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l'homme marche à
Paris
Sur le
boulevard saint Germain un homme marche , Vêtu d'un épais pull-over; il
porte au cou une grosse écharpe qui le protège du froid de cette journée
ensoleillée d'Octobre 1952. Ses cheveux en bataille encadre un visage
bosselé dont le front est marqué par une frange d'épais sourcils..Il
approche du café des 2 Magots et se dirige vers la table où se tiennent
assis un homme portant des lunettes cerclées d'écaille noire, un mégot de
cigarette pendant aux lèvres et une femme aux cheveux tirés et tenus par
un chignon. Ses mains sont encore imprégnés de glaise. Il leur serre la
main.
Alberto Giacometti leur explique , en prenant une pose tragique, sa
dernière obsession. Il a essayé de sculpter une tête et n'a pu y parvenir.
Tandis qu'il la modelait en cherchant à suivre fidèlement tous les
détails, le nez, les yeux les rides les muscles, sa vision du visage
changeait sans cesse,; Sous ses doigts il sentait que la tête s'amenuisait
de plus en plus. "Il ne me restait en main que des parcelles de glaise: La
tête avait disparu"
"Quand je pense disait-il qu'à l'âge de 13 ans j'étais capable d'exécuter
le premier buste de mon frère Diégo avec un résultant satisfaisant; Je ne
suis plus capable aujourd'hui d'en faire autant".
Il vit la situation angoissante de l'homme
d'aujourd'hui ; l'inquiétude de l'être qui ne veut plus admettre , de
principes solides auxquels ils puissent se référer pour éclairer son
jugement sur le monde et les hommes. que de chemin parcouru depuis son
arrivée à Paris en 1922. où il parfait sa formation dans l'atelier
d'Antoine Bourdelle
L'art primitif dans l'oeuvre d'Alberto
Giacometti
Puis, En 1926, avec Brancusi et surtout sous l'influence de Laurens et de
Lipchitz, Alberto Giacometti se soumet à la discipline cubiste. comme de
nombreux artistes de cette tendance , il s'intéresse aux arts primitifs,
fétiches africains et archaïques : " La sculpture nègre, mélanésienne ou
cycladique est plus réaliste qu'un buste romain ", écrit-il. De cette
époque date la Femme cuillère, sa première œuvre monumentale en bronze
ci-dessous exposée avec son plâtre (2)
Le symbolisme sexuel dans les oeuvres
d'Alberto Giacometti
dès 1928 Ses rencontres avec Miro, Masson
et Leiris, propulsent Alberto Giacometti, en 1930, dans le maelström
surréaliste. Freud et bataille lui permettent de mettre à nu les fantasmes
sexuels. Le symbolisme sexuel se fait aussi plus insistant dans l'oeuvre
d'Alberto Giacometti. La coloration de l'œuvre est alors souvent
l'expression d'un érotisme violent, voire sadique, comme dans la Femme
égorgée , la pointe à l'oeil, le spectacle abstrait d'un viol en cage:
projection d'un désir toujours impuissant à rencontrer son objet et à se
satisfaire et qui, indéfiniment désirant, semble se retourner contre
lui-même pour se déchirer.
Alberto Giacometti peintre de combat
En 1935, il entreprend à travers ses toiles (portraits et natures mortes)
un retour à la réalité. A 20 ans, en effet,il accompagnait son peintre de
père en Italie. Les Tintoret et les Giotto sont pour lui une révélation .
Dans son atelier poussiéreux de la rue Hyppolite Maindron à Paris, il
s'est acharné à peindre ses modèles: sa femme Annette, son frère Diégo,
Jean Genet, James Lord.. effaçant sans arrêt, recommençant tout à zéro et
concluant systématiquement chaque séance de pose par un : " C'est
abominable, J'abandonne définitivement la peinture"; Chaque fois, c'est
une lutte d'influence qui s'engage entre les griffures du crayon, les
lacis du pinceau et les coups de gomme. Sur le visage de la poseuse ,
cerne après cerne, lasso après lasso soudainement apparaissent les orbites
qui se creusent et les os qui saillent.
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l'home qui marche
kroller-muller |
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3 têtes-croquis
coll.privée |
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viol en cage
tate gallery londres |
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portrait d'Annette
Zurich museum |
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objet invisible |
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vision prémonitoire
d'E.T. |
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Alberto
Giacometti influencé par la création artistique de ses aînés
Henri Laurens et Ossip Zadkine: éclosion
du style cubiste en sculpture
On assiste en effet , à un renouveau de la création artistique au cours
des dernières années de la 1ère guerre mondiale guerre, l'éclosion d'un
style cubiste en sculpture qui est le fait d' Henri Laurens et Ossip
Zadkine. le travail cubiste de Laurens sur le bloc, par ses réussites, a
joué un rôle considérable dans le développement ultérieur de la sculpture
moderne. notamment sur Giacometti. Henri laurens en réintroduisant des
structures sinueuses, des formes organiques, des profils contrariés à
procuré une sensualité qui a diversifié l'exploration spatiale cubiste.
Henri Laurens, autodidacte, avait commencé à travailler avec un maçon pour
sculpter des motifs décoratifs sur les maisons.Sa rencontre avec Braque en
1911 le convertit à un cubisme qu'il pratique par papiers collés,
assemblages et mises en relief des thèmes de la peinture, non seulement de
Braque, mais aussi de Picasso et de Gris,
Après 1914, il commence à produire des compositions à deux dimensions avec
plus ou moins de relief, aux formes purifiées y compris de tout accident
de collage ou de découpage. Finesse des passages décoratifs, forts
contrastes de couleurs pour soutenir les reliefs, mais aussi de rythmes,
font progresser la perfection du métier cubiste bien au-delà de Braque. La
tête en pierre polychrome ci-dessous illustre cette remarque.
Ossip Zadkine apparaît comme le sculpteur qui a le mieux su reprendre les
leçons de la statuaire néo-africaine après Picasso.. ses inversions de
volumes s'opposant aux formes concaves et convexes dont la belle servante
ci-dessus illustrée en est le meilleur exemple.
L'image de l'homme vu par Alberto
Giacometti
L'expérience de la deuxième guerre mondiale lui rendit le courage de
modeler des têtes et des personnages en pied. Ce sont des sculptures
filiformes écrasées par l'espace et l'atmosphère qui les environnent;
Giacometti cherche alors à rendre la sensation d'un " squelette dans
l'espace".
Les squelettes filiformes
Pendant cinq ans, jusqu'en 1940, Giacometti travaille sur modèle et, de
nouveau, sent la réalité lui échapper : " Une tête devenait pour moi un
objet totalement inconnu et sans dimensions.Les sculptures deviennent de
plus en plus petites, guère plus hautes de un ou deux centimètres et,
parfois, d'un dernier coup d'ébauchoir, finissent en poussière. La légende
veut que toute sa production, durant les années de guerre, ait pu tenir
dans quelques boîtes d'allumettes.
Le squelette en mouvement
En 1945, la pratique du dessin lui permet de donner à ses figures une
taille à peu près normale, mais elles deviennent alors de plus en plus
hautes et minces, jusqu'à cet aspect caractéristique qu'on leur connaît.
Trois thèmes reviennent sans cesse, traités en général par séries : celui
du buste , celui de la figure debout, immobile et frontale, celui enfin de
la figure en marche.
À partir de 1948 des groupements s'organisent soit autour du thème du
mouvement, Trois Hommes qui marchent, La Place , soit autour du thème de
l'immobilité, des bustes et des figures en pied, sans souci des rapports
d'échelle :
"Le 11 Janvier 1966, Alberto Giacometti s'éteint, épuisé dans son atelier
minuscule. Là pendant près de 40 ans, ce jusqu'auboutisme de la figuration
s'est acharné face à la force de l'abstraction dominante à faire poser ses
modèles . Il était devenu l'ombre de ses sculptures long, filiforme,le
visage bosselé. Terrifiant. Sans aucun doute, touché par la grâce divine,
métaphorisé en Dieu dans sa quête de l'Absolu, de la" vraie vie" dont
parlait Rimbaud"(Anne Kerner).
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