Michel Ange Buonarroti  1475

Michel Ange Buonarroti
1475-1565

L'artiste le plus complet de tous les temps
 

Avant tout sculpteur,        peintre et architecte           

Michel -Ange sût aussi être écrivain. Chétif, presque laid, cet homme qui sût dominer le marbre, posséda une force intellectuelle et morale aussi intense que celle qui se reflète dans le visage de son Moïse. Cette force intellectuelle le conduira à la tête de la première académie artistique de l'histoire: l'académie du dessin qui fut créée à Florence le 31 janvier 1563. Cette diversité des domaines et des techniques dans lesquels Michel-Ange s'est exprimé est autant d'exercices de style aux lois et contraintes diverses suscité par sa double carrière, florentine et romaine, qui le pousse à adopter des modes bien différents selon qu'il œuvre dans la cité toscane ou dans la capitale de l'Église.

MICHEL-ANGE
Que ton visage est triste et ton front amaigri,
Sublime Michel-Ange, ô vieux tailleur de pierre !
Nulle larme jamais n’a mouillé ta paupière :
Comme Dante, on dirait que tu n’as jamais ri.
Hélas ! d’un lait trop fort la Muse t’a nourri,
L’art fut ton seul amour et prit ta vie entière ;
Soixante ans tu courus une triple carrière
Sans reposer ton cœur sur un cœur attendri.
Pauvre Buonarotti ! ton seul bonheur au monde
Fut d’imprimer au marbre une grandeur profonde,
Et, puissant comme Dieu, d’effrayer comme lui :
Aussi, quand tu parvins à ta saison dernière,
Vieux lion fatigué, sous ta blanche crinière,
Tu mourus longuement plein de gloire et d’ennui 

(Auguste Barbier)

Sa carrière florentine                             


Michel- Ange est né dans ce territoire florentin, à Caprese, au nord d'Arezzo, d'une famille de notables. iI fut mis en apprentissage par son père, le 1er avril 1488, chez les frères Domenico et David Ghirlandaio qui dirigeaient l'atelier de peinture le plus actif et le plus renommé de Florence à cette date. Cet apprentissage fut vraisemblablement de courte durée. Michel-Ange poursuivit une formation, rapide et informelle, dans le domaine de la sculpture, chez Benedetto da Maiano, dont il est, à ses débuts, proche stylistiquement par l'ampleur de ses volumes. Cette formation, il la complétera plus tard à Rome dans l'architecture, sans doute vers 1505-1506, chez Giuliano da Sangallo (qui l'a vraisemblablement proposé à Jules II pour son projet de tombeau).
 
Remarqué par Laurent le Magnifique, Michel-Ange est son hôte au palais Médicis de 1489 à 1492 . Il s'adonne à la sculpture sous la tutelle de Bertoldo di Giovanni, l'" héritier " de Donatello, très apprécié du Magnifique pour ses petits bronzes qui marquent à Florence le début d'une nouvelle conception du rôle de l'œuvre d'art : pur objet de collection sans destination pratique ou dévotionnelle, conception qui influencera profondément Michel-Ange. Il étudie les pierres gravées et les sculptures antiques de la collection médicéenne. À la mort de Laurent, Michel-Ange est accueilli par le prieur de Santo Spirito, qui lui fournit des occasions de pratiquer des dissections dans son hôpital.
A l'appel du gouvernement républicain placé sous l'autorité du gonfalonier Piero Soderini, il réalise "la vierge de Bruges" qui se trouve à l'église notre-Dame de florence, puis entreprend le célèbre "David" en marbre. Un aréopage, comprenant une quinzaine d'artistes les plus prestigieux de Florence dont Léonard de Vinci, Botticelli, Piero di Cosimo et Pérugin, décide de placer ce " géant de quatre mètres dix de haut" devant le palais de la Seigneurie, lui reconnaissant ainsi une signification beaucoup plus civique que biblique.
De nombreuses oeuvres jalonnent cette période de 1502 à 1504 . Il reçoit la commande d'une fresque "La bataille de Cascina" représentant un épisode de la guerre contre Pise en 1364 destinée à la décoration de la salle du conseil du palais de la Seigneurie dont un autre mur avait été alloué à Léonard de Vinci. . La fresque n'eut qu'un commencement d'exécution mais le carton, exposé au palais de la Seigneurie, puis au palais Médicis, sera " l'école du monde ", pour reprendre l'expression de Benvenuto Cellini, avant d'être dispersé en morceaux.
Durant les années suivantes, Michel-Ange travaille à Florence pour de riches marchands, notamment des membres de la corporation de la laine (Agnolo Doni, Taddeo Taddei), ainsi qu'à un retable sculpté pour le cardinal Francesco Piccolomini (qui régna en 1503 sous le nom de Pie III) à la cathédrale de Sienne. Il peint "la sainte famille" en 1503 où l'enchaînement des personnages crée une construction harmonieuse bien rythmée.

En 1516, le nouveau pape Léon x, un Médicis, lui confie la construction de la façade de San Lorenzo à Florence. L'activité de l'artiste est prodigieuse; Il doit délaisser cette façade pour élever la Nouvelle sacristie de San Lorenzo où doivent prendre place six tombeaux des Médicis (réduits ensuite à deux). Ils commencent les figures destinées au sarcophage de Laurent de Médicis notamment "le crépuscule" et "l'Aurore", pour celui de Julien de Médicis il exécute "La nuit" et "le jour" puis les interrompt pour réaliser la statue d'Andréa Doria pour le sénat de Gênes.

Il est nommé gouverneur général des fortifications.,; peint une Léda pour le Duc de Ferrare et sculpte un "Apollon" installé à Bargello( Florence).Mais la chute de la République de Florence l'oblige à se cacher et à partir.

 

Sa carrière romaine


Il a trente ans quand le pape Jules II lui commande son tombeau dons l'exécution subira des transformations successives qui s'étendra sur quarante ans. .
 

En 1508, Le pape Jules II lui ordonne de peindre la voûte de la chapelle Sixtine au Vatican. Le chef-d'oeuvre qu'il n'avait pu réaliser en sculpture, il l'obtint en peignant cette voûte et ces murs.
 

Cette période de création aisée d’œuvres domestiques s’interrompit en 1506 avec l’invitation faite par Jules II à l’artiste de se rendre à Rome pour réaliser son tombeau. Vasari a raconté, avec force anecdotes hautes en couleurs sur le caractère emporté de Michel-Ange, les débuts malchanceux de ce qui devait être pour lui pendant quarante ans la « tragédie du tombeau », le mettant aux prises jusqu’en 1545 avec les héritiers du pape qui exigeaient le respect de ses engagements. Soucieux, dans un premier temps, de reconstruire la basilique

A la mort de jules II, ses héritiers concluent un nouveau contrat avec Michel ange pour le tombeau momentanément abandonné. Le nombre de figures est réduit. deux sont commencés: "Le Moïse" exposé à San Pietro in Vincoli de Rome et " l' esclaves " symbole de la lutte contre le destin qui se trouve au Louvre de Paris
 

En 1536, Le nouveau pape Clément VII l'ayant chargé de peindre "le jugement dernier" à la chapelle Sixtine, il mènera de front cette réalisation et la sculpture de San Lorenzo.
Inlassable, il entreprend en 1555 la construction de la coupole de Saint Pierre

Galerie  de la voûte de la chapelle sixtine

 Fresque des peintures de la création

 


 


 
Michel Ange Sculpteur                             
 

La sculpture par la taille

Pour Michel-Ange, la sculpture digne de ce nom est celle qu'on obtient per via di levare (par la taille) où le sculpteur se heurte à la résistance de la pierre et doit faire appel à son " jugement ", puisqu'il ne peut corriger ses erreurs. Un de ses contemporains décrit ainsi ce travail par la taille de Michel Ange << J'ai vu Michel ange, à plus de soixante ans, faire voler, en un quart d'heure, autant d'éclats de marbre très dur, que trois jeunes tailleurs de pierre en une heure. Il attaquait le marbre avec une telle ardeur que je craignais de voir son oeuvre entière se briser. En un seul coup se détachaient des morceaux, aussi gros que trois ou quatre doigts, et tout proches du dessin tracé, si bien que, s'il avait fait sauter un peu plus de marbre, il courait le risque de tout abîmer>>.
." La figure existe déjà dans le bloc de marbre" affirmait Michel ange , "il suffit de savoir l'en détacher". Cela semble impossible, et pourtant, on l'observe dans l'oeuvre "le prisonnier Atlas" sculpture inachevée qui se trouve à la galerie de l'Académie des Beaux-arts de florence. les torses sont déjà très élaborés, comme si l'artiste avait voulu leur permettre de respirer, tandis que les membres ou la tête sont encore prisonniers ou à peine dégrossis.
Le projet de Michel-Ange, dont témoignent Vasari et Condivi dans leurs biographies de l'artiste, de tailler directement dans le marbre des carrières de Carrare un géant tourné vers la mer nous apprend autant sur la forme et la force de son imagination que les proportions considérables, le caractère titanesque de ses figures pour le tombeau de Jules II, "le Moïse" de Saint-Pierre-aux-Liens ou les Esclaves de l'Académie de Florence

Des Statues colossales: peuple de géants de pierre


Dans ses Dialogues avec Michel-Ange (1538), Francisco da Hollanda fait évoquer avec nostalgie par un des interlocuteurs ce peuple de géants de pierre comme le témoignage de la grandeur et de la faveur exceptionnelles des arts dans l'Antiquité
À Florence, " le David "de Michel-Ange (1501-1504) fut la première de ces statues colossales modernes indépendantes réalisées en marbre : l'Hercule et Cacus de Bandinelli, le Neptune d'Ammanati le rejoindront bientôt sur la place de la Seigneurie

Des Sculptures non-finito


Un nombre élevé de sculptures de Michel-Ange sont inachevées, du moins d'un point de vue technique traditionnel . Pour certains critiques, ce non finito tient à des circonstances matérielles indépendantes de la volonté de l'artiste : des défauts du marbre (dans la Pietà de Florence), le décès ou le changement d'avis d'un commanditaire (c'est le cas des statues ébauchées pour les versions successives du tombeau de Jules II), le départ définitif pour Rome en ce qui concerne les statues de la chapelle Médicis. Pour d'autres, cet état d'inachèvement incombe à l'artiste, mais les raisons invoquées varient. Soit Michel-Ange aurait désespéré de jamais réaliser la perfection dont il rêvait, et une phrase que lui prête Francisco da Hollanda va dans ce sens : " On juge de la science d'un grand homme à travers sa crainte de ne pas exécuter une chose exactement comme il la conçoit. " Soit, au contraire, il aurait jugé l'effet recherché atteint dès ce stade d'inachèvement et n'aurait pas voulu amoindrir l'idée par une élaboration plus poussée.
 

Les façades de marbre de la chapelle Médicis forment un écrin luxueux et inventif à ses propres figures sculptées, les faces du vestibule de la bibliothèque sont une sorte de sculpture non figurative avec leurs puissantes colonnes géminées comprimées dans des niches et leurs consoles à volutes qui ne supportent rien

 

Michel Ange architecte                    


La seconde période, de 1534 à sa mort


La seconde période, de 1534 à sa mort, eut Rome pour théâtre. Michel-Ange, longtemps tenu à l'écart au profit d'architectes plus orthodoxes, devint l'architecte " obligé " de la papauté à partir de Paul III. Successeur de Bramante au Vatican, il respecta plus l'esprit que la lettre de ses projets, en s'inspirant comme lui des constructions romaines, de l'ampleur de leurs vides et de leurs masses murales malléables, de la majesté de leurs voûtes et de leurs coupoles. Il employa la brique (porta Pia) et surtout le travertin, à la texture irrégulière, à la couleur ocre et striée, qu'il traita avec la même précision que le marbre.
La place du Capitole et le palais des sénateurs
Michel-Ange eut à intégrer dans ses projets romains des œuvres sculptées antiques : au Capitole, la statue équestre de Marc Aurèle, image emblématique du pouvoir impérial, qui par son piédestal ovale engendra le dessin de la place, ainsi que les imposants Fleuves couchés dont il orna la base de l'escalier à double rampe du palais des Sénateurs

La basilique Saint Pierre


Mais c'est surtout sur la basilique saint-pierre que son génie exerça une influence irréversible. De la maquette de Sangallo, il supprima les clochers aux étages multiples, l'immense façade écran qui aurait masqué et altéré la pureté du plan en croix grecque, et les déambulatoires annulaires qui devaient envelopper les absides des quatre bras de la croix et qui, rendant multiple et confus l'espace intérieur, auraient de plus compromis l'éclairage des parties centrales. À l'extérieur, aux trois ordres superposés de colonnes engagées prévus par Sangallo pour les murs de pourtour, il substitua un ordre de pilastres colossaux qui épousent la courbure des absides et se plient dans les angles rentrants. Dans ses dernières années, Michel-Ange fit construire le tambour intérieur de la coupole et fit préparer une maquette en bois de cette coupole et de sa lanterne

Il meurt presque nonagénaire, le 18 février 1564, Son corps est inhumé à Santa Croce, à florence.
Homme universel, humaniste, Michel Ange aura été le créateur par excellence, celui qui par son génie dépasse la nature visible pour imaginer un autre monde. Il ne défie pas Dieu , il magnifie sa création en exprimant dans ses oeuvres la vision du divin et en la transcendant.



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