Camille Pissarro 1830

Camille Pissarro
1830-1903

Le doyen des impressionnistes
 

 

L'âme et l'autorité du conciliateur
Camille Pissarro fut le doyen des Impressionnistes, non seulement par l'âge mais aussi par sa personnalité d'homme sage, équilibré, bienveillant et généreux. Alors qu'il n'ambitionnait nullement d'être un chef et se gardait bien de jouer un tel rôle, il semble qu'à l'époque des querelles et des désaccords, il fut le seul capable de s'élever au-dessus des ressentiments ou des préjugés, et d'oublier toutes les blessures d'amour- propre pour ne penser qu'au but poursuivi avec ses amis: développer un style personnel, affirmer une liberté d'expression. Mais il n'aurait pas exercé une telle influence bienfaisante s'il n'avait été, par surcroît, un grand artiste plein de modestie, pour qui tous les autres éprouvaient respect et admiration.
L'influence de Corot son maître à ses débuts
L'évolution de Pissarro suivit un cours relativement simple. En 1855, âge de vingt-cinq ans, il quitte sa famille à Saint-Thomas, dans les îles Vierges (alors possession danoise) pour revenir à Paris où il avait fait ses études, et là, se consacre à l'art. Il choisit Corot pour maître, et ses premières toiles révèlent l'influence des doux paysages poétiques de cet artiste. Mais la vigueur et la fermeté d'exécution de Courbet laissèrent aussi leurs traces dans l'œuvre du débutant

A partir de 1859, Pissarro essaya, avec plus ou moins de succès, de présenter ses paysages au Salon ; en 1863 il prit part au fameux " Salon des Refusés", en compagnie de Manet, Whistler, Cézanne, et bien d'autres.


Pissarro le pédagogue initiateur de la peinture à l'extérieur


Cinq ans plus tard, il envoya au Salon " l'Hermitage près de Pontoise, qu'il avait entièrement peint en plein air. Cette méthode était encore à peu près inconnue des paysagistes de l'époque qui, en général, n'exécutaient que leurs premières études d'après nature. Par la suite, Pissarro essaya de persuader ses amis Renoir, Monet, Cézanne, Sisley et Guillaumin (tous plus jeunes que lui d'une dizaine d'années) de peindre à l'extérieur s'ils ne l'avaient déjà fait. Camille Pissarro n'était pas de ceux qui gardent jalousement pour eux tout ce qu'ils découvrent. Au contraire, il avait un immense plaisir à faire partager aux autres ses propres découvertes. Il était profondément convaincu que toute connaissance acquise par l'individu appartenait à la communauté et, toute sa vie, il essaya de mettre en pratique cette généreuse philosophie.
 

Ainsi il put exercer une influence décisive sur des hommes tels que Cézanne et, plus tard, Gauguin. Ses dons de pédagogue s'exprimaient en chaque occasion avec une insistance si douce et avec tant de clarté que Mary Cassatt un jour s'écria : " II était si bon professeur qu'il aurait pu apprendre à dessiner aux pierres ".

 

Notes biographiques

1830 Naît le 10 juillet à Saint-Thomas, colonie danoise des Antilles, dans une famille juive d’origine portugaise. Il fait un premier séjour à Paris pour ses études;  1855 obtient d’y retourner pour être peintre. Après avoir passé par l’école des beaux-arts, il travaille à l’académie Suisse, rencontre Monet, puis Cézanne, et expose au Salon de 1859. En 1863, il a trois paysages au Salon des Refusés. 1866 Il s’installe à Pontoise en 1866 et trois ans après à Louveciennes. Il connaît une vie très difficile. En 1870, il fait un séjour à Londres où il rencontre Monet, et deux ans après, il travaille avec Cézanne à Auvers-sur-Oise. Il rencontre Signac et Seurat en 1885 et pendant quelque temps est pointilliste. 1903 Il mourut à Paris le 13 novembre.

Pissarro- Monet à Londres


En 1870, quand éclata la guerre franco-allemande qui chassa Pissarro de sa maison de Louveciennes, sa personnalité artistique était déjà complètement formée. Son œuvre était remarquable de tranquillité, de confiance, d'originalité, de fermeté et de délicatesse dans l'observation. Elle allie la sensibilité d'un Corot à un don tout à fait personnel de la couleur, souvent aussi, la grandeur d'un Courbet à la simplicité rurale de Millet. Dégagée de tout élément littéraire, son œuvre puissante et pourtant pleine de retenue, surpasse celle de l'École de Barbizon par son observation directe et sincère de la nature. Lorsque les Prussiens occupèrent sa maison à Louveciennes et détruisirent une grande partie de ses œuvres, Pissarro se réfugia à Londres avec sa famille. Là il ne tarda pas à rencontrer Monet. Tous deux furent présentés à Durand-Ruel qui devait devenir leur marchand et dont le nom et le destin allaient être étroitement liés au mouvement Impressionniste. A Londres, Pissarro et Monet étudièrent les œuvres des paysagistes anglais, Turner en particulier, et en retirèrent de précieux enseignements. Tous deux parvinrent à libérer leur technique, à éclaircir leurs couleurs et à se débarrasser d'une certaine opacité que l'on trouvait encore dans quelques-unes de leurs peintures.

 

Rentrant en France en 1871, Pissarro s'installa à Pontoise. Il allait y rester dix ans, et plusieurs de ses amis vinrent le rejoindre pour travailler avec lui. Les peintures de Pissarro pendant cette période sont caractérisées par une fraîcheur de sentiment et d'exécution toute particulière. Mais ni lui ni ses amis ne réussirent fenêtres fermées. Il passait toujours une grande partie de l'année à Paris et changeait fréquemment de quartier pour peindre les diverses vues qu'il avait de ses fenêtres. Rien dans ses dernières toiles ne trahit l'artiste vieillissant et souffrant, l'homme qui a vécu dans le besoin et fut dédaigné pendant de nombreuses années. Ce n'est que fraîcheur, et tout est peint avec un enthousiasme, un optimisme et une spontanéité qui forcent l'admiration. Le peintre lui-même considérait quelques-unes de ses dernières œuvres comme les meilleures qu'il eût jamais produites.
 

L'hommage de Paul Cézanne
En automne 1903, alors qu'il s'installait dans un nouvel appartement d'où il espérait explorer de nouveaux aspects de Paris, il eut une attaque et mourut paisiblement à l'âge de soixante-treize ans. A Aix, Cézanne, s'acquittant avant de mourir d'une vieille dette de gratitude, fit imprimer sur le catalogue de son exposition : PAUL CÉZANNE, élève de PISSARRO.