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Alors vint Giotto ,un astre brillant, annonciateur de la lumière
florentine
Giotto , dès lors va s'efforcer de faire rentrer la nature dans des
oeuvres dont elle était exclue depuis des siècles. Il remplaça les fonds
d'or qu'ornaient les tableaux de ses prédécesseurs par des collines, des
prairies et des chaumières italiennes familières au 14e siècle. Dans ses
représentations humaines il peignit en 3 Dimensions les Christs ,les
Vierges, les saints et les pécheurs, comme des gens ordinaires investis
comme tout un chacun par des émotions naturelles. Sa Madona di Agnossanti
ci-dessus exposée à droite est assise de trois quarts, Jésus est
représenté comme un nourrisson , couché sur le côté contre le bras dont sa
mère attendrie l'entoure.
Tout d'un coup, Giotto trouve la solution complète, qui bouleverse toutes
les formules et les habitudes de l'époque précédente. Il y a là une
modification radicale réalisée en quelques années par ses admirables
découvertes, qui apportent une double et capitale nouveauté : la
représentation exacte et complète de la Nature, le rendu de la lumière,
qui fait ressortir ou baigne d'ombre, au gré de l'artiste, telle ou telle
partie de la scène. Ainsi sont créés deux moyens d'expression,
merveilleux, et cependant oubliés, dédaignés depuis la fin du monde
antique. A ces deux modes nouveaux Giotto portera , dans ses fresques de
la basilique d'Assise, de la Chapelle de Santa Croce de Florence et de
celle d' Aréna de Padoue, tous ses efforts et son talent sur la
composition et sur la mise en évidence des scènes de la vie de Saint
François.
Assisa berceau de la Communauté
Franciscaine: deux tendances s'affrontent au lendemain de la mort de Saint
François
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Cimabue se charge de l'exécution des
fresques traitant le thème de l'Apocalypse base de la réflexion de la
tendance spirituelle des franciscains "purs "
C'est à Assisa qu'il faut se tourner pour confronter les deux oeuvres. Une
scission a éclaté au sein de la communauté franciscaine au lendemain de la
mort de Saint François. Deux tendances s'affrontent: Celle des
"spirituels" qui veulent maintenir dans toute sa pureté la doctrine
primitive sur la Pauvreté " le poverello"; de l'autre les "conventuels",
"les modérés", qui sont prêts à des adaptions de ces règles de pauvreté
absolue afin de mettre en phase leurs doctrines avec les impératifs
souhaités par l'Église officielle qui violemment contestait la question de
la pauvreté absolue. La tendance spirituelle fait une grande part à la
mystique et base sa réflexion sur une interprétation particulière de
l'Apocalypse , notamment sur le passage de l'ange qui apparaît à Saint
Jean portant les stigmates, sceau du Dieu vivant. Elle prétendait que ce
passage était un présage annoncé par l'apocalypse ; Il s'ouvrait avec
l'apparition de l'Ordre franciscain. L'heure était donc venue d'établir
sur la terre le règne du Saint esprit sous la conduite de Saint François
et de sa règle de pauvreté absolue. Elle aura une incidence sur
l'accomplissement des fresques qui décorent la basilique d'Assise: La
représentation d'un cycle apocalyptique dans la basilique de Saint
François. Il ne fait aucun doute des sympathies de Cimabue pour la
tendance des "spirituels" C'est lui qui engagera l'exécution des fresques
portant sur l'Apocalypse.
Les Fresques de la Basilique
d'Assise

La confrontation entre Cimabue et Giotto:Cimabue exécute les fresques de
l'Apocalypse- Giotto celles de la vie de St François.
"Credete Cimabue nella pittura, tener lo campo, ed ora ha Giotto il
grido, si che la fame di colui è oscura" écrit Dante dans le Purgatoire XI
de la Divine comédie. Il ne s'agit pas de prétendre que les chefs-d'oeuvre
de Cimabue cèdent en beauté à ceux de Giotto; On lira dans ces vers la
reconnaissance et la glorification de la modernité de Giotto notion
acquise par le rapport généalogique entre les deux peintres; Cimabue étant
son prédecesseur mais aussi son maître. Une vieille tradition fait de
Giotto un élève de Cimabue; Lorenzo Ghiberti raconte une anecdote devenue
célèbre:
In una villa allato alla città di Firenze, la quale si chiarnava
Vespignano, nacque un fanciullo di mirabile ingegno, il quale si ritraeva
deî naturale una pecora. In su passando Cimabue pittore per la strada a
Bologna vide il fanciullo sedente in terra e disegnava in su una lastra
una pecora. Prese grandissima ammirazione del fanciullo, essendo di si
piccola età fare tanto bene. Domandô, veggendo aver Farte da natura, il
fanciuÎlo corne egli avea nome. Rispose e disse: - Per nome io son
chiamato Giotto: il mio padre ha nome Bondoni e sta in questa casa che è
appresso - disse. Cimabue andô con Giotto al padre: aveva bellissima
presenza: chiese al padre il fanciuHo: il padre era poverissimo.
Concedettegli il fanciullo e Cimabue mené seco Giotto e fü discepolo di
Cimabue.
s'il en est ainsi, le disciple s'est vite dégagé de l'emprise du maître,
si vite même, qu'aucune de ses oeuvres connues ne porte la moindre trace
d'une pareille influence.
" On rapporte que Giotto, dans sa jeunesse, peignit un jour d'une manière
si frappante une mouche sur le nez d'une figure commencée par Cimabue que
ce maître, en se remettant à son travail, essaya plusieurs fois de la
chasser avec la main avant de s'apercevoir de sa méprise. " vasari
Galerie de la fresque de la
basilique d'Assise

Présention des 25
révélations de St françois et d'une partie de la fresque de Cimabue
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l'art antique et byzantin
En Europe l'art de la peinture avait été
détruit par d' impitoyables barbares. Aucun homme de l'Occident ne pouvait
plus voir une scène authentique de la vie quotidienne peinte sur un mur
parce qu'aucun artiste ne savait comment les dessiner et comment maîtriser
l'art de la fresque.Au contact de la chaux, les couleurs subissaient des
altérations difficiles à connaître à l'avance. Cimabue en avait subi les
effets en réalisant le transept de l'église Saint François à assise. Le
blanc d'argent utilisé pour peindre les vêtements des saints avait viré au
brun foncé au contact de la chaux. après les désastres des invasions, il
ne reste plus rien que de lointains souvenirs. Les traditions sont
oubliées.
Le monde byzantin perpétue la tradition mais misérablement: c'est le
fameux style"grec" de la peinture byzantine écrit Lorenzo Ghiberti dans
ses commentaires
Pour combler ce vide, apparaissent des images fabriquées en grande série
par des moines grecs venus chercher refuge en Italie contre les
persécutions des iconoclastes; elles s'inspiraient du type importé de
Byzance - dépourvu d'une saveur du terroir la réalité de la vie était
gommée : Les Madones assises, richement vêtues peintes à-plat, frontales,
aux yeux énormes, tenant sur leurs genoux le Christ glorieux , frontal
également, aux yeux grands ouverts et bénissant y étaient représentées.La
vierge à l'enfant ci-dessous exposée à gauche en est l'illustration. Les
artistes, en effet, concentraient toute leur attention sur le personnage
négligeant l'entourage, le milieu. Dans cette voie, les idées religieuses
de l'époque les soutenaient : la vie n'est qu'un passage, pendant lequel
il faut mériter le salut éternel qui seul importait. Cet art qui ne
disposait que de deux éléments : la ligne et la couleur, était plus
ornemental que réaliste, ignorant les plans étages en profondeur, et plus
préoccupé d'harmonie et de balancement de lignes, que d'exactitude et de
vérité.
Vers I300 de profonds changements se
produisit. Le peintre, désormais maître de la forme humaine, pût commencer
à regarder autour de son modèle. Précisément à ce moment, on assista à une
transformation de l'univers plus ou moins « un » du Moyen Age, sous
l'influence, d'une part, des grands courants franciscains chargés
d'admiration et d'amour pour la nature, d'autre part sous l'action de
l'humanisme primitif. Le monde extérieur était apprécié pour lui-même, et
l'homme sentit qu'il ne pouvait se détacher de ce milieu dont il faisait
partie intégrante.
Giotto le Prince des Peintres Inventeur
de l'art renaissant
Nous ne possédons pas de véritable biographie contemporaine de Giotto,
mais de très nombreux témoignages de l'époque en exaltent la gloire et en
dépeignent la personnalité.
Dans la nouvelle VI.5 du Décaméron Boccace porte un jugement flatteur sur
Giotto, présenté comme celui qui a ressuscité la peinture. Dans l'Amorosa
Visione, Boccace évoque Giotto en faisant l'éloge de son art parfait.
Pétrarque dans son Itinerium Syriacum ( chapitre 38 consacré à Naples)
passe de l'évocation de la tombe de Virgile à l'éloge des fresques de
Giotto qu'il définit Prince des Peintres et avec fierté " mon
contemporain".
Dans son tableau " Les cinq inventeurs de l'art renaissant"exposé au musée
du Louvre, Paolo Uccello se représente entouré de plusieurs célébrités de
son temps: Giotto le maître de la Peinture, Donatello le maître de la
sculpture, Gionnozzo Manetti, le savant mathématicien, et Brunelleschi
l'architecte. Boccace avait déjà dressé un parallèle entre Giotto qui fait
renaître la peinture et Dante et Pétrarque qui ressuscitent les Muses.
Filippo Villlani, grand humaniste florentin, consacre une section de son
ouvrage " De origine civitatis Florentie et de eiudem famosi civibus " au
rôle prépondérant joué par Giotto dans la résurrection de la peinture après
un sommeil séculaire. Dans sa section " De plerisque pictoribus
florentinis famosis et presertim de Giotto artis predicte iam deperdite
restaurare" Villani dépeint Giotto comme un homme cultivé et trouve
légitime comme une aspiration naturelle : sa recherche de la gloire;
Giotto est " fame potius quam lucri cupidus".
Cino Rinuccini, Dans son ouvrage consacré à Florence seule une cité libre
peut connaître l'excellence culturelle, inclut le peintre Giotto dans son
éloge de la culture florentine et de ses grands hommes: " Ora nell'ultimo
non è dimenticare lo ingegnoso Giotto, il quale de'nostri maggiori si le
naturali efigie rapresenta che continuo pungente alle virtù ci sospigne, e
che non solo Cimabue moderno, ma gli antichi Copa, Pulicreto e Prasitere
avanza"..
Les déconstructions artificielles de l'art du XXème siècle dont nos
contemporains se nourrissent ont bouleversé notre appréciation des valeurs
durables de la Peinture Italienne de l'époque byzantine à la Renaissance.
Dans l'introduction établie pour annoncer l'oeuvre d'Albertus Dürer
il est fait mention de la place prééminente occupée par
l'Art italien au cours de la Renaissance qu'elle détermina tout le
développement de l'art en Europe. Cimabue et Giotto ont préparé la voie
qui conduisit à cette production sans équivalence pendant plusieurs
siècles. On assista après Giotto à une saine compétition entre Florence,
Padoue, Sienne et Venise. cette saine émulation devait produire les chefs
d'oeuvre réalisés par les peintres du Quattrocento de Florence,par Pierro
de la Francesca et Raphaël de Padoue et de Sienne, et par Titien,
Tintoret, Véronèse de Venise.
Devant une fresque de Giotto et de Cimabue, , c'est la naissance de ce
florilège de grands Peintres qui s'annonce .
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