Henry Moore 1898

Henry Moore
1898-1986
forgé  dans le monde de la mine fait immerger ses sculptures en plein air

 

En bref

Le prestige d’henry Moore a, depuis longtemps, débordé les frontières de son Angleterre natale. Révéré dans son pays à l’égal d’une institution, ce sculpteur a créé une œuvre considérable dont la puissance et la diversité forcent le respect, Portant alternativement sur les domaines de l’abstrait et du figuratif, elles visent toutes à exprimer le dynamisme latent des structures vivantes, les soubresauts d’une nature en perpétuelle genèse, la fraternité de l’homme avec toutes les formes de vie. Cette hauteur de vues, allant de pair avec d’exceptionnelles qualités plastiques, justifie le rayonnement d’une œuvre qui a profondément marqué toute une génération d’artistes

DANS LE NOIR DES BASSINS HOUILLERS :L'ORIGINE DE SA VOCATION DE SCULPTEUR

C'est dans "le noir et le vert" teintes qui caractérisent l'Angleterre qu'Henry Moore installera sa carrière de Grand Sculpteur. Dans le Noir des bassins houillers du Yorkshire à Castleford il trouvera sa vocation; Dans le vert du Hertfordshire à Perry Green il installera son atelier qui deviendra le centre de la "fondation Henry Moore". il y passera presque tout le cours de sa vie interrompu seulement par un court séjour à Kingston dans le Kent durant la seconde guerre mondiale.

Moore conserve, comme un souvenir inoubliable lié au Yorkshire et plus particulièrement à la ville de Castleford, où il naquit le 30 juillet 1898 , l'image d'une église romane aussi solide qu'un roc, à la façade ornée de sculptures taillées dans la pierre avec une étonnante vigueur. L'artiste, les ayant sans cesse sous les yeux,alors qu'il se rendait à l'école primaire de castleford ne leur prêtait que peu d'intérêt, comme il arrive souvent pour les objets familiers. Soudain, un Jour, elles s'imposèrent subitement à son attention, sous l'influence de son professeur de l' école secondaire, Alice Gostick professeur d'un atelier de poterie; il n'avait alors que douze ans, mais il éprouva une sensation fulgurante : ces sculptures le fascinaient, car, à travers elles, là pierre lui semblait vivre. C'est à cette époque que naquit en lui la vocation de sculpteur

L'INFLUENCE DÉTERMINANTE DE L'ART NÈGRE ET DE L'ART PRIMITIF SUR SON OEUVRE

Enfin, en 1919, il pût s'inscrire dans une école des Beaux- Arts. Mais les œuvres qu'îl allait voir à Londres, au British Muséum, furent sa véritable source d'enseignement. C'est là qu'il fit son choix. Négligeant les statues classiques, néo-classiques et baroques, qui n'avaient: pas de prise sur sa sensibilité, ll s'intéressa à des oeuvres plus antiques « primitives " : productions de l'art nègre ou. égyptien, sarcophages étrusques» sculptures de la Grèce archaïque ou de la mystérieuse civilisation aztèque, incisions paléolithiques. Il trouvait en elles une énergie que ne possédaient pas, à ses yeux, les civilisations suivantes.Il eut la chance de faire la connaissance de Michel Sadler,Vice- Chancelier et grand collectionneur de tableaux de Cézanne, Gauguin, Van Gogh e de l'art Nègre précurseur de cet art bien avant qu'il atteigne l' Angleterre.
La carrière artistique d'Henry Moore a réellement commencé lorsqu'il a découvert l'oeuvre de Roger Fry"la vision et la Conception, un recueil qui avait été publiés en 1920 et qui contenait deux essais importants: un sur la sculpture Nègre et autre sur l'art ancien américain. Parmi les camarades d'étude de Moore à Leeds il y avait Barbara Hepworth, qui à l'âge de dix-sept ans reçut une bourse pour aller à l'École des beaux-arts Royale de Londres, dans la section sculpture
 

LA PUISSANCE EXPRESSIVE DES SCULPTURES D'HENRY MOORE- DES SCULPTURES DE PLEIN AIR
 « Le but de ma sculpture n'est pas la beauté telle que l'entendaient les artistes de la Grèce classique et de la Renaissance. II. existe une énorme différence entre la beauté de l'expression et la puissance de l'expression. La première tend à satisfaire les sens, la seconde possède une vitalité de l'esprit qui, à mon avis, est plus profonde et plus suggestive... »
c'est en plein air que l'artiste les a imaginées, immergées dans la nature. D'après lui, les sculptures sont comme des êtres vivants : elles ont besoin d'espace;, il leur faut « respirer ». « Elles doivent., dit-il, subir l'hiver, l'été la brume et le soleil, le jour et la nuit."La lumière artificielle, les milieux fermés les étouffent et trahissent».Henry Moore aime avant tout travailler à l'extérieur, car il a l'impression, de répéter, en un certain sens, l'activité créatrice de la nature. Il y trouve les lignes dominantes et les structures de ses oeuvres en. s'inspirant des cailloux polis par les eaux, des fragments de roches aux formes asymétriques, des coquillages creux aux courbes harmonieuses, des troncs d'arbres, des os... Ce sont des trésors que Moore conserve .

.L'AFFINITÉ AVEC LA NATURE

Gérard Bertrand fait l'éloge de l'oeuvre d'Henri Moore de la façon suivante " Le prestige d’Henry Moore a, depuis longtemps, débordé les frontières de son Angleterre natale. Révéré dans son pays à l’égal d’une institution, ce sculpteur a créé une œuvre considérable dont la puissance et la diversité forcent le respect, et dont témoignent les expositions triomphales de 1972 à Florence, 1977 à Paris, 1978 et 1983 à Londres, pour ses anniversaires, 1979 à Bonn et 1982 à Séoul. Ses recherches se sont d’emblée inscrites dans le courant des expériences les plus originales de l’art contemporain. Portant alternativement sur les domaines de l’abstrait et du figuratif, elles visent toutes à exprimer le dynamisme latent des structures vivantes, les soubresauts d’une nature en perpétuelle genèse, la fraternité de l’homme avec toutes les formes de vie.
Henri Moore demeure un "moderne" qui a su redécouvrir certaines significations de l'art primitif. Toute sa vie il restera fidèle à ce qui constitue le motif fondamental de son inspiration: l'affinité avec la nature.
C'est dans le noble travail du minerai de charbon , dans la fraternité partagée de ces mineurs de fonds , véritable artisans du progrès qu'Henry Moore a trouvé son inspiration et cette hauteur de vues allant de pair avec d’exceptionnelles qualités plastiques, qui lui ont permis de réaliser une œuvre qui a profondément marqué toute une génération d’artistes.
 

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Notes biographiques

1898 30 juillet naissance d'Henry Moore dans le village minier de Castleford (Yorkshire)1910 gagne une bourse scolaire pour poursuivre ses études secondaires à Castleford secondary School1901fortement influencé par les cours de son professeur d'Art, Miss Alice Gostick,il réalise ses premières sculptures sur bois et décide de devenir sculpteur1915 Henry Moore obtient le certificat de Cambridge qui lui permet de poursuivre ses études. Sur l'insistance de son père il devient professeur dans l'école de Castleford;La guerre vient juste  d'éclater, Henry Moore produit et  un registre d'honneur et grave les noms de tous les anciens élèves envoyés au front 1917 henry Moore est enrôlé dans le 15 e régiment d'artillerie de Londres 1918 Avec son régiment il participe à la bataille de Cambrai; gazé il est soigné dans un hôpital 1919 Il s'inscrit à l'école de sculpture de Leeds mais assiste le soir aux  cours de Poterie de Miss Gostick à Castleford.Il fait la connaissance de Michael  Sadler,  un  collectionneur, possédant des tableaux de Cézanne, Gauguin, de van Gogh et de sculpture d'art nègre.1920 Il fait la connaissance de Barbara Hepworth qui poursuit ses études d'art  au  célèbre collège royal d'art de Londres. 1921Henry Moore rejoint Londres et étudie jusqu'en  l'art dans les musées du British muséum et les collections du Victoria et Albert Muséum 1924 il est récompensé par le Royal collège of art d'un voyage de 6 mois en Italie 1925 Voyage en Italie où il étudie les oeuvres de Giotto, Masaccio, Michelangelo, Donatello and Giovanni Pisano, visite Rome, Florence, Pisa, Siena, Assisi, Padua, Ravenna and Venice.1929 sculpte le Leeds  reclining figure- Epouse Irina Radetskyune étudiante artiste peintre 1930 Est élue à la célèbre 7 et 5 society,  académie qui récompense les 7 plus grand peintre et les 5 plus grands sculpteur du royaume  1931 Reçoit une commande des transport londonien d'une fresque en l'honneur de Charles Holden 1936 commande d'Henry Barr directeur du MOMA de New York 1953. reçoit The award of Companion of Honour en 1963, the Order of Merit , en  1968 and the Erasmus Prize 1986 31 Aout mort d'Henry Moore à l'âge de 88 ans

Un peu d'Histoire

HENRY MOORE A CASTLEFORD la CITE MINIÈRE CHARGÉE D'HISTOIRE

Castleford était une cité minière qui eut son heure de gloire au cours de la guerre des deux roses. C'est en effet au cours de la bataille de Towton que se livrèrent les Lancastres et les Yorks que le Prince Edward entra à York après un féroce combat que les historiens considèrent comme" the bloodiest battle ever fought on english soil".Cette victoire resta inachevée puisque Edward ne la poursuivit pas jusqu'en Écosse pour capturer la Reine Margaret. Il revint toutefois à Londres où il fut sacré Roi en 1461.
Henry Moore était le septième des huit enfants . Son père;, Raymond Spencer Moore, mineur de fonds, intelligent lisait et étudiait beaucoup. Il descendait à la mine de Glasshoughton réputée pour la richesse du minerai . Un registre de 1535 fait état "Though here be plenti of wode, yet the people burne much yearth cole bycawse hit is plentifull and sold good chepe.").
Sa mère Mary Baker a joué un rôle important dans la carrière de son jeune fils. Henry Moore a vécu la vie rugueuse de cette région minière. Raymond Spencer, son père, était déterminé ; Il voulait que ses enfants reçussent une bonne éducation pour leur éviter de descendre à la mine. Il a réussi. Henry a imposé ses oeuvres à l'attention du monde. Sa carrière explosa à partir de 1941, années où il fut nommé membre de la présidence de la "Tate Gallery". En 1948 sa sculpture lui valut le premier prix à la XXIV biennale de Venise.
Toutefois, il lui fallut batailler durement pour atteindre cette notoriété. Il dut d'abord travailler pour obtenir une licence afin d'enseigner dans les classes élémentaires, comme professeur dans la~petite école de Castleford,. Ensuite, il partit pour la " Grande Guerre ».

  Son Témoignage  sur Barbara Hepwoth recueilli par William Packer

..J'ai dû attendre jusqu'en 1977 pour faire sa connaissance, lorsque, préparant la préface pour le catalogue de l'exposition de sculptures britanniques organisée à Battersea Park, je suis allé le voir dans sa maison de Much Hadham. A près de quatre-vingts ans, Moore faisait figure de patriarche de l'art britannique, et à juste raison. L'exposition qui avait marqué son soixante-dixième anniversaire à la Tate Gallery en 1968 avait coïncidé avec une désaffection des critiques, car de plus jeunes sculpteurs britanniques tenaient à rompre avec cette figure tutélaire pour affirmer leur indépendance. Selon un réflexe normal, ils contestaient son autorité. Le vent a tourné avant la fin des années soixante-dix, avec le triomphe international obtenu au Belvédère à Florence en 1972 et la perspective de l'exposition tout aussi triomphale à l'Orangerie. Sa position était imprenable, sa réputation inébranlable. Elles l'étaient effectivement pour le grand public, mais pas tant que ça à ses yeux. Je ne m'attendais pas à découvrir chez un artiste aussi original, possédant aussi bien ses moyens, et surtout aussi largement encensé, un homme visiblement vulnérable et anxieux. Certes, il n'ignorait pas son prestige. Disons plutôt qu'il n'en avait que trop conscience. J'étais venu l'interroger sur les pratiques de l'art britannique, et de la sculpture en particulier, dans les années trente et quarante. Alors, j'ai pu voir à quel point, déjà à cette époque, il était jaloux de sa suprématie. J'ai parlé de Barbara Hepworth, pensant qu'il saluerait au moins l'apport remarquable de cette artiste. «Barbara ? Oh non, elle a pris toutes ses idées chez moi.» Il a dit cela sans une once d'amertume ou de méchanceté, mais sans plaisanter non plus. Il parlait sérieusement, malgré la fausseté évidente de ses allégations. J'avoue que cela m'a surpris. En fait, Barbara Hepworth était peut-être restée trop proche de lui pour ne pas le gêner à la fois à titre personnel et dans son œuvre créative. Jusqu'à la fin des années vingt, dans le étapes les plus décisives de leurs carrières respectives, d'abord dans leur formation puis dans leurs débuts professionnels, elle avait toujours gardé, apparemment, une légère avance sur lui. Elle était la frêle jeune fille, belle et talentueuse, et lui l'ancien soldat issu de la classe ouvrière, ambitieux. Mieux encore, sans être sans doute aussi profondément et puissamment originale que lui, elle fut en réalité la première à se faire un nom dans la sculpture. Au moment le plus crucial du parcours de Moore, quand, vers le début des années trente, il hésitait à s'orienter vers une abstraction anthropomorphe pure, débarrassée de toute anecdote, Barbara Hepworth avait déjà franchi le pas, indiquant ainsi la voie non seulement à Henry Moore, mais aussi à son mari Ben Nicholson. Pour cet homme fier, originaire du Yorkshire, c'était une réalité difficile à accepter. Ces remarques ne sauraient diminuer en rien la grandeur de l'artiste. Elles éclairent simplement certaines faiblesses foncièrement humaines. Et elles ne peuvent que rendre son œuvre encore plus admirable.

 

alerie des sculptures d'Henry Moore

Exposition des sculptures de plein air et de celles inspirées par les matériaux existant dans la nature