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Claude Monet

1840-1926

Un traqueur de lumière naturelle

 

L'homme qui crée la nature

Dans la lumière de la vallée de la Seine, il a trouvé les premiers exemples dont devait se dégager son esthétique, cette luminosité irisée de l'atmosphère qui enveloppe les paysages et les transforme d'un jour à l'autre, d'une heure à l'autre, donnant de chaque saison, de chaque instant une image différente. L'ambition de Monet a été très tôt de fixer l'impalpable et d'immobiliser l'instant. Tout ce qui dans la nature est provisoire, a séduit son imagination et retenu son rêve. Ce faisant, a-t-il réellement reproduit la nature ou plutôt ne faut-il pas donner raison à Oscar Wilde qui prétend que c'est l'homme qui crée la nature. Il donne alors comme exemple l'œuvre de Claude Monet à Londres et constate qu'avant lui, le brouillard existait déjà dans la capitale anglaise mais qu'on n'en avait pas perçu les merveilleuses irisations tandis qu'après Claude Monet, on ne peut plus voir ce brouillard sans ses illuminations de rêve. Claude Monet a parcouru l'Europe à la poursuite de ce monde chimérique ; non seulement Londres mais Venise, Rouen ou les environs de Paris lui livrent une incessante magie toujours aussi neuve et toujours la même. La leçon la plus démonstrative, il la donne dans ses « séries de nymphéas ou de la cathédrale de Rouen» lorsqu'il traite le même thème sous différents aspects.

Chaque toile est une variation du thème initial, comme un jeu de modulations comparables à des variations musicales, tantôt avec des dominantes joyeuses, ensoleillées, tantôt avec des dominantes d'ombre et de contre-jour, tantôt dans la fraîcheur d'un clair matin de printemps, tantôt dans la froide blancheur d'un temps de neige. Le peintre semble poursuivre la représentation fidèle de la nature. En fait, il poursuit son rêve intérieur et l'expansion de ses sentiments.

 Monet un traqueur de lumière :Les nymphéas

Depuis le début du XXe siècle jusqu'au limite du cubisme,  l'art pictural  vit sous l'influence de l'esthétique issue de Cézanne et sous l'austère discipline qui s'en dégage. L'art de Monet, qui est vraiment la forme la plus pure et la plus sereine de l'impressionnisme, avait été éliminé en raison même de ses séductions. Si l'on reprend ce courant à ses origines, dans ses audaces techniques, avec la théorie des ombres colorées, des contrastes complémentaires et de la division en touches visibles, dans son exaltation de la couleur mouvante, dans ce désir qu'il a de traduire l'instabilité de formes et de la lumière, dans l'intensité poétique des scintillements, il est certain que l'art de Monet devait, au maximum de sa réussite, aboutir à cette série des nymphéas qui est une des plus magnifiques réussites

 Georges Clemenceau écrivait dans son livre consacré aux nymphéas: "L'éblouissante conquête de la lumière en symphonies suprêmes, aux champs des Nymphéas, ne pouvait apparaître qu'en coup de théâtre, même après les préparations d'un long labeur. Il n'y fallait pas moins que le plein accord de la double maîtrise de l'œil et de la main. L'œil, d'audace géniale, brûlé de tous les flamboiements des choses, affolé des prodiges du monde au point de jouer toutes les ambitions de sa vie sur un coup de pinceau à l'approche de la mort.La main, dans la pleine possession de ses agilités d'art, en état d'obéir aux élans de sa sensation, en les modérant, en les ordonnant, en les liant, en les trans- posant dans des enchaînements de la vie universelle. Encore fallait-il que chaque touche de la prétendue « fixité » nous engageât sur la pente de ce qui était tout à l'heure à ce qui sera dans un moment"

Oui! en effet, Monet a conquis la lumière; mais pour y parvenir il fit construire dès 1916 un atelier très vaste dans sa propriété de Giverny, éclairé par une immense verrière afin d'avoir du ciel, la lumière naturelle.Comme ces chasseurs aux aguets dans leur cabane fusil au poing, il était devenu lui-même un traqueur à l'affût  de la lumière, muni seulement de son pinceau et de ses couleurs.

Le jardin  de Giverny qui fit naître les nymphéas racontée par Clemenceau

 On sait qu'on lui doit l'avantage de voir à l'Orangerie les décorations des Nymphéas. Voici, en quels termes lyriques, Clemenceau évoque dans son livre le jardin qui les fit naître : « De la maison à la route, des faisceaux d'arcs-en- ciel de toutes les fleurs, de toutes les colorations de féeries, tombent de la voûte céleste en un étalage de cascades flambantes, appelées de l'œil du peintre, à certaine heures, pour ses grandes douches de torrents lumineux. Monet aimait la fleur pour elle-même, pour les légèretés, les envolées de sa figure, pour le drame d'amour qu'elle irradie avec un éclat d'insolence, pour les flammèches profuses de teintes tendres ou violentes qui s'étalent agressivement parmi les rosiers géants où se lyrisent des yeux las des proses de la vie. »... Dans les miroirs de son étang, parmi les lourdes dalles du feuillage aquatique cernées des nuages, sursaute un éclat de pétales en proie aux reptations de la nuée d'où surgira tour à tour la flamme des eaux ou la splendeur des apaisements célestes. C'est là que Monet venait chercher l'affinement des sensations les plus aiguës. Pendant des heures, il restait là, sans mouvement, sans voix, dans son fauteuil, fouillant de ses regards, cherchant à lire dans leurs reflets, ces dessous des choses éclairées, au passage, des lueurs insaisissables où se dérobent les mystères. Le dédain de la parole pour affronter le silence des fugitives harmonies. Voir, n'est-ce pas comprendre?"

 

 

 

 

Notes biographiques

1840. Claude Monet naît à Paris rue Laffitte le 14 novembre. Il passe son enfance au Havre où son père était épicier.1855.Vers 1855, Boudin découvre les caricatures que Claude Monet expose à la vitrine d'un libraire du Havre. Boudin emmène le jeune artiste faire des paysages. 1856. Monet expose avec Boudin à Rouen. 1857. Monet vient à Paris pour apprendre la peinture. Il entre à l'Académie Suisse et y fait la connaissance de Pissarro. 1860-1861. Pour obtenir qu'il renonce à la peinture, la famille de Monet lui propose, en échange de ce reniement, de lui acheter un remplaçant pour son service militaire. Monet n'accepte pas et est incorporé aux Chasseurs d'Afrique. 1863. Sa santé ne résiste pas au climat de l'Afrique et à la vie militaire. Sa famille cède. Monet rentre au Havre où il retrouve Boudin et Jongkind, puis il revient à Paris. Il entre dans l'atelier du peintre suisse Gleyre où il rencontre Bazille, Sisley et Renoir. Le premier noyau impressionniste est donc désormais constitué. Une exposition de Manet chez Martinet intéresse profondément le jeune peintre et lui révèle les séductions de la peinture claire. Avec ses amis Bazille, Sisley et Renoir, il va peindre dans les environs de la forêt de Fontainebleau. 1865. Premier envoi de Monet au Salon où il est accepté. 1866. « Camille » ou «La Dame à la robe verte » est très remarquée au Salon. Cette toile, avec « Le déjeuner sur l'herbe » (1865) qu'il détruisit après les critiques de Courbet « Les femmes au jardin » (1867) « Le déjeuner totalité des compositions qu'a exécutées Monet. Si l'on excepte quelques portraits et de rares natures mortes, il se consacrera désormais au paysage. 1870. La guerre franco-allemande disperse les jeunes artistes. Monet quitte Paris et va s'installer à Londres où il retrouve Pissarro. Les œuvres de Turner lui sont une révélation. 1871. Monet fait un séjour en Hollande avant de regagner la France. 1872-1875. Peintures à Argenteuil. 1874. Première exposition chez Nadar du groupe qui s'intitulera plus tard les Impressionnistes. Monet y expose plusieurs œuvres dont l'une intitulée « Impression, soleil levant », sera à l'origine du titre donné ironiquement au jeune groupement. Monet est un de ceux qui subissent les attaques les plus violentes. 1876.Premier séjour à Giverny. 1878-1880. Séjours à Vetheuil; 7 juin : exposition Claude Monet organisée par le journal La Vie moderne, préface de Th. Duret. 1883. Il s'installe à Giverny. 1885-1886. Marines à Étretat et à Belle-Île. 1889. Exposition chez Georges Petit avec Rodin. 1890-1895. Claude Monet peint pendant cette période la plupart de ses séries les plus connues «Nymphéas» (1890), «Les Meules» (1891), «Les peupliers» (1891), Les «Cathédrales» (1893-94) 1900-1905. Séjours à Londres.1908 séjour à Venise 1908-1926 Les nymphéas 1923 opération de la cataracte 1926 5 décembre mort de Claude Monet à Giverny

Repères chronologiques

  1870 voyage à Londres l'impressionnisme 1885-1886 marines 1890-1895 séries -meules-peupliers-cathédrales-1908-1926 exposition des nymphéas

L'impressionnisme

L'apport de l'Impressionnisme, — j'entends l'Impressionnisme       strict, celui que Claude Monet, Pissarro, Sisley, Guillaumin            pratiquèrent    presque toute leur vie et Renoir un moment, de     1874 à 1883  environ, — n'en est pas moins considérable.   Découvrant, par leur analyse suraiguë de la lumière, la relativité    de la couleur et de la forme, qui, loin d'être des données invariables, sont incessamment modifiées par l'éclairage et  l'atmosphère, les maîtres orthodoxes de cet art ont fait choir l'homme du trône où la Renaissance l'avait  installé. Avec eux   la  peinture ne fait plus de l'homme le centre du monde. Mais avec eux aussi, et pour la même raison, se forme une  nouvelle conception de l'espace, non plus milieu  géométrique, mais milieu lumineux, et que le peintre peu traduire par la couleur, une couleur qu'il ne dégrade plus comme dans  l'expression traditionnelle de la perspective aérienne, mais qui, aussi intense au premier plan qu'au dernier, vise moins à traduire la profondeur que l'atmosphère qui l'emplit, et, en exprimant celle-ci, signifie du même coup, par corollaire, celle-là". A couleur les Impressionnistes assignent, aussi bien, encore une autre   fonction : à elle —et non plus aux valeurs — la mission  d'exprimer la lumière et l'ombre, c'est-à-dire l'univers entier,  puisque pour eux tout est lumière et ombre. Le monde extérieur   n'est ainsi que couleurs, couleurs sans valeurs, chromatisme pur. 
Cézanne devait aller plus loin dans cette voie, et s'attacher à         exprimer, par la couleur, la forme. Chaque plan d'une structure   recevant de sa position dans l'espace lumineux un éclairage          particulier, c'est-à-dire une couleur propre, il n'est que de noter  
avec exactitude les couleurs de chaque plan pour construire        strictement les volumes et les installer ipso facto dans l'air.            

                                                                        

«Il était né grand seigneur»

Les souvenirs de Renoir, racontés par son fils Jean, donnent de Claude Monet une image que ses biographes ne nous avaient guère révélée. « II était né grand seigneur, dit Renoir : II épatait tout le monde, non seulement par sa virtuosité, mais aussi par ses manières. A son arrivée dans l'atelier (Gleyre), les élèves jaloux de son apparence superbe le surnommèrent le « dandy ». II n'avait pas le sou et portait des chemises à poignets de dentelle. » Et Jean Renoir poursuit : « Lorsque Renoir lâcha complètement la décoration, il alla vivre avec Monet. L'exécution des portraits de petits commerçants que Monet avait le génie de décrocher, leur permettait de tenir le coup. Un portrait leur était payé cinquante francs. Il leur arrivait de passer des mois sans trouver de commande. Cela n'empêchait pas Monet de continuer avec ses chemises de dentelle et d'avoir le meilleur tailleur de Paris. Il ne le payait jamais, répondant à ses factures avec la hauteur condescendante de don Juan recevant M. Dimanche : « Monsieur, si vous insistez, je » vous retire ma clientèle. » Et le tailleur n'insistait pas, éperdu de fierté d'habiller un monsieur avec de telles manières... Tout l'argent des deux amis passait dans le loyer de leur atelier, le salaire d'un modèle et le charbon du poêle. Pour la nourriture, ils procédaient de la façon suivante : puisque le poêle était nécessaire à la fille qui posait nue, autant valait l'utiliser pour cuire les  repas.  Ceux-ci étaient  d'une  simplicité  Spartiate. Un de leurs clients à portraits était épicier et les payait en nature. Un sac de haricots durait environ un mois. Le sac, une fois vidé, pour changer, ils passaient aux  lentilles. Et ainsi de suite, s'en tenant aux féculents

 Galerie de Tableaux 

Exposition des séries de nymphéas, de  cathédrales et des impressions sur Londres et sur Venise