Jean Auguste Dominique INGRES Portraitiste à la rigueur de chirurgien

Jean Auguste Dominique INGRES
1780-1867

Portraitiste à la rigueur de chirurgien
 

En bref

 

Jean Auguste Dominique INGRES  L a prodigieuse galerie de portraits qu'il a laissée constitue un miroir inégalable de la société bourgeoise de son temps, de l'esprit et des moeurs de cette classe à laquelle il appartenait et dont il trace les vertus et les limites ;< il impose «à chaque type qui passe sous son œil un perfectionnement plus ou moins complet» (Baudelaire) VOIR aussi la Galerie de ses portraits

Ingres portraitiste de génie
 

A Rome dans son atelier, Jean Auguste Dominique Ingres tient dans sa main le croquis d'un portrait.On peut y voir le tracée précis et délicat d'une femme nue assise. Face à lui se trouve Madame de Sennonnes son modèle. elle est vêtue d'une robe rouge qui forme un superbe contraste avec les tonalités du jaune du divan sur lequel elle est assise. Curieusement, il l'a dessinée nue; C'est sa méthode; Il est sûr ainsi d'obtenir un équilibre parfait de son sujet et des proportions sans défaut. puis il l'habille. sur la toile posée sur le chevalet, il esquisse le portrait; Très psychologue. II s'attache aux éléments essentiels. II commence par les yeux et, seulement après les avoir dessinés, passe aux cheveux et au reste du visage. Son trait est extrêmement sûr : ayant bien observé le modèle il le dessine d'un seul coup, sans jamais se servir d'une gomme. Son portrait est remarquables surtout par la pureté du. dessin; la couleur n'y est qu'un complément. Déjà, au temps de son apprentissage dans l'atelier de David, ses collègues remarquaient la « sensibilité du contour et l'extraordinaire précision du modèle ». II disait d'ailleurs qu'un tableau lui paraissait fini quand le dessin en était achevé.
Baudelaire, observant certains portraits d'Ingres, parle de sa «rigueur de chirurgien», Mais ceci ne suffit pas à définir sa personnalité dans ce qu'elle a de plus singulier et de plus déconcertant. Ingres se détache consciemment de la nature et de la société qui l'ont cependant façonne. Ce n'est pas par rationalisme, comme les lettrés et les artistes de la restauration, dont le scientifique et impassible Flaubert; ce n'est pas non plus par une technique purement optique comme celle des impressionnistes, mais par une théorie du «Beau idéal», qu'il élabore à sa façon.
 


La prodigieuse galerie de portraits qu'il a laissée constitue un miroir inégalable de la société bourgeoise de son temps, de l'esprit et des moeurs de cette classe à laquelle il appartenait et dont il trace les vertus et les limites ;< il impose «à chaque type qui passe sous son œil un perfectionnement plus ou moins complet» (Baudelaire): l’environnement (le ciel d’orage du Portrait de Granet, peintre romantique), le costume (la somptueuse robe à fleurs aux couleurs vives de Madame Moitessier ci-dessus), l’attitude (le geste rêveur de Madame d’Haussonville à droite), caractérisent le modèle autant et plus que l’expression du visage A travers une longue vie d'incessant labeur, il est devenu l'une des plus grandes figures de la peinture au XIXème siècle. Avec lui la tradition classique a vécu sa dernière splendeur.


Parlant du célèbre portrait de Monsieur Berlin ci- exposé, fondateur du Journal des Débats, Théophile Gautier y admire, à côté du portrait physique, le portrait moral de l'homme, la «révélation de toute une époque». Il voit dans ce tableau «l'autorité et l'intelligence, la richesse, la juste confiance en soi» qui étaient si caractéristiques «de l'honnête homme sous Louis-Philippe»

Son portrait de Madame de Senonnes Son œuvre est élaborée, mais réaliste. En arrière plan se reflète dans le miroir l'image de Madame de Senonnes Ingres est fasciné par les phénomènes d’optique, jeu de miroirs ou reflets sur les surfaces polies.
 

Ingres le «le messie du classicisme»


Proclamé l’émule, l’égal de Raphaël, Ingres apparaît malgré lui comme l’un des initiateurs du romantisme et du réalisme en France. Déjà, en 1855, Baudelaire remarquait dans son compte rendu de l’exposition universelle: <Aux gens du monde, M. Ingres s’imposait par un emphatique amour de l’antiquité et de la tradition>.
 En effet, à partir de l’œuvre admirée de l'antiquité, Ingres, par le jeu même de la réflexion et de la technique, crée un art toujours personnel. De là le qualificatif de novateur que lui donnèrent les tenants de la doctrine académique de David ou les critiques perspicaces, tel Théophile Gautier. À l’époque, son art surprend, que l’on définit par la ligne – «la ligne de Raphaël revue, corrigée et augmentée», disaient les satiristes.Il devient le chef de l'école académique contre l'école romantique dont l'un des plus illustres représentants est Delacroix. D'ailleurs on les oppose comme on opposa les classiques Joachim du Bellay , Ronsard au moderne Malherbes en Littérature.

Voir :Galerie des visages peints par Ingres

 

 

Notes biographiques

Jean Auguste Dominique Ingres naquit à Montauban. le 29 août 1780. Son père était sculpteur et musicien; il enseigna très tôt au petit garçon à dessiner et à jouer du violon. Ses leçons portèrent vite leurs fruits : à neuf ans, Jean Dominique exécutait déjà des croquis qu'il signait et datait. A treize ans, il reçut le premier prix de dessin à l'académie de Toulouse, et, à seize ans, le premier prix de composition. En même temps il se perfectionnait dans le violon, jouant pendant deux ans, en qualité de second violoniste, dans l'orchestre de Toulouse. en 1791, il entrait à l’académie de Toulouse .
Élève de David à Paris, à partir de 1797, il devait remporter, en 1800, un second Grand Prix de peinture, et l’année suivante, en 1801, le premier Grand Prix avec le sujet: Les Ambassadeurs d’Agamemnon et des principaux de l’armée des Grecs, précédés des hérauts, arrivent dans la tente d’Achille pour le prier de combattre (Paris, École des beaux-arts).Ingres meurt le 14 Janvier 1867
 

L’influence qu’exerça Ingres à son époque fut décisive et s’explique par le grand nombre d’élèves qui travaillèrent dans son atelier: deux cents au moins. Ingres, fidèle à lui-même, il força l'admiration, même de ses contradicteurs. A travers une longue vie d'incessant labeur, il est devenu l'une des plus grandes figures de la peinture au XI`I" siècle. Avec lui) la tradition classique a vécu sa dernière splendeur. Il donnât à la peinture d’histoire une perfection inégalée, sans comparaison avec les reconstitutions pseudo historiques de l’époque: sa Vénus Anadyomène rappelle la composition d’une métope, et le Martyr de st Symphorien , illustré à  droite, celle d’une frise antique.

Paul Signac a mis en lumière le rôle de Delacroix – le traditionnel adversaire d’Ingres – pour expliquer l’évolution de la peinture vers le néo-impressionnisme, mais on ne saurait oublier que Degas, Renoir et surtout Cézanne, Matisse, Derain et Picasso et plus récemment les artistes du pop’art – ont été marqués par leur admiration pour Ingres.
Aucun cependant ne sera à sa hauteur, et après lui, la grande tradition, classique s éteindra. Le prestige d'Ingres s'enrichit de nombreux titres : officier de la Légion d'honneur, membre de l'Académie des beaux-arts, professeur, puis président de l'École des beaux-arts s. Il peint l' Apothéose d'Homère une de ses toiles les plus célèbres, et réplique ainsi aux attaques de ses ennemis. Les sujets de ses tableaux sont extrêmement varies : thèmes de l'Antiquité, de la mythologie, scènes religieuses, allégories, nus, faits historiques et surtout portraits.
 

Le long séjour en Italie d'un lauréat du prix de Rome
E
nvoyé comme pensionnaire à la Villa Médicis de 1806 à 1811, La découverte de la Ville éternelle éblouit le jeune artiste. Il dessine avec ardeur, passionné par les trésors de l'art classique, et surtout par les tableaux de RaphaëL Pendant quatre ans, il reste pensionnaire à la Villa Médicis. Il fait parvenir en France les travaux obligatoires que réclame l’académie: Œdipe et le Sphinx (1808, musée du Louvre), la Baigneuse dite «de Valpinçon» (1808, musée du Louvre), Jupiter et Thétis (1811, musée d’Aix-en-Provence) sévèrement jugés par la classe des beaux-arts de l’institut qui y voit, non sans raison, une transposition trop originale des leçons de David.
Pour n'être pas obligé de revenir à Paris, en 1820, il s’installe à Florence, après avoir achevé, pour la Trinità dei Monti, Jésus remettant les clefs du paradis à saint Pierre (musée de Montauban). Il peint le Portrait du comte Gouriev (1821, musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg) ci-dessus illustré, et le gouvernement français lui commande Le Vœu de Louis XIII, destiné à la cathédrale de Montauban. Le tableau, envoyé au Salon de 1824, connaît un succès extraordinaire. Enfin triomphant, Ingres est élu à l’Institut comme successeur de Vivant Denon. Désormais célèbre, il fonde un atelier et, le 30 décembre 1829, est nommé professeur à l’école des beaux-arts. Il peint de nombreux portraits dont celui de Monsieur Bertin (musée du Louvre) présenté plus haut.
En même temps, il songe à une grande composition à laquelle il travailla sept ans, Le Martyre de saint Symphorien (cathédrale d’Autun); mais, présentée au Salon de 1834, cette œuvre fut curieusement l’objet de jugements hostiles. Déçu, Ingres accepte le poste de directeur de la Villa Médicis, qu’il occupe de 1835 à 1841.
Son directorat terminé, Ingres revient à Paris en 1841. Il est le protégé du duc d’Orléans dont il fait le portrait (collection de Mgr le comte de Paris)
C’est peut-être lorsqu’il exprime par le dessin l’essentiel de la composition qu’Ingres réussit le mieux. C’est pourquoi les dernières toiles, la Vénus Anadyomène (1848, musée de Chantilly), La Vierge à l’hostie (1854, musée d’Orsay), Le Bain turc (1862, musée du Louvre) apparaissent comme les œuvres modèles du peintre.
Ingres meurt le 14 Janvier 1867, léguant son atelier à la ville de Montauban.
Ingres a été souvent considéré comme un précurseur du réalisme en peinture, en particulier par Baudelaire qui, le rapprochant de Courbet, a souligné plus d'une fois son naturalisme, la réalité matérielle de ses objets, de même que la vérité psychologique de ses portraits.