Eugène Delacroix 1798 marqueur eStat'Perso

Eugène Delacroix
1798-1863

Grand Maître de la peinture romantique du XIXe siècle

 

Delacroix est l'un des plus grands maîtres de la peinture du XIXe siècle. En opposition avec l'art académique de ses contemporains, tous élèves de David  dont Ingres fut le plus doué d'entre eux. David adjurait ses élèves de ne voir la nature qu'à travers l'antique et Raphaël alors que Delacroix  fervent admirateur de Rubens choisit les sujets de ses tableaux dans les oeuvres des poètes, des écrivains qui ont la faveur de la jeunesse d'alors: Dante,Shakespeare, Byron, Goethe. walter Scott,Mais à l'exemple de Géricault, il ne craint pas de tirer parti de l'actualité.Puis il se prend d'admiration pour les peintres anglais contemporains comme Lawrence qui lui transmettent la tradition de Rubens qu'ils ont héritée de Van Dyck.C'est alors que survient un évènement qui bousculera sa peinture;

1824 L'exposition du Massacre de Chio au Salon de Paris

Cela se passe en 1824. Delacroix vient d'exposer le "Massacre de  Chio"au Salon d'exposition de Paris. Pendant des mois il a travaillé à cette oeuvre et maintenant il attend le verdict de la critique inquiet car il n'a pas totalement réussi le fond qui n'est pas tel qu'il le souhaiterait. Il décide alors de voir l'exposition consacrée à  Constable, peintre  anglais .Il étudie longuement les beaux paysages de Constable.Soudain, il découvre qu'en multipliant des touches de tons similaires mais non identiques, on obtient une vibration de la couleur qui est bien supérieure à un ton uniforme.Tout excité par cette découverte, il décide de rentrer chez lui et le voilà reparti vers le Salon. Tout essoufflé, il convainc le gardien de le laisser retoucher son oeuvre. Avec une rapidité surprenante, Eugène Delacroix, se remet à son tableau et corrige le fond, en multipliant des touches de tons similaires mais non identiques.Voilà le tableau est achevé; Il s'en va l'esprit totalement libéré.

1832 Son voyage au Maroc

Il a l'occasion d'accompagner au Maroc la mission diplomatique du comte de Mornay.Une orgie de couleurs s'offre à ses yeux émerveillés pendant les six mois que durera ce voyage. « À chaque pas, il y a des tableaux tout faits qui feraient la fortune et la gloire de vingt générations de peintres. Vous vous croyez à Rome ou à Athènes moins l’atticisme [...]. Un gredin qui raccommode une empeigne pour quelques sous a l’habit et la tournure de Brutus ou de Caton d’Utique » Le soir durant l'escale, il note ses impressions dans son journal:"tunique aux manches d'un vert magnifique...vêtements bleus contre des murs blancs...couleurs de l'habit d'un soldat..."Les arabes noblement drapés dans leurs burnous lui ont révélé cette antiquité dont David et son école ne donnaient qu'une image froide et décolorée.

1840 Sa véritable période romantique anglo-normande

(il exécute une suite de lithographies sur Faust entre 1825 et 1828 et sur Hamlet entre 1836 et 1843) La  fin de la Restauration est en fait sa véritable période romantique, celle où il va le plus loin dans la rupture avec les principes classiques, et où il se rapproche le plus de certains de ses contemporains, tant par les thèmes qu’il traite que par la facture de ses tableaux. C’est dans cette perspective qu’il faut replacer l’influence très perceptible d’artistes britanniques comme Lawrence ou surtout Bonington, sensible parfois à tel point que l’attribution de certains tableaux a oscillé entre les deux amis.

Il apprend également l’aquarelle, fait ses premiers essais de gravure et de lithographie, tout en se liant à un milieu artistique jeune et ouvert, où se détachent deux personnalités : Géricault, son ancien dans l’atelier de Guérin, qu’il considère très vite comme un modèle, et Bonington, qu’il rencontre au Louvre, avec lequel il travaille, séjourne à Londres et en Grande-Bretagne en 1825, renforçant grâce à d’autres camarades, les frères Fielding, sa connaissance de l’art et de la littérature d’outre-Manche, qui lui fournira tant de sujets.

 

1840 Les grands travaux de rénovation de Paris

La protection de Thiers, arrivé au pouvoir et qui l’avait, comme critique d’art, remarqué à ses débuts, lui valut, moins d’un an après son retour du Maroc, une prestigieuse commande officielle, dans le cadre des travaux de rénovation et d’embellissement du Palais-Bourbon. Il y fut chargé de la décoration du salon du Roi  , où le souverain devait se tenir lors de ses venues à la Chambre des députés et qu’il acheva en 1838. L’architecture en était assez ingrate, et Delacroix avait, en la matière, assez peu d’expérience. Il sut magistralement s’imposer en faisant modifier quelque peu la disposition interne de la pièce, où, au-dessus de pilastres en grisaille représentant les fleuves et les mers de France, il fit courir une frise aux thèmes conventionnels (la Guerre, l’Agriculture, la Justice et l’Industrie), repris dans les caissons du plafond, mais avec une très grande invention dans les figures et une extraordinaire vigueur de coloris. Ce premier succès entraîna d’autres commandes : l’activité de Delacroix se structure désormais autour de grands travaux décoratifs, qui ne cessent de se succéder : bibliothèque du Palais-Bourbon  (1838-1847), probablement son chef-d’œuvre, où entre deux hémicycles (Orphée vient policer les Grecs encore sauvages et Attila, suivi de ses hordes barbares, foule aux pieds l’Italie et les Arts) se déploient cinq coupoles où à chaque fois quatre pendentifs illustrent, par des scènes tirées de la Bible, de la mythologie ou de l’antiquité, les Sciences, l’histoire et la Philosophie, la Législation et l’éloquence, la Théologie et la Poésie ; bibliothèque de la Chambre des pairs (actuel Sénat), avec une coupole (L’Élysée ou Dante et les esprits des grands hommes), un hémicycle (Alexandre faisant enfermer les œuvres d’Homère dans une cassette d’or) et quatre médaillons allégoriques (1841-1846) ; galerie d’apollon au Louvre avec la composition centrale du plafond, Apollon vainqueur du serpent Python (1850-1851) ; salon de la Paix à l’hôtel de Ville de Paris (1852-1854, détruit en 1871) ; chapelle des Saints Anges à Saint-Sulpice enfin, son testament pictural (1849-1861, où sous L’archange saint Michel terrassant le démon , La Lutte de Jacob avec l’ange fait face à Héliodore chassé du Temple. C’est avec ces travaux, qui sont les seuls pour lesquels il engagea des collaborateurs (il n’eut sinon jamais d’atelier au sens habituel du terme), que Delacroix s’insère véritablement dans la continuité de la tradition classique et se mesure avec ceux qu’il avait pris pour modèle, tant par son inspiration personnelle

L'approche d'Eugène Delacroix

Essayons de reconstituer sa façon de procéder. La lecture d’un livre, littéraire ou historique, lui a suggéré un sujet, qu’il a pendant quelque temps médité. Un jour, il commence par jeter sur le papier un croquis qui donne une idée sommaire de sa composition; il le rectifie, le précise. Déjà il en entrevoit le coloris général. S’il utilise le modèle, ce ne sera que pour venir en aide à sa mémoire. Il tire parti de tout ce qui peut lui servir, estampes d’après les maîtres, visages entrevus dans la rue, touffe d’oeillets durit il fera un palmier. Les effets colorés qu’il observe dans la nature, il les analyse, en déduit des lois. Son imagination, sa mémoire, son intelligence, toutes entrent à la fois en jeu.

Une fois terminée une petite esquisse qui lui donne une idée de ce que sera l’oeuvre définitive, il en vient à l’exécution. A ce moment-là, il mobilise toutes ses facultés, et l’ardeur coexiste en lui avec la lucidité. Tout a été mis en oeuvre pour libérer l’exécution de ce qui pourrait l’entraver; sa palette a été chargée de tons préparés d’avance, dont il sait exactement lequel servira pour peindre telle ombre, lequel pour peindre tel clair. En un sens, en exécutant il improvise, mais son improvisation ne doit rien, ou presque rien, à l’imprévu. « Étudiez sans relâche avant, écrit-il en mai 1856 dans son Journal. Une fois en scène, faites des fautes s’il le faut, mais exécutez librement. »

Le scandale de Sardanapale

Le scandale survint avec Sardanapale, lointainement inspiré de Byron. Le mouvement romantique s’étendait dans les arts graphiques en ce moment précis, comme il l’avait fait précédemment dans le domaine littéraire, en s’opposant délibérément à tous les canons du beau idéal prôné par les tenants de l’esthétique néo-classique. Delacroix, par la violence du sujet dramatique et morbide qu’il avait en partie inventé, par la liberté qu’il avait prise dans son exécution, tant du point de vue de la composition que dans l’usage de la couleur, parut pousser jusqu’à l’outrance les caractères de la nouvelle école. Alors même que celle-ci s’imposait définitivement, avec des artistes plus « sages » comme Horace Vernet, Paul Delaroche ou Eugène Devéria, son tableau, objet de toutes les attaques, ne fut pratiquement pas défendu. Le peintre reçut une admonestation de l’administration des BEAUX-ARTS (Sardanapale ne devait entrer au Louvre, par achat, qu’en 1921

 

 

 

 

 

Brève Biographie

Naît à Charenton, près de Paris, le 26 avril 1798, et est le fils d’un fonctionnaire. Orphelin à seize ans, il entre en 1816 à l’école des Beaux- Arts dans l’atelier de Guérin où il n pour condisciple Géricault. Il copie au Louvre. Il peint des tableaux sur des sujets tirés de Dante, Shakespeare, Goethe, Byron et Walter Scott, s’adonne à l’aquarelle et à la lithographie. En 1822, Delacroix expose au Salon Dante et Virgile aux Enfers. Thiers, qui débutait alors dans la Presse, lui consacre dans le Constitutionnel un article enthousiaste. La même année, Delacroix commence son Journal qu’il continuera pendant quarante ans. Au Salon de 1824, les Scènes des Massacres de Scio provoquent l’hostilité des tenants de l’école. Delacroix va passer quelques mois à Londres auprès de ses amis Fielding et Bonington. Il en profite pour entrer en relation avec plusieurs peintres britanniques, avec Lawrence, entre autres, qu’il admire sans réserve. 1827 est la date de la Mort de Sardanapale. Les journées de juillet lui inspirent La Liberté guidant le peuple et Louis-Philippe lui confère la Légion d’honneur. Grâce à Thiers, il est chargé de décorer le Salon du Roi au Palais Bourbon. Jusqu’à la fin de sa vie, les commandes officielles ne lui feront point défaut. Citons

1836, la Bibliothèque du Palais Bourbon; 1837, Saint Louis au Pont de Taillebourg; 1841, Entrée des Croisés à Constantinople (Louvre); 18.43, la décoration de la Bibliothèque de la chambre des Pairs (Palais du Luxembourg); 1848, le Plafond de la Galerie d’apollon au Louvre; 1854, pour l’hôtel de Ville de Paris, La Paix vient consoler les hommes et ramène l'Abondance, détruit par l’incendie en 1871; les décorations de la chapelle des Saints Anges à St Sulpice . Le Combat de Jacob avec l’ange Héliodore chassé du temple, que le public sera id à voir en 1861. La faveur dont jouit Delacroix auprès des gouvernements successifs n'empêche pas qu’il demeure en butte à l’incompréhension du public, et qu’il doive se pré ter 7 fois à l’académie des beaux-arts avant d'y être élu, enfin, en 1857. L’exposition de 1855 n'en avait pas moins consacré son triomphe:il avait  obtenu la Grande Médaille d’or en même temps qu’il était promu commandeur de la Légion d’honneur. Il passe les dernières années de sa vie retiré du monde, dans son atelier de la rue Furtemberg et meurt à Paris le 13 août 1863

UN PEU D'HISTOIRE

La chute de Charles X

1829Charles X doit principalement sa chute à lui-même. Le 8 août 1829, il nomme aux Affaires étrangères un ami d'enfance résolu, fidèle mais tout à fait incompétent, le prince Jules de Polignac. En novembre, le prince accède à la présidence du Conseil des ministres. 1830 Les 221 députés de l'opposition parlementaire ayant protesté par une adresse solennelle le 18 mars 1830, le roi dissout la Chambre. Contre toute attente, les nouvelles élections portent à 274 le nombre d'opposants.

Considérant abusivement que le pays est en péril, le roi se lance dans un premier temps à la..conquête d'Alger pour tenter de rehausser sa popularité. Puis il s'autorise à publier le 26 juillet les cinq ordonnances fatales comme la Charte constitutionnelle de 1814 lui en donne le droit lorsqu'il y va de «la sûreté de l'État».

La première ordonnance suspend la liberté de la presse et rétablit la censure et l'autorisation préalable de publication. La deuxième dissout la Chambre qui vient d'être élue.La troisième réduit le corps électoral déjà très limité en ôtant la patente et l'impôt sur les portes et fenêtres du montant du cens électoral indispensable pour bénéficier du droit de vote ; cela revient à exclure les commerçants du corps électoral et à limiter celui-ci à une poignée de gros propriétaires fonciers. La quatrième convoque les électeurs pour le mois de septembre. La cinquième enfin nomme des fidèles aux plus hautes fonctions.

Dans les bureaux du «National», le journaliste Adolphe Thiers rédige aussitôt une protestation solennelle. Dès le lendemain, à Paris, les commerçants ferment boutique cependant que plusieurs journaux enfreignent l'interdiction de paraître et que les étudiants se rassemblent en cortège.

Polignac refuse avec une stupide obstination de retirer les ordonnances et le roi confie la répression des émeutes au maréchal Auguste de Marmont, un soldat impopulaire pour avoir trahi Napoléon 1er, tout juste de retour d'Alger.

Charles X, s'étant résolu trop tard à retirer les ordonnances, doit prendre la route de l'exil. Elle le mènera en Autriche, à Gorica. Le roi est en fuite, vive le roi

1830 Des Journées de Juillet 1830, surnommées les «Trois Glorieuses», Paris conserve pour souvenir, outre le chef-d'oeuvre de Delacroix, une colonne érigée au milieu de la place de la Bastille. Surmontée d'un génie ailé, cette «colonne de Juillet» porte les noms de toutes les victimes de l'insurrection.

 

Ses Maîtres spirituels

Delacroix, toutefois, n’a jamais, même à ce moment, totalement renié l’héritage classique. Il revendique simplement une autre filiation que celle, communément reconnue de son temps, qui va de Raphaël aux peintres italiens du Seicento, puis de Poussin à David, artistes pour lesquels il éprouvait d’ailleurs une vive admiration. Mais ses vrais maîtres spirituels, ses modèles, demeurent les coloristes Titien, Véronèse, Rubens

 

Baudelaire parle d'Eugène Delacroix

C'est à propos de la peinture d'Eugène Delacroix et de l'œuvre de Théophile Gautier que Baudelaire a usé de cette formule célèbre qui caractérise si justement son art : « Manier savamment une langue, c'est pratiquer une espèce de sorcellerie évocatoire. C'est alors que la couleur parle, comme une voix profonde et vibrante, que les monuments se dressent et font saillie sur l'espace profond ; que les animaux et les plantes, représentants du laid et du mal, articulent leur grimace non équivoque, que le parfum provoque la pensée et le souvenir correspondants ; que la passion murmure ou rugit son langage éternellement semblable. »

Au sujet de l'oeuvre "La chasse au lion"esquisse 1854 il écrit:

Une véritable explosion de couleurs (...) Jamais couleurs plus belles, plus intenses ne pénétrèrent jusqu’à l’âme par le canal des yeux” (Exposition universelle de 1855). Il adore ici la sauvagerie de la “peinture pure”, à l’opposé de la peinture “astiquée”, et conseille au spectateur de regarder les oeuvres de Delacroix de très loin, avant d’approcher pour identifier le sujet. Baudelaire véritablement nourri de l’oeuvre

de Delacroix, s’identifie entièrement à cette “âme” si proche de la sienne : liberté de l’imagination en quête d’idéal, douleur rêveuse, intelligence prodigieuse des sujets, même historiques ou religieux. Delacroix est un inventeur servi par une technique éblouissante, qui fait de chaque tableau un véritable “drame”, celui chez qui “le beau est toujours bizarre” (Exposition universelle de 1855). Pour que cette visite soit complète il faudrait voir aussi les grands Delacroix du Louvre, antérieurs, que Baudelaire a commentés un par un, en détail, dès les Salons de 1845 et 1846.

 "Quand j’ai fait un beau tableau, je n’ai pas écrit une pensée. C’est ce qu’ils disent. Qu’ils sont simples ! Ils ôtent à la peinture tous ses avantages. L’écrivain dit presque tout pour être compris. Dans la peinture, il s’établit comme un pont mystérieux entre l’âme des personnages et celle du spectateur. Il voit des figures, de la nature extérieure ; mais il pense intérieurement, de la vraie pensée commune à tous les hommes. » Ces quelques phrases du Journal, écrites par Delacroix en 1822, sont révélatrices des malentendus qui l’ont toujours entouré. Attaqué de son vivant pour son style et la facture de ses œuvres,  il fut  ensuite considéré comme un précurseur génial et comme un maître par des artistes aussi divers que Courbet, Degas, Cézanne, Signac ou Picasso, ’avec le recul du temps (ses contemporains retenant surtout ses audaces formelles),  Delacroix se range  parmi les plus grands, comme l’a si bien exprimé Baudelaire dans l’article qu’il lui a consacré en 1863 : « La Flandre a Rubens ; l’Italie a Raphaël et Véronèse ; la France a Lebrun, David et Delacroix. Un esprit superficiel pourra être choqué, au premier aspect, par l’accouplement de ces noms qui représentent des qualités et des méthodes si différentes. Mais un œil spirituel plus attentif verra tout de suite qu’il y a entre tous une parenté commune, une espèce de fraternité ou de cousinage dérivant de leur amour du grand, du national, de l’immense et de l’universel. »

 

GALERIE DE PEINTURE

16 tableaux inspirés de son voyage au Maroc et en Algérie,-13 tableaux inspirés par les récits et poèmes d'Euripide, Byron, Dante, Victor Hugo et Walter Scott et 5 tableaux tirés de l'histoire de France