Paul Gauguin l'épreuve d'un peintre bourlingueur solitaire Francisco José de Goya y Lucientes sa surdité favorise l'éclosion de son génie.</font></b></td> marqueur eStat'Perso

Francisco José de Goya y Lucientes
1746-1828
La surdité favorise l'éclosion de son génie.

 

 C'est à la fin 1792 que Francisco José Goya est brusquement terrassé par la maladie: un vertige le saisit alors qu'il se trouve à Séville.Il ne peut plus bouger ni parler; un bruit lancinant envahit son cerveau. Transporté à Cadix chez un ami, il demeure inerte inconscient pendant plusieurs mois. Puis ses douleurs s'atténuent peu à peu, ses membres paralysés recommencent à bouger, sa vue redevient claire. Il peut à nouveau marcher ; il reprend une vie normale. Cependant, Goya vit désormais dans un autre monde, un monde de silence où aucun bruit ne lui parvient, ni aucun mot. Cette surdité enferme Goya dans une solitude spirituelle très pesante, mais qui favorise l'éclosion de son génie. Ce mur du silence qui le sépare des autres hommes le contraint à se recueillir; sa faculté d'observation s'affine lui permet de saisir les aspects les plus cachés de la réalité. Sa vision a changé,; son art prend peu à peu un caractère mordant et satirique accentué par la situation politique du monde; 1800 est le début d'un siècle où se prépare la ruine. La liberté promise par la France révolutionnaire prend la forme de l'invasion dont l'Europe et notamment l'Espagne feront les frais. Goya est le témoin de ces guerres et de ces invasions menées par Napoléon; Il assiste à la révolution populaire qui éclate en 1808 en Espagne contre le roi Charles IV alors qu'il a exécuté quelques années plus tôt le portrait de la famille du roi. Les dentelles, les étoffes somptueuses, le miroitement des décorations ne parviennent pas à faire oublier la " sincérité" presque brutale avec laquelle il présente les visages des membres de la famille royale. Ces personnages sont d'une vérité qui confine à l'insolence.

Portraitiste officiel de la cour d'Espagne


C'est par un concours de circonstances qu'il devient le portraitiste officiel de la Cour d'Espagne. il est présenté au roi alors qu'il est employé comme dessinateur à la Manufacture des Tapisseries Royales de Santa Barbara. Cette manufacture jouissait du patronage royal . Goya a trente six ans . il peint le premier de ses portraits en 1782. L'année suivante il a le premier ministre Godoy pour modèle et bientôt il est invité à représenter la famille du neveu du roi. .Il a eu pour maître un peintre classique, Bayeu dont il épousera la soeur, Josefa. après avoir grandi à Fuendetodos village voisin de Saragosse


La Duchesse d'Albe                     


quelques femmes du plus haut rang s'émancipaient et s'octroyaient la liberté des déesses. Elles rivalisaient de dérèglement avec les hommes et, par. ennui ou par caprice, choisissaient des toréadors pour amants. Telle était la reine. Telle était sa rivale, la resplendissante duchesse d'Albe... tendre, hautaine, fière et démocrate en amour. Goya l'a représentée maintes et maintes fois. Il était déjà sourd et âgé quand il s'éprit d'elle et peut-être lui accorda-t-elle ses faveurs par pitié ou par caprice. Il souffrit de ses infidélités et resta malgré lui. son esclave. La duchesse mourut subitement en 1802 et on supposa qu'elle avait été empoisonnée par la reine, l'année de sa mort Goya ne fit aucun portrait et il ne devait jamais se consoler d'avoir perdu celle qu'il aimait.

Tout comme Vélasquez, L'un de ces trois maîtres avec la nature et Rembrandt , dit-il, il peint ce qu'il voit sans aucune flatterie. Il l'exprime avec force dans une série d'eaux-fortes et de dessins : les Caprices, les désastres de la guerre et les courses de taureaux.
Série d'eaux fortes et dessins: les caprices- les désastres de la guerre et les courses de taureaux

les caprices Cette série d'eaux-fortes commencées sur le ton d'une satire légère, devinrent un acerbe réquisitoire social. La société dans laquelle il vit lui apparaître  avec son hypocrisie et ses vices à peine dissimulés. Les souffrances et la violence endurées par l'Espagne ne laissaient subsister dans l'homme que les instincts fondamentaux. Un frénétique désir de vivre surgissait du sol ravagé de l'Espagne. Goya soutenait son peuple. Il devint l'incarnation de l'âme nationale: sombre et méditatif, fougueux et passionné. Cette série d'eaux fortes furent publiées et immédiatement interdites. Données au Roi elles attirèrent l'attention de l'Inquisition.

 La quinta del sordo                                 


  En 1819 à soixante-treize ans, il achète, aux environs de Madrid,à Carabanchel,  une maison que les paysans appellent bientôt la <<Quinta del Sordo>> (la maison du sourd). Il s'y réfugie pendant quelques années, solitaire comme un ermite, tandis que le pays vit dans un climat d'oppression. Il y peint pour lui seul. Sur les murs de sa salle à manger ou de son bureau, il crée la célèbre série des « peintures noires » (pinturas negras), ainsi nommées à cause de leurs teintes sombres et de leurs sujets sinistres. Elles forment une succession de scènes • hallucinantes, de figures de cauchemar qui semblent exécutées sous l'empire de la folie.

 A quelque temps de là, en 1824, il trouve la force de quitter l'Espagne et de partir vers un pays où l'on respire mieux , la France. A Bordeaux, où il s'installe, il a l'impression de renaître : il retrouve de vieux amis, apprécie les fêtes populaires, assiste aux corridas, observe la foule colorée et crée la magnifique série des Taureaux de Bordeaux. Sa peinture semble elle aussi rajeunir, les couleurs de ses tableaux se font plus paisibles, plus sereines. Hélas! un jour la paralysie le frappe à nouveau : il ne peut plus ni parler ni bouger. Seul son esprit est demeuré lucide. Il sent qu'il ne va plus vivre longtemps. II meurt quinze jours après, le 16 mars 1828

 

 

Notes biographiques                       

1746Goya (Francisco José de Goya y Lucientes) naît  le  30  mars  à  Fuendetodos,  village voisin de Saragosse. 1760Apprentissage chez un peintre de Saragosse. 1764Arrive à Madrid et travaille dans l'atelier de Francisco Bayeu. 1770Voyage à Rome. Première commande pour des peintures religieuses dans la cathédrale de Saragosse.1773 Épouse la sœur de Bayeu, Josefa. 1776/79 Exécute des dessins pour la Manufacture royale de tapisseries.1783 Fait  le  portrait  du  premier   ministre Floridablanca commence sa carrière de portraitiste de la Cour. 1792/93 Grave maladie qui le laisse sourd et a une grande répercussion sur son œuvre. 1796/97Habite avec la Duchesse d'Albe à Sanlucar; exécute une première série d'eaux-fortes,Les Caprices. 1800 Premier peintre de la Cour, fait le portrait de la famille royale. 1808/13 Date approximative des Désastres de la Guerre, eaux-fortes inspirées par l'invasion de Napoléon en Espagne. 1814/19 Se retire dans « la maison du sourd » ; période des peintures sombres. Eaux-fortes des Courses de Taureaux et des Proverbes. 1824 Tombe en disgrâce à la Cour. S'installe  à Bordeaux après un rapide voyage à Paris. 1828 Meurt à Bordeaux, le 16 avril.

 

Repères chronologiques

 1776-1779 dessinateurs à la manufacture de tapisseries  1783 Portraitiste de la Cour d'Espagne    1796/97 eaux fortes "les caprices" 1808 -1813 eaux fortes les désastres de la guerre   1814 fresques de la quinta del  sordo 1819 eaux fortes "les courses de taureaux
 

Histoire de l'art espagnol au XVIIIe siècle

Dès la fin du XVIIe siècle. et au début du XVIIIe siècle, le style ". churrigueresque » (du nom des frères Churriguera, architectes et sculpteurs) triompha dans toute l'Espagne.  Typiquement  baroque,  ce style est fondé sur la surcharge ornementale, sur les effets de mouvement et sur le jeu des courbes. Philippe V, le premier des Bourbons d'Espagne) fit bâtir par des artistes étrangers le palais du Real Sitio de San lldefonse près de Ségovie) également appelé La Granja, directement inspiré du Versailles de Louis XIV, et dont les plans furent tracés par le Flamand Ardemans. Sa construction, entreprise en 1720, fut menée à terme par l'architecte italien Sacchetti. Les jardins, dessinés par le Français René Carlier, furent ornés de sculptures exécutées par toute une équipe d'artistes également français. De cette époque datent le palais royal de Madrid de Filippo Juvara et le palais de Riofrio, près de La Granja, dû à Virgilio Reveglio, le Pardo près de Madrid, œuvres marquées en revanche par un esprit italianisant. La résidence royale d'Aranjuez fut achevée par l'Italien Giacomo Bonavia. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. le néo-classicisme triompha, l'art étant sous la coupe de l'académie San Fernande — fondée en 1744 — dont le directeur, Juan de Villanueva, construisit beaucoup à Madrid, notamment le musée du Prado. Sabatini et Ventura Rodriguez jouèrent également un rôle important dans la capi- tale. Ce dernier, typique du passage du classicisme académique au néo-classicisme accapara les commandes officielles  sous  Charles  III.  Parmi  les nombreux peintres étrangers qui travaillèrent  en  Espagne  au  XVIIIe siècle,le plus fameux fut le Vénitien Jean-Baptiste Tiepolo, mais Goya (I746-1828) domine de très haut toute la fin du siècle. De 1776 à 1793, il peignit des compositions décoratives et des portraits dans une manière forte et raffinée témoignant de son admiration pour Vélasquez et pour les peintres français de l'époque, mais, à partir de 1794, son art, sous l'influence de la maladie, devint satirique et amer (Famille de Charles IV). L'invasion française lui inspira les œuvres les plus tragiques  (El dos de Mayo),  puis, retiré dans sa maison de Carabanchel il  peignit  les  fameuses  fresques  de  la » Quinta del Sordo " (Prado) avant de s'exiler en France où il devait mourir.

lLes disciples et admirateurs de Goya 


Goya a exercé son influence sur les peintres de toutes les générations qui se sont succédé depuis sa mort. Apprécié en Espagne il a joui d'un succès encore plus grand en France où les écrivains, aussi bien que les peintres des tendances les plus opposées, ont proclamé leurs affinités avec lui.
Delacroix, qui collectionnait les eaux-fortes de Goya, les a imitées dans ses gravures sur Faust et a fait connaître Les Caprices à Victor Hugo. Les panégyriques de Victor Hugo et de Théophile Gautier, cet autre romantique hispanophile, accrurent la vogue de Goya en France. L'auteur des Majas au Balcon ne passa pas de mode quand le réalisme battit en brèche les théories du romantisme.
Baudelaire, Balzac et Zola le portèrent aux nues .Courbet étudia avec profit le naturalisme de ses portraits et Daumier la causticité de sa satire sociale. Manet lui fit le compliment d'imiter directement La Maja nue dans Olympia, Le 3 Mai dans MaxiMilien et Les Majas au Balcon dans Le Balcon (voir Manet) Par la technique aussi bien que par la composition), ainsi que les Goncourt l'ont fait remarquer, Manet apprit beaucoup de Goya, il lui emprunta en particulier << sa belle transparence ambrée et cristalline >> .
Les post-impressionnistes, Van Gogh et Cézanne, ont dans leur jeunesse copié les Majas de Goya. Toulouse- Lautrec a dessiné une couverture pour une nouvelle édition des Désastres de la Guerre. Et, lorsqu'à la fin du XIX e siècle et de notre temps, les artistes ont résolu d'explorer les profondeurs du subconscient, ils ont dû reconnaître que Goya avait pénétré avant eux dans ces sombres régions. Le symbolisme démoniaque de Redon, les visions macabres d'Ensor appartiennent à la même veine que Les Caprices de Goya. Et malgré leur talent, les surréalistes n'ont pas donné du monde occulte une idée aussi saisissante que Goya dans ses sombres toiles consacrées à la  sorcellerie.

galerie de peinture                               

Présentations des eaux fortes: la série des désastres de la guerre, de la course de taureaux et des proverbes et Exposition des tableaux