| Paul
Klee Peintre- poète
Il se définira comme un
" peintre-poète "; Il figure parmi les plus féconds des créateurs
: son catalogue compte plus de neuf mille titres ; sa réflexion sur
l'art évoque, par son ampleur, celle de Léonard de Vinci. Ainsi,
Klee reste l'une des personnalités déterminantes du XXe siècle, référence
irrécusable de la pensée esthétique actuelle. les titres de ses
tableaux témoignent de cette amplitude poétique: Carillon de la lune
d'argent, Doux paysages des tropiques, Paillasse en tranches, Exercice
en bleu et orange, Croissance des plantes nocturnes. Toujours la réalité
visible est dépassée. Sa peinture rejoint aussi la musique. et des
signes et écritures marquant ainsi son goût pour l'Orient
L'interrogation de Paul
klee : Musique, écriture ou peinture?
Musicien
Cette interrogation domine
ses années d'apprentissage et détermine, jusqu'au terme, sa pratique
créatrice. Né le 18 décembre 1879 à Münchenbuchsee, près de
Berne. Son père, d'origine allemande, était professeur de musique et
exerçait dans la capitale helvétique. C'est de lui que Klee,
excellent violoniste dès sa prime jeunesse, hérita son amour pour
cet art.
Peintre
A une exposition de
Munich, il fait la connaissance de Van Gogh et de Cézanne, dont
l'enseignement lui paraît d'emblée exceptionnel. Pendant l'hiver
1911, il se rapproche du groupe des peintres du Blaue Reiter (le
Cavalier bleu) et se lie d'amitié avec Kandinsky, Marc, Macke et
Jawlensky. En avril 1912, il rencontre Delaunay à Paris et découvre
les œuvres de Rousseau, Picasso, Braque. il achève des illustrations
pour le Candide de Voltaire. En somme, il côtoie un groupe de
peintres tous fortement préoccupés par le problème de la couleur.
il continue à s'investir dans la pensée et la pratique musicales
(chant, violon). Ses écrits couvrent de multiples domaines :
introspection et poésie jusqu'à la Première Guerre mondiale ; théorie
et didactique durant les années du Bauhaus.
Au cours d'un rapide
voyage en Tunisie qui constitue pour lui une expérience optique de
premier ordre. L'architecture colorée, éblouissante de lumière, de
ce pays mé diterranéen, l'entraîne spontanément vers une
construction cristalline des tonalités: le sujet naturaliste se fait
poétique, Klee est devenu un peintre. il choisira en fin de compte la
peinture, et conjuguera continuellement ses modalités propres avec
celles des deux autres activités.
Écriture
L'écriture intervient
constamment dans ses tableaux.En 1914, Klee séjourne en Tunisie avec
August Macke. Ce voyage de Paul Klee et d'August Macke en Tunisie
(1914) témoignent de recherches identiques à celles de Matisse : La
démarche décorative, longtemps limitée aux expressions mineures
dans la culture occidentale, se confond dans le monde islamique avec
l'art tout entier. C'est bien cette harmonie que recherche la peinture
de Klee , de Macke et de Matisse. le " motif " disparaît au
profit d'une perception synthétique, ici plus abstraite encore. Préparant
la structure en carrés de son œuvre future, Klee " s'attaque
", selon ses propres termes, " à la synthèse architecture
urbaine-architecture du tableau ". À Kairouan, il note dans son
Journal : " La couleur me possède [...] Je suis peintre. "
Voilà que s'élabore ce que pressentait Macke dans l'Almanach du
Blaue Reiter (1911) : la fusion de l'Europe et de l'Orient, dans ce
" troisième style " qui caractérise en effet bien des œuvres
de la modernité. Natif de Constantine, cette ville qu'il dit "
vieille comme Jugurtha, construite avec des rochers, des ravins, des
nids d'aigle et des cactus ",
L'orientalisme semble
ainsi, plus qu'une fantaisie, une véritable " obsession ",
selon le mot de l'historien d'art J. Sweetman. Elle est entretenue par
le voyage au Moyen-Orient ou en Afrique du Nord, vite devenu parcours
initiatique, à l'image du séjour romain pour les générations précédentes.
Klee a en effet effectué en 1929 un séjour en Égypte qui marque
certaines de ses toiles comme Route principale et routes
secondaires ci-après illustré.
Une peinture polyphonique
Déjà, sur le plan
lexical, la terminologie commune (composition, ton, gamme, harmonie,
rythme, accord, fugue, etc.) fournit à Klee nombre de titres: fugues
en rouge Ci-illustré. Dans ce contexte, Klee imagine une
peinture polyphonique qui " surpasse la musique dans la mesure où
le temporel y est davantage spatial " (Tagebücher, 1081). Des œuvres
" divisionnistes " - l'une s'intitule singularité des
plantes transposent le mode sonore au visuel : des aplats colorés
recouverts par la modulation de touches séparées constituent des études
de contrepoint mélodique et rythmique.
Une peinture des signes
picturaux
Klee dégage une spécificité
du domaine pictural. Il propose une théorie de la technique comme théorie
des signes picturaux et réciproquement : " L'art ne reproduit
pas le visible ; il rend visible [...] Les éléments spécifiques
de l'art graphique sont des points et des énergies linéaires, planes
et spatiales [...] La genèse comme mouvement formel constitue
l'essentiel de l'œuvre [...] La formation détermine la forme et
prime en conséquence celle-ci. " Le " faire " est donc
essentiel à l'œuvre, il en est l'" idée " ; la hiérarchie
traditionnelle est renversée ; " La forme est fin, mort. La
formation est vie [...] Songer donc moins à la forme (" nature
morte ") qu'à la formation.
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Brève
biographie
1879 naissance
de Paul Klee à Münchenbuchsee, près de Berne. Son père,
d'origine allemande, était professeur de musique et exerçait dans la
capitale helvétique1898,
ayant terminé ses "examens de la maturité" (niveau de
notre baccalauréat), il commence ses études de peinture à Munich,
d'abord dans l'atelier particulier de Knirr, puis à l'Académie, sous
la direction de Stuck. 1901
-1902 Il passe
l'hiver en Italie, s'arrêtant pour séjourner à Rome, à Naples, à
Florence; il se laisse, par-dessus tout, prendre au charme de
l'architecture de la Renaissance, de Michel-Ange et des premiers maîtres
du Quattrocento.1904
-1905 Quelques voyages occasionnels le conduisent à Munich
il découvre Beardsley, Blake, Goya, Ensor et 1905 à Paris.1906
épouse Lily Stumpf, professeur de piano. 1911
il se rapproche du groupe des peintres du Blaue Reiter (le
Cavalier bleu) et se lie d'amitié avec Kandinsky, Marc, Macke et
Jawlensky. 1912rencontre Delaunay à Paris et découvre les œuvres
de Rousseau, Picasso, Braque. il achève des illustrations pour le
Candide de Voltaire.1914, Klee
séjourne en Tunisie avec August Macke.1929 voyage en Egypte1931appelé
à l'Académie de Düsseldorf,1940. Mort de Paul Klee
Théorie des signes
picturaux
"L'œil suit les
chemins qui lui ont été ménagés dans l'œuvre. "
Il peut être instructif
d'étudier les œuvres des peintres en se souvenant des indications de
Klee, et d'y chercher la multiplicité des chemins ménagés dans l'œuvre
. Les théories de Klee ont eu un intérêt considérable, non
seulement pour les artistes, mais aussi pour le spectateur et
l'historien lui-même. En posant de façon nouvelle le rapport des
moyens techniques et du sens, elles montrent que le point, la ligne,
la touche, les tons, la composition sont les véritables signes du
peintre.
Appliquons cette théorie
sur le tableau " sous l'étoile noire" ci- illustré:
L'oeil suit d'abord le contraste entre le noir d'une étoile se découpant
sur les couleurs pastel du paysage. Le cheminement au travers de ces
couleurs mène à l'extranéité du personnage d'avec le monde qui
l'entoure et qui semble l'accabler. Le rapport entre la matière
picturale et le support servant de trame au développement de la
composition est ici fort étroit.
Étude de tableaux
le
port florissant
Paul Klee analyse
rationnellement le procédé qui, partant du point - Que Klee considère
comme une forme- conduit à la ligne qui n'est pas seulement un élément
calligraphique. Il s'ensuit une conséquence capitale : un " sens
" spécifiquement pictural qui se caractérise par la multiplicité
des " significations " de l'œuvre achevée. " L'œuvre
plastique présente pour le profane l'inconvénient de ne savoir où
commencer (la lecture), mais, pour l'amateur averti, l'avantage de
pouvoir abondamment varier l'ordre de lecture et de prendre ainsi
conscience de la multiplicité de ses significations [...] L'œil suit
les chemins qui lui ont été ménagés" dans l'œuvre.
Rue principale et rues
secondaires
Ce tableau permet
d'avoir un aperçu sur la façon de voir et de sentir de l'artiste. Il
ressemble à une tapisserie ancienne un peu curieuse, avec des
bandes et des pièces étroites, serrées, dont chaque centimètre est
travaillé, piqueté, cardé, comme si, à grande distance, on eût
voulu établir un relevé topographique clair et net. Quelques lignes
précises, marquant les grandes directions, coupent la peinture, voies
qui s'ouvrent à notre vue. Si nous laissons notre regard suivre ces
chemins, nous voyons que cette sensation de topographie est restituée
grâce à une large artère traversant le centre du tableau et qui va
en se rétrécissant, suivant les lois de la perspective. L'ensemble
paraît vu à vol d'oiseau, comme s'il s'agissait d'une vaste plaine,
sillonnée d'un fin réseau de lignes transversales. Il suggère un
paysage fluvial, les rives d'une large vallée qui abrite le cours
d'un fleuve très ancien. C'est exactement, du reste, ce dont il
s'agit: cette image synthétique reproduit le souvenir des grandes
plaines fertiles de l'Égypte. Cette interprétation picturale de la
grande plaine alluviale du Nil, qui s'étend à l'infini sous le
soleil ardent, avec ses petits champs jaunes et orange, et le vert décoloré
des terrains péniblement travaillés. Chaque tableau de Klee est une
réplique au monde, une image restituée, en réponse, par l'émotion
qu'il ressent devant ce monde. Cette façon très personnelle
d'observer la structure organisée de la nature fait naître une
formule de l'imagination, une "imago", empreinte de la
relation entre le peintre et l'univers. Cette image, reconnue au
moment où la vision pénètre en lui, devient un acquit de sa force
d'imagination qui opère dans l'inconscient, là où les souvenirs
objectifs ne sont plus séparés des conceptions de sa fantaisie. Ce
n'est qu'au moment de la création, dans son atelier -aucun de ses
tableaux, en effet, n'a été exécuté directement d'après nature.
Paul Klee laisse un
immense héritage. il a su exprimer que le tableau doit être une
chose organique en lui-même, comme sont organiques les plantes et les
animaux, tout ce qui vit au monde et dans le monde. C'est là
l'affirmation la plus importante de l'oeuvre de Paul Klee qui annonce
par là les peintres de la peinture inobjective ; Il devance les surréalistes
par ses visions, son goût du rêve, son abandon à l'irrationnel, et
les abstraits par ses fonds musicaux qui ne sont que taches de couleur
et suggestion de mélodie.
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