Henri Matisse Le peintre coloriste de la sensation poétique marqueur eStat'Perso

Henri Matisse

1869-1954

Le peintre coloriste de la sensation poétique

Henri Matisse alchimiste transformateur de la réalité négative en Eden poétique

Le jeune Henri Matisse , âgé de 26 ans, vient d'emménager au 19 quai saint-michel à Paris. Il contemple à loisir " les trois baigneuses " de Cézanne, une toile de Gauguin " tête de garçon"accrochée au mur , un plâtre de Rodin " le buste de Rochefort"posé sur le dessus de la cheminée auprès d' un chapeau fait par sa femme , Marguerite, dont le portrait fera scandale au salon d'automne de 1905.Que de chemin parcouru depuis les cours donnés par Gustave Moreau dans son atelier fréquenté par les futurs complices de l'aventure fauviste jusqu'à cette découverte de l'oeuvre de Gauguin.
Dès ses premiers tableaux , Matisse fait preuve d'une technique où l'oeuvre dite de "débutant" n'existe pour ainsi dire pas. D'emblée la composition est en place, la couleur apparaît déjà dans toute sa splendeur. Dès 1897, il peint "la desserte". Gustave Moreau, son professeur, indulgent mais excellent critique, découvre ce qu'il y a de révolutionnaire dans cet essai et déclare " Laissez faire! ses carafes sont bien d'aplomb sur la table et je puis poser mon chapeau sur leurs bouchons. C'est l'essentiel."
Matisse n'hésite pas à se plonger dans l'étude de ceux qui lui sont proches par la sensibilité: Chardin, Watteau, Rodin, Manet et Cézanne . " Il faudrait être bien niais pour ne pas regarder dans quel sens travaillent les autres ... Il m'est arrivé d'accepter les influences. Mais, je crois avoir su toujours les dominer ." déclare-t-il. Choix qui en dit long sur les goûts artistiques de Matisse et les influences qu'il fait siennes à ses débuts .Matisse coloriste, ramène la diaprure du prisme à quelques tons simples et évidents qu'il combine en à-plats ou en accent concentrés. Du trait ramené à son principe expressif, il dégage l'arabesque, incisive ou tremblante, musicale; de la couleur, il tire de ballet de tons, où tantôt les figures se répètent selon un thème décoratif, tantôt un rouge ou un bleu exécutent un pas isolé. La femme nue sera le thème préféré, avec ses formes, puis ce sera la femme vêtue avec le jeu des étoffes, des bijoux, du décor."Matisse est possédé par cette préoccupation: Matisse tient compte du rectangle formé par son papier quand il dessine écrivait-on dans la grande revue le 25 décembre 1908.Cette revue ajoutait que matisse étudiait son dessin pour que les blancs laissés entre les bords du papier et le trait noir forment une ornementation expressive.

Matisse, ce forcené de la couleur devient le chef de bande, la bande des fauves....

un peu à la façon dont Manet s'était vu 40 ans plus tôt porté à la tête des impressionnistes. Homme discret, bourgeois par excellence , Matisse se retrouve, en effet, promu porte-drapeau des fauves et la cible numéro un des critiques. Et pourtant, il est loin de vouloir choquer. Matisse ne songe qu'à reconstituer le paradis et à l'imposer à ces contemporains dans ce XX ème siècle voué aux massacres et aux violences. Ce n'est pas le moindre paradoxe de son oeuvre."luxe, calme et volupté" " la joie de vivre" sont placés sous le signe du bonheur arcadien des bergers et des bergères évoluant dans un Eden de rêve.
 

Le Fauvisme                                       

Plaçons-nous devant un tableau fauve, de préférence un de ceux des années 1905-1907.Ce qui nous frappe d'abord à son spectacle, c'est le chromatisme. Éclatant, hurlant même, il ne parvient à cette intensité que parce que le peintre s'est servi uniquement de tons purs, qu'il n'a ni mélangés ni rompus, et qui, unifiés sur leur note la plus haute, sont exaspérés par le contraste établi entre chacun d'eux.Apparente, laissée soigneusement en évidence, la touche concourt encore à hausser la couleur et parvient à une expressivité brutale.Simple le dessin est à la fois suggestion et arabesque. La perspective, le modelé, le clair-obscur s'abolissent.Pas de nuances.Un art simple qui atteint d'autant mieux l'effet recherché qu'il est plus franc, plus concis. Faire ces constatations, ce n'est pas pénétrer l'esprit du fauvisme.Tâchons de remonter à ses débuts; C'est au cours de l'été de cette même année 1905 que Matisse découvre l'oeuvre tahitienne de Gauguin à Collioure. C'est le choc. la plus grande partie des toiles sont entreposées chez Daniel de Monfreid un ami du sculpteur Maillol.Matisse en prend une vue d'ensemble. Le Gauguin de Pont-Aven et d'Arles peignait à plat sous l'influence japonaise de grandes surfaces rythmées dans des contrastes de couleurs violentes; Celui de Tahiti et des îles marquises y marie l'innocence primitive, et pose un regard particulier sur cette société originelle. Ce même été, Matisse rompt les enchaînements qui le relient jusque-là. Il n'applique plus les couleurs au motif, mais comme le souligne Pierre Schneider, "il livre le motif aux couleurs". Matisse et Derain compagnons dans cet été décisif à Collioure passent d'une synthèse des découvertes antérieures faites par Seurat, par Van Gogh et par Gauguin à une méthode radicale où l'ivresse de la couleur les entraîne vers des horizons qui frôlent "l'abstraction".
Cette visite à Collioure aura été le creuset du fauvisme. C'est là que Matisse et Derain ont exécuté leurs toiles les plus vigoureuses . en particulier cette "fenêtre ouverte à Collioure" dans laquelle Matisse opère la fusion du pointillisme de Seurat et des aplats de Gauguin . C'est la naissance d'un thème qui ne fera que s'enrichir pour devenir fondamental. Matisse emploiera la technique de Gauguin pour faire le portrait de sa femme coiffée du chapeau fleuri , cette fameuse "femme au chapeau"qui devait faire fureur au salon d'automne. Elle sera aussi reprise par Derain pour réaliser "la danse".

La bande des fauves                                

 comprenait Dufy, Marquet,  Vlaminck qui dira:Ce qu'est le fauvisme? c'est moi. C'est ma manières de cette époque.. Derain je l'ai sans doute contaminé , Camoin, Manguin et Puy,Rouault.Friesz , Marinot et Valta. Le destin du fauvisme s'achèvera deux ans après le scandale du salon d'automne de 1905. Chacun des fauves se dirigera vers d'autres horizons plus personnels. Ainsi, Marquet orientera sa peinture vers une contamination de l'impressionnisme et du fauvisme . Pour Vlaminck et Derain le renoncement à l'aventure sera précédé par une période de recherches, au cours de laquelle un cézannien fier donnera à leur nouvelle manière un bel accent, viril et dense. Vlaminck peindra ses paysages solidement construits dans un chromatisme qui glissera peu à peu du bleu - le pont de Chatou de 1910 - à des terres et des verts relevés de noir et de blancs livides - la maison de l'auvent de 1920 - . Derain fera un bout de chemin avec Picasso - cadaquès de 1910 -.Seuls Matisse et Dufy auront persévéré dans la direction initiale; Dufy avec sa baigneuse de 1914 , Matisse avec la danse de 1909, la conversation de 1911.
La leçon que cette bande de fauves aura donné en si peu de temps laissera des traces profondes que l'on retrouvera chez les expressionnistes allemands, chez les russes comme Malevitch et Kandinsky, chez Soutine, chez Klein, chez Tapiés jusqu'au sein de certains courants de l'art abstrait américain comme Sam Francis c'est à dire chez tous ceux qui ont cru ou qui croient sur l'impact de la couleur. " le fauvisme ce n'est pas tout, mais c'est le fondement de tout" dira Matisse à Georges Dutuit


 

 

Notes Biographiques                                              

1869 31 décembre Naissance d'Henri Matisse au Cateau-Cambrésis 1892 s'inscrit au cours de Gustave Moreau où il rencontre Marquet et Rouault 1894 -1895 naissance de sa fille marguerite et emménage au 19 quai saint Michel 1898 épouse Amélie Parayre et passe sa lune de miel à Londres où il découvre Turner.1900 naissance de son fils Pierre. Sa femme ouvre un magasin de mode 1905 Au salon d'automne éclate le scandale" des fauves". La femme au chapeau, son tableau qui provoque le scandale est achetée par les Stein.découvre l'oeuvre de Gauguin à Collioure avec Derain 1906 présente la joie de vivre aux indépendants.Visite Biskra en Algérie.Il montre une sculpture nègre à Picasso 1913 Exposition des peintures et esquisses marocaines 1922 série des odalisques 1930 Le Dr Barnes lui commande la danse Picasso le reçoit chez lui 1943s'installe à Vence 1944 commence la série des papiers gouachés et collés 1948 se consacre à la décoration de la chapelle du Rosaire de Vence 1950 Grand prix de peinture de la XXVe Biennale de Venise 1952 série des nus bleus 1954 3 novembre meurt à Nice et repose dans le cimetière de Cimiez

Repères chronologiques                               

1896-1898neo-impressionnisme1900-1903sculpture1904-1908fauvisme1909-1910 cubisme1911-1913 voyage au Maroc1914-1917abstrait1918-1921art-déco1922-1930odalisques1931-1939danse1943-1952papiersgouachés

Matisse Picasso  pôle nord pôle sud : La rencontre    

"Matisse et Picasso se sont rencontrés chez les Stein en 1906.Juste avant le salon des indépendants. "il y avait de l'excitation dans l'air... Ce fut Matisse qui attira l'attention de Picasso sur l'art nègre juste à l'époque où ce dernier venait de terminer mon portrait ". relève Gertrude Stein en 1933. Les deux hommes se guettent, s'épient, se vouent une admiration profonde , teintée de jalousie écrit Pierre Daix dans son ouvrage sur Picasso. Ce dernier a découvert avec étonnement l'exposition des fauves au salon d'automne de 1905 où la couleur triomphe. Picasso en est au rose après le bleu qu'il vient de laisser. Il a vu "le bonheur de vivre " de Matisse acheté par les Stein et aussi l'exposition individuelle de Matisse chez Druet. Nul doute que c'est par ces nouvelles fréquentations que Picasso commence à intégrer les problématiques cézaniennes à ses propres problèmes. A cette époque là, Matisse théorisait déjà beaucoup, Picasso s'exprimait très mal en français.Il était un peu en état d'infériorité.Par la suite les relations se sont équilibrées.Ils parlaient beaucoup de l'importance de Cézanne ou de Manet. Ils avaient beaucoup de célèbres peintres en commun, à commencer par Ingres et Delacroix.Le premier pour Picasso, le second pour Matisse.Ils avaient une admiration mutuelle pour Cézanne; La fameuse rétrospective de 1905 au grand palais a été une révélation pour toute leur génération.Leur opinion était très différente vis-à-vis de l'avenir.Picasso affirmait la nécessité de la rupture d'une génération à l'autre.Il donnait l'exemple de Monet à qui on demandait vers 1918 ce qu'il pensait du cubisme; il répondit "du moment que c'est différent de ce que nous faisons, ça vaut la peine". l'image de ses aînés, Picasso se lance dans une série de statues peintes sur ses toiles. Matisse simplifie les volumes de ses sculptures " la petite Tête, la grande figure décorative". Derain comme l'a montré Jean Laude porte une double réflexion sur le cézanien et l'art nègre et y découvre une parenté,notamment sur le constructivisme et la forme structurale ; Ce lien permettra de renouveler la peinture et la sculpture.
Au cours de leurs cheminements différents et en confrontant leurs travaux et leurs réflexions ,ces trois peintres vont oser rompre les liens qui unissent leur peinture à l'art imitatif . Une émulation entre eux va alors se créer . Il va en sortir "le nu bleu, souvenir de Biskra" de Matisse , " les baigneuses " de Derain, et " les demoiselles d'Avignon" de Picasso. Auparavant, Matisse avait peint " le bonheur de vivre " reflet total de Gauguin pour les couleurs mais aussi d'Ingres pour la composition. Cette oeuvre est considérée comme l'une des sources de l'Art du XX ème siècle, au même titre que" les demoiselles d'Avignon".
Le"  bain turc " d'Ingres avait influencé Matisse dans sa composition du "bonheur de vivre"; "les demoiselles d'Avignon " considéré comme la première peinture cubiste s'est inspiré de l'oeuvre de Matisse et de celle de Derain.
Matisse, Picasso , deux grands rivaux qui ont joué le plus grand rôle dans la peinture du XX ème siècle. L'un , le chantre de la couleur faisant écho à l'autre, le briseur de formes.
Le portrait de Marguerite (1907)     

"Le portrait de Marguerite (1907) qu'il donna à Picasso fut fait sans aucune mauvaise intention.Matisse ne craignait pas de montrer son incompétence devant les grandes lois de la peinture. Ce tableau exprimait son innocence. Certes la bande à Picasso, Salmon en-tête et les autres s'est beaucoup moquée de ce tableau.Picasso lui avait donné en échange une nature morte avec un citron, je crois. Mais  les amis malveillants de l'un et de l'autre ont dit qu'ils avaient fait un échange de leurs tableaux les plus faibles. À mon avis, c'était totalement faux. Ce qui intriguait mutuellement, Picasso et Matisse, ce n'était pas ce qu'ils pouvaient réaliser de plus fort, c'était ce qu'il y avait de plus irréductible dans chaque œuvre, Par exemple, l'aspect le plus naïf, le plus innocent, le plus vulnérable que pouvait prendre Matisse de temps à autre, et inversement ce constructivisme extrêmement intellectuel qui était l'une des grandes forces de Picasso.Ils ont échangé les tableaux qui étaient les plus étrangers a l'autre. Pendant l'Occupation, Picasso avait mis le Portrait de Marguerite à la banque. Par la suite, en 1946, il l'avait  rapporté rue des Grands Augustins parce qu'il savait que je l'aimais beaucoup. Il m'a dit qu'en 1907, à l'époque précédant les Demoiselles d'Avignon, alors qu'il essayait d'exorciser tout le passé d'une peinture plus ou moins imitative issue de la renaissance. Dans le même temps, Matisse, s'était intéressé aux dessins de ses enfants. Il voulait retrouver cette simplicité. C'est pour cette raison que Picasso avait voulu ce tableau-là. Il était étonné du courage de Matisse à rechercher cette simplicité. Tous deux aimaient se mettre en danger par rapport aux normes acceptables de l'époque."(entretien avec Françoise Gilot compagne de Picasso de 1943-1953 réalisé pour le film"Matisse-Picasso" de Philippe Kohly

 

Voyages au Maroc : la révélation             

En 1947, Matisse jetant un regard rétrospectif sur son parcours s'écrie:"La révélation de ma peinture m'est venue de mes deux voyages au Maroc, à Tanger".  il fit  ces voyages en compagnie de Camoin et de Marquet en 1911- 1913.Pour Matisse, le Maroc est un jardin fabuleux dans lequel il cueille ses couleurs et ses personnages : Amido, Fatmah la mulâtresse. Matisse y trouve les thèmes qu'il aborde selon la phrase célèbre de Maurice Denis "des tableaux tout faits". Matisse reviendra du Maroc avec une caisse entière de carreaux de céramique murale aux motifs floraux ou géométriques. La série d'odalisques qu'il réalise en 1921-1928 porte un décor oriental qui applique le conseil de Gauguin:"Ô peintres qui demandez une technique de la couleur, étudiez les tapis. Vous trouverez là tout ce qui est sincère".

Les papiers gouachés et collés1943-1952   

Dessiner avec une paire de ciseaux devenait la nouvelle forme de son art."Il n'y a pas de rupture, précise-t-il entre mes anciens tableau et mes découpages"Il associe l'arabesque à la couleur jusqu' à réduire  une toile à ces 2 modes d'expression.Ayant quelques difficultés à manier la couleur, il recourt à des papiers préalablement gouachés qu'il découpe à son gré.Ainsi prendra naissance l'extraordinaire album de "jazz" publié en 1947 sous le titre "improvisations chromatiques et rythmées". Matisse les commente "découper à vif dans la couleur me rappelle la taille directe des sculpteurs"

 

La danse  1931-1939                        

En 1927 Matisse est comblé d'honneurs. Il obtient le prix Carnegie le plus prestigieux des prix internationaux. Au cours de sa visite à Pittsburg il rencontre le dr Barnes qui possède une des principales collections américaines. Ce dernier lui propose d'effectuer une grande décoration murale dans le palais qu'il vient d'édifier pour ses collections. 52 m2, placés au-dessus de fenêtres, donc dans une lumière faible, en 3 alveoles en arc.  Matisse propose de traduire la peinture en architecture, de faire de la fresque l'équivalent du ciment ou de la pierre. La fresque qu'il réalise corrige l'architecture. Cette danse, Matisse l'avait en lui et l'avait placée dans la joie de vivre (1906), puis dans la la première grande composition qu'il réalisa pour Chtchoukine (1909-1910). La première tentative est un échec, il doit remanier, retoucher les couleurs; le gris des piliers n'est pas attrayants pour lui le chantre de la couleur.Il se remet au travail; l'exemple de Giotto l'encourage. La fresque est remaniée et menée à son terme. pour résoudre son problème, Matisse a eu l'idée d'employer des papiers de couleurs découpés qu'il peut ainsi changer de place à volonté jusqu'à ce qu'il trouve le bon emplacement. Matisse utilisa ce procédé pour réaliser Les acrobates du jazz (1952); Ce procédé  devenant une technique personnelle. La danse est un des points d'orgue dans l'oeuvre de Matisse  d'où découlent toute une série de toiles et de gouaches découpées.

 Galerie des oeuvres de Henri Matisse

portant sur la période fauve, orientaliste,danse et papiers gouachés: 23 oeuvres présentées