. Il s'essaie aux compositions classiques, aux thèmes antiques tels que les jeunes spartiates se préparant à la lutte ou Sémiramis construisant une ville Mais ces œuvres ,sont  clairement destinées au Salon, où Degas expose régulièrement jusqu’en 1870,  Ces tableaux d'histoire  Gallery de Londres (Sémiramis construisant Babylone, vers 1860-1862, musée d’Orsay, Paris ; Petites Filles spartiates provoquant des garçons, vers 1860-1862, National Gallery, Londres), sont à peine remarqués.

 Degas approfondit alors ses recherches dans le domaine du portrait, sans s’enfermer dans une formule préconçue ( James Tissot, 1867-1868,), aboutissant, en 1873, au portrait collectif de parents établis à la Nouvelle Orléans. -Portraits dans le bureau du coton peint à l'occasion d'un voyage à la Nouvelle Orléans, où ses 2 frères, Achille et René avaient fondé une firme de commerce de coton(Musée de Pau )

le temps de l’impressionnisme (1873-1886)

Dès  que se crée, en 1874, le groupe des artistes indépendants, Degas y adhère et participe à chacune de leurs expositions (de 1876à 1881) mais il s'en sépara lors de la dernière, celle de 1882. Sa position tranchée portait en germe les querelles qui allaient provoquer diverses scissions au sein du groupe, scissions dont Degas porta parfois l’entière responsabilité par suite d’un caractère intransigeant et peu commode. Il allait accentuer ce rôle de diviseur en faisant passer une clause spéciale dans les statuts de la société qui organisait les expositions impressionnistes depuis 1874, interdisant toute participation à ceux qui enverraient des tableaux au Salon officiel. Or Monet, Cézanne, Renoir avaient alors des projets en ce sens, et les deux derniers, avec Sisley, ne feront pas partie de l'exposition de 1879.il coupa toute relation avec ses amis et avec Pissarro à l’occasion de l’affaire Dreyfus, où il prit le parti de l’armée, il conserva en revanche des liens étroits avec le sculpteur Paul-Albert Bartholomé, ou avec la famille de l’industriel Henri Rouart, qui collectionnait ses œuvres depuis longtemps.

le monde de la scène et de la danse et des champs de course

Un peu plus tard il se tourne vers ce qui va être un autre de ses thèmes favoris, le monde de la scène et de la danse. Un jour Edmond de Goncourt visita son atelier;  Degas se tenait devant le tableau des danseuses à la barre; Il se mit a lui  commenter par la mimique un développement chorégraphique, en langage de danseuse, une des arabesques, les bras arrondis ou d'un saut de grenouille aux mares de Cythère. Degas lui rapporta que très jeune peintre, il alla visiter Ingres et le maître de Montauban lui dit: << faites des lignes, beaucoup de lignes, soit d'après le souvenir, soit d'après nature>>Jamais il ne devait y manquer.

Voir aussi: degas_ecole de danse

Les champs de course

Degas a exalté la beauté nerveuse du cheval de course.

Observateur minutieux, caustique, intelligent, volontaire, Degas est rarement lyrique. Cette admirable toile ci-illustrée, est pourtant un aveu de son goût passionné du monde des courses. Son enthousiasme lui fait trouver des richesses colorées digne du Titien. Les gros plans des têtes de chevaux, le col soyeux de celui qui paraît décapité, au second plan, témoignent que Degas avait soigneusement étudié les instantanés de chevaux. 


 

Biographie

Né en 1834 dans une famille de la grande bourgeoisie parisienne, - son père banquier originaire de Naples, mais issu d'une noble famille  du Languedoc, les seigneurs de Bagnols, dont les origines remontent aux croisades; sa mère , une Musson, une  créole originaire de la Louisiane -, formé dans un milieu curieux d’art et de littérature, il s’oriente dès la fin de ses études secondaires vers une carrière de peintre.

En 1853-1855, Il travaille d’abord auprès de Félix Barrias;  Puis de Louis Lamothe, élève d’Hippolyte Flandrin, ami et collectionneur d’Ingres. Celui-ci aura ainsi sur Degas, directement ou indirectement, une grande influence. Degas apprend parallèlement l’estampe auprès du prince roumain Grégoire Soutzo, qui lui fait découvrir également les peintres et les graveurs flamands et hollandais du XVIIe siècle. En trois ans Degas, qui n’a fait qu’un très bref passage aux Beaux-arts, en 1855, a commencé d’acquérir non seulement le métier, mais la culture 
d’un grand peintre,

(1856-1859). Long séjour en Italie où il va encore plus approfondir son métier de peintre. Degas avait envisagé ce voyage, effectué à ses frais (une partie de sa famille s’étant par ailleurs fixée à Naples, où il séjournera), d’une manière très classique : travail in situ sur les modèles antiques et modernes auprès desquels s’étaient formées, et se formaient encore, des générations d’artistes. Mais il va, paradoxalement, y trouver tout autre chose, grâce à la rencontre, en 1858, de Gustave Moreau. Ce dernier, au cours de longues discussions, à Rome ou à Florence, va lui ouvrir de nouveaux horizons : découverte et appréciation d’artistes jusque-là ignorés ou négligés par Degas: Titien et Véronèse, Corrège et Michel-Ange, mais aussi Rubens, Van Dyck, Chassériau et Delacroix. Moreau, surtout, éloigne Degas d’une valorisation trop exclusive du dessin aux dépens de la couleur, en même temps qu’il perfectionne son métier (c’est très probablement de lui que Degas a appris le pastel) et qu’il l’oriente vers des expérimentations et des recherches d’ordre purement technique. Cet aspect restera chez Degas une caractéristique constante, tout au long de sa carrière

Celui-ci a dû définitivement interrompre son travail plus tard, en 1912, lorsque la maison qu’il habitait depuis 1890 et où était situé son atelier fut démolie, ce qui l’obligea à déménager. Il en fut moralement très éprouvé, et cessa alors sans doute tout travail, son état physique de plus en plus déclinant jusqu’à sa mort, en 1917, restreignant progressivement son activité.

   sculpture
La seule véritable nouveauté réside dans les paysages exécutés en 1890-1892, qui, quoique fondés sur l’observation de sites reconnus par Degas lors de voyages ou de séjours de vacances, ont été faits en atelier, de souvenir : « Vous ne reproduisez que ce qui vous a frappé, c’est-à-dire le nécessaire », aurait dit Degas à leur sujet. « Là vos souvenirs et votre fantaisie sont libérés de la tyrannie qu’exerce la nature. » Il s’y manifeste une tendance certaine à l’abstraction. Les pastels de Danseuses russes que l’on peut dater de 1899 en sont un autre exemple : Degas en parlait comme de ses « orgies de couleur », et il est vrai qu’il en joue dans l’absolu, pour elles-mêmes, et plus seulement dans le souci d’un rendu strictement réaliste. Le trait, qui subsiste, au moins dans la construction et la composition des formes, tend en même temps à s’effacer devant le volume procuré par la matière colorée. Degas utilise ainsi beaucoup le pastel, mais pratique également durant ces années la peinture à l’huile, contrairement à ce que pensaient nombre de ses contemporains

Degas collectionneur
. La collection de Degas atteint un niveau exceptionnel, tant en quantité qu’en qualité dans les années 1890. Elle était principalement constituée de tableaux et de dessins français du XIXe siècle. Ingres et Delacroix, les grandes admirations de sa jeunesse, s’y taillaient la part du lion, mais Degas possédait aussi des œuvres de ses camarades impressionnistes, de Manet à Cézanne, ainsi que de la génération postimpressionniste, notamment Gauguin et Van Gogh. Il caressait le désir, réel ou non, de fonder un musée privé, mais il en abandonna finalement l’idée.  S’il n’eut pas d’élèves, et donc pas de « descendance » directe, et s’il reste à part dans l’impressionnisme, on ne peut cependant dénier à Degas d’être l’un des peintres les plus intelligents, les plus originaux et finalement les plus marquants de son temps.Champs labourés de Pissarro_d'Œdipe et le Sphinx d'Ingres-La Poissarde de destouches-estampes japosaises de Kiyonaga, Sukenobu, Utamaro et Hokusaï 


L'encadrement des oeuvres


Manet, si l’on en croit les Souvenirs de son ami Antonin Proust (1913), aurait pensé que « sans le cadre, la peinture perd cent pour cent ». Le cadre est le signe de l’achèvement de l’œuvre. Pour Degas, « le cadre est le maquereau de la peinture ; il la met en valeur mais ne doit jamais briller à ses dépens ». Degas, refusant les cadres dorés trop goûtés par les collectionneurs de son temps, préconise les cadres peints en blanc. Il lance cette mode chez les jeunes peintres, qui adoptent des cadres bleu clairs ou vert d’eau. La révolution impressionniste s’exprime d’abord ainsi par le cadre. Cette prise de position anti-académique rien que par la couleur suffit à faire refuser une œuvre au Salon officiel. Degas choisit les encadrements de ses toiles – comme Whistler qui les repeint souvent – avec le plus grand soin et Ambroise Vollard raconte comment Degas ne supporte pas que les acheteurs de ses tableaux changent ses cadres pour les domestiquer dans un décor intérieur surchargé. Une réflexion nouvelle s’ouvre donc, avec Degas, sur l’encadrement des œuvres. Seurat notamment, peint les cadres. Du blanc, il passe au sombre et adopte une théorie élaborée de l’encadrement : le cadre doit être peint selon une harmonie complémentaire de celle du tableau. Le Cirque possède ainsi une bordure peinte tout autour de la toile et un cadre véritable.

 

Galerie de tableaux d'Edgar Degas comprenant des tableaux de la tradition classique et des scènes du monde des courses, du spectacle et de la danse; s'y ajoutent des sculptures en bronze et des dessins