retable polyptique d marqueur eStat'Perso

retable polyptique d'Issenheim de Mathias Grünewald
une oeuvre totalement exceptionnelle de l'histoire mondiale de la peinture.

 

Le retable des Antonins d'Issenheim 1515

Huile sur bois

3M30X5M90

Musée d'Unterlinden, Colmar

Mathias Grünewald (1475-1528)

Ce retable polyptique d'Issenheim est une œuvre de grandes dimensions, 3,30m de haut et 5,90m de large. Il comprend une double série de volets qui s'ouvrent sur la caisse sculptée. Afin d'en faciliter l'observation et d'éviter de trop nombreuses manipulations préjudiciables aux charnières les trois ensembles sont présentés séparément. Leur installation dans la nef de l'église de l'ancien couvent d'Unterlinden restitue partiellement la présentation originelle du retable.

C'est vers 1512-1516 que Grünewald reçoit cette commande de Guy Guers, précepteur de la commanderie des moines Antonins d'Issenheim, un village situé à quelques kilomètres de Colmar.
L'ordre des Antonins a pour vocation de soigner les malades atteints du "feu sacré", une maladie provoquée par l'ergot de seigle. Créée vers l'an 1300, et dévouée à Saint Antoine, la communauté d'Issenheim a acquis au fil des années une richesse considérable, qui lui permet  de faire réaliser des oeuvres religieuses aux artistes de l'époque, dont ce fameux retable destiné au choeur de l'église des Antonins, et qui prendra place en 1852 dans l'ancien couvent des dominicaines d'Unterlinden.

 

 

Quelques notions d'histoire

 A la fin du Moyen-Age, l'Alsace fait partie du Saint Empire romain germanique. Les artistes du Rhin supérieur, qualifiés par les spécialistes de " Primitifs Rhénans", travaillent à Strasbourg, Colmar, Fribourg-en-Brisgau, et vont de villes en villes au gré des commandes qui leur sont faites.
A partir de 1500, une nouvelle génération d'artistes succède aux Primitifs Rhénans, imprégnés des idées de la Renaissance. Mathias Grünewald fait partie de ces artistes, lequel réalise l'oeuvre majeure qu'est le retable des Antonins d'Issenheim.

Brève biographie

Il est sans doute né à Würzburg, en Bavière. Il semble qu’il soit demeuré assez longtemps à Aschaffenburg et qu’il y ait ouvert un atelier. Il est souvent fait mention de lui dans cette ville entre 1505 et 1526. En 1510, il est officiellement occupé comme maître d’œuvre ou architecte au service de l’archevêque de Mayence, Uriel von Gemmingen. En 1511, il participe à la construction de la résidence de l’archevêque d’Aschaffenburg. Quelques années plus tard, il est à Issenheim, en Alsace, où il travaille au couvent des Antonins.Au cours des années suivantes, Grünewald est tantôt à Mayence et tantôt à Francfort-sur-le-Main où il s’était probablement établi. Peut-être a-t-il été mêlé à la révolte des paysans de la région du Main en 1525. On connaît avec certitude la date de sa mort : 1528, à Halle (Saxe),

 

 

Le retable fermé est centré sur la figure du Christ mort à la chair meurtrie ,  au centre entouré de la vierge Marie  pleurant et consolée par Jean l'apôtre . Marie Madeleine est à genoux les mains jointes priant et à sa droite se tient Jean Baptiste montrant le sauveur mourant pour le monde des pécheurs; à ses pieds se tient un agneau portant la croix, symbole de l'agneau de Dieu accablé  par les péchés de l'homme;Sur les autres volets se trouvent les images de saint Sébastien à gauche et saint Antoine à droite

Pour exprimer l'intensité exceptionnelle de la scène,Paul souter dans son ouvrage écrit:"Grünewald utilise des notations relevant les unes d'un réalisme morbide (le corps du Christ porte les marques de la flagellation, y compris les épines ; les clous déchirent ses mains et ses pieds) les autres d'une suggestion non réaliste (le corps du Christ, grandi jusqu'à la démesure, fait ployer la traverse de la croix). C'est le moment tragique de la mort du Christ dont la tête vient de retomber sur le côté alors que la bouche entr'ouverte, aux lèvres bleuies, semble encore chercher un peu d'air. Au pied de la croix, Marie, silhouette cassée, rejetée en arrière, est soutenue par saint Jean, l'apôtre préféré, visage crispé par la douleur. Marie-Madeleine, agenouillée, joint ses mains en avant dans un geste de déploration. De l'autre côté de la croix, saint Jean-Baptiste, solidement campé sur ses jambes, ne participe pas au violent désespoir des autres personnages. Déjà mort au moment du drame, il n'en est pas un acteur mais un témoin qui réapparaît pour rappeler l'accomplissement de la prophétie rapportée par l'Evangile de Jean que Grünewald a reproduite au-dessus de son index pointé vers le Christ : ILLUM OPORTET CRESCERE. ME AUTEM MINUI. (Il faut qu'il croisse et que je diminue). La prophétie évoque le passage du monde de l'âge de la Loi dans l'âge de la Grâce, de l'Ancien au Nouveau Testament. Saint Jean-Baptiste est accompagné de l'agneau qui saigne dans le calice, élément traditionnel de son iconographie".

De chaque côté du panneau central sont représentés: Saint Sébastien qui avait triomphé de son martyr par les flèches était invoqué par les fidèles pour les protéger de la peste dont on pensait qu'elle se propageait par des flèches invisibles. La couronne du saint est tenue au-dessus de lui par des anges. et  Saint Antoine, patron de l'ordre, tient le bâton d'abbé auquel le peintre a donné la forme du tau. C'est un personnage dont la monumentalité, soulignée par son manteau rouge, exprime la sérénité face aux attaques du démon rappelées dans l'angle supérieur droit.

Retable ouvert  est constitué de quatre panneaux qui représentent, de gauche à droite, l'Annonciation, la Nativité et le concert des anges, la Résurrection

L'Annonciation sur la gaughe du panneau  Grünewald évoque l'apparition soudaine de l'Ange Gabriel par le mouvement de son manteau qui se relève de façon peu réaliste, tandis qu'on ne sait pas si ses pieds touchent effectivement le sol. Dominant la Vierge de sa grande taille, il surprend la jeune fille au moment où elle médite la prophétie d'Isaïe ; on peut lire sur le livre ouvert devant elle, au centre de la scène : ECCE VIRGO CONCIPIET ET PARIET FILIUM ET VOCABITUR NOMEN EUIS EMMANUEL (une vierge sera enceinte, elle enfantera un fils et il sera appelé Emmanuel). La scène représente donc le moment précis où la prophétie se réalise. Dans l'angle supérieur gauche, le peintre a représenté le prophète Isaïe (Paul Souter)

La nativité Au centre  C'est une nativité originale, sans étable, sans âne ni bœuf. Assise dans un jardin clos qui rappelle sa virginité, Marie, à la fois monumentale dans sa robe rouge, et tendre, tient l'enfant Jésus dans ses bras. Une émotion intense se dégage de ses gestes et surtout des regards qui plongent l'un dans l'autre. La scène est dominée par une vision cosmique où Grünewald esquisse Dieu le Père dans une mandorle dorée au milieu d'une foule d'anges. La musique céleste est évoquée sur le panneau de gauche, dans une construction merveilleuse aux colonnes décorées de fleurs et de feuillages où les anges musiciens ont pris place. Cependant, la réalité de l'Incarnation est rappelée par le lit, le baquet et le pot de nuit disposés aux pieds de la Vierge. Le destin tragique qui attend l'enfant semble déjà annoncé par les langes déchirés qui évoquent le pauvre vêtement du Christ sur la croix. (Paull Souter)

La résurrection  sur la droite du panneau Grünewald délaisse la description naturaliste de la sortie du tombeau au profit de l'expression d'un mouvement puissant. Seule l'extrémité du linceul est encore dans le tombeau ouvert tandis que Christ s'élance en l'air, comme libéré de toute attache terrestre. La lumière jaillissant de ses mains, de ses pieds et du côté, il apparaît dans un halo doré. Par cette situation entre ciel et terre, par cette illumination, Grünewald traduit picturalement le verset de L'Evangile de Matthieu (17.2) : " Et il fut transfiguré devant eux. Et sa face brilla comme le soleil ". Cette représentation associe Résurrection, Ascension et Transfiguration. (Paul Souter)