Sigmar Polke

Sigmar Polke

1941-2010

Un révolutionnaire de l'art visuel

 

L'influence de joseph Beuys

 Le peintre allemand Sigmar Polke est né en 1941 à Oels en Silésie ; il arrive à Berlin-Ouest en 1953. Il vient de la République démocratique allemande, où le dogme du réalisme socialiste est tout-puissant. Il étudie à l'Académie des beaux-arts de Düsseldorf, où il subit, comme tous les jeunes artistes de sa génération, l'influence de Joseph Beuys. qui a créé le concept de sculpture sociale devant permettre d'arriver à une société plus juste ; Pour Beuys tout homme est artiste, et que si chacun utilise sa créativité, tous seront libres;  Polke adopte ce concept. Mais son apparition sur la scène publique allemande est étroitement associée à une initiative de Gerhard Richter, son aîné, qui est passé comme lui à l'Ouest. L'un et l'autre sont, dès le début des années 1960, fortement attirés par la peinture pop de Roy Lichtenstein et d'Andy Warhol.

Démonstration für den kapitalistischen Realismus

 Avec son condisciple Gerhard Richter, il a lancé à l'académie de l'art un courant appelé le "Réalisme capitaliste". C'est un anti-style de l'art, s'appropriant la sténographie imagée de la publicité.
Son irrévérence à l'égard des techniques traditionnelles de peinture et des matériaux a établi sa réputation maintenant respectée de révolutionnaire visuel. Paganini, une expression "de la difficulté de purger les démons du nazisme" - témoin des svastikas "cachés" - est typique de la tendance de Polke à accumuler une gamme de différents médias sur une unique toile. Polke combine souvent les laques, les matériaux de ménage, la peinture, les colorants, les copies d'écran et du film transparent dans une seule pièce. Un "récit" compliqué est souvent implicite dans l'image multicouche, donnant l'effet de la projection d'une hallucination d'un rêve par une série de voiles 

Ce terme de "réalisme capitaliste" était à la fois acte d'adhésion au pop art du bloc de l'Ouest et un désaveu des tenants du réalisme  socialiste du bloc de l'Est d'où ils étaient issue. Ces derniers soutenaient que seule la grande peinture ou  le grand art en général pouvait représenter la réalité nouvelle et faire de celle-ci un objet de foi, les artistes pop art recouraient volontiers aux techniques de reproduction moderne, publicité, photo de presse, bande dessinée, etc., pour recueillir aussi bien l'héritage des images léguées par la tradition que l'imagerie du monde capitaliste. Richter et Polke révolutionnent la perception plastique en général et, plus particulièrement la conception traditionnelle de la peinture.

Sigmar polke mêle " l'imagerie historique à l'artifice de la réalité de la vie quotidienne"

Dans l'Allemagne de l'Ouest des années 1960, il ne s'agissait naturellement pas de procéder à des célébrations historiques pour lesquelles la demande publique était tarie depuis la disparition du IIIe Reich, les hommes politiques étant alors beaucoup plus disposés à cacher qu'à célébrer le passé. C'était, pour ainsi dire, agir en contrebandiers que d'importer ce modèle du "réalisme" largement discrédité par les services qu'il avait rendus.
Sigmar polke c
ompose des oeuvres entièrement différentes; Il fait défiler à son gré l'imagerie historique à la réalité de la vie quotidienne: patchwork de torchons de cuisine avec le lièvre de Dürer, croix gammées se fondant en lignes d'horizon avec un point de fuite virtuel.

La tâche de la peinture d'histoire est dès lors de donner forme à ces vacillements, à ces "divagations", pour reprendre le titre d'une série consacrée à Dürer où Polke noyait le trait si ferme de l'artiste dans un bouillonnement informel. Une importante série de ses toiles est consacrée à la Révolution française. On y reconnaît le procédé de surimpression maintes fois utilisé par Polke : des gravures d'époque réalisations picturales reproduites  en surimpression sur des peintures au tracé vif, aux couleurs florales ou sur des fonds translucides obtenus par un traitement particulier de la toile, ou encore sur des motifs répétés empruntés à d'autres peintures ou à des papiers décoratifs

Faire passer le frisson d'un danger en incorporant du poison dans les pigments

l'œuvre d'art de Sigmar polke fait passer le frisson d'un danger réel. Avec l'aide de chimistes il fait des expériences avec des produits chimiques, incorporant des erreurs et des éléments de hasard dans son travail fini.
Ses grandes toiles sont peintes geste libre et non figuratif avec un pigment, le réalgar, qui sert aussi à la confection de la mort aux rats et qu'il suffirait, dans un élan de gourmandise esthétique, de lécher pour être aussitôt être pris de coliques insupportables. Il y peint aussi des toiles à l'orpiment - une substance entrant dans la préparation de pâtes épilatoires - et dont Polke rêve qu'elles fassent perdre leurs cheveux aux spectateurs. Polke affectionne particulièrement ces substances toxiques, comme le vert de Schweinfurt, dont la fabrication a cessé, parce qu'elles ont l'ambiguïté du pharmakon des Grecs, à la fois remède et poison.

Brève biographie

1941 : Né à Oels/Schlesien, Allemagne 1945 : Sa famille fuit à Thüringen, Allemagne 1953 : Émigre à Berlin-Ouest puis s'installe à Düsseldorf, Allemagne de l'Ouest 1959 étudie la peinture de verre de 1959 à 1960 à Düsseldorf 1963 : Fonde “Kapitalistischen Realismus” (Réalisme capitaliste), un mouvement artistique avec Gerhard Richter et Konrad Lueg (plus tard appelé Konrad Fischer); “Demonstrative Ausstellung”, exposition à Düsseldorf avec Kuttner, Lueg et Richter 1964 : “Neodada Pop Décollage Kapitalistischer Realismus”, galerie René Block, Berlin; primé "the Young Germans award in" Baden-Baden avec Klaus Geldmacher et Dieter Krieg 1961 - 1967 : études à l'Académie de l'Art de Düsseldorf sous Karl Otto Goetz et Gerhard Hoehme 1975 : Récompensé dans la catégorie peinture à la 13ème Biennale de Sao Paulo 1986 : Récompensé par un Lion d'Or à la 42ème Biennale de Venise 1988 : A reçu le “Bade-Wurtemberg International Prize for Painting” 1977 - 1991: Professeur à l'Académie des Beaux-arts Hambourg 1995 : Carnegie Award au Carnegie International, Pittsburgh, Pennsylvanie 1998 : International Center of Photography : “Infinity Award for Art”; P.S. 1 Contemporary Art Center, New York 2002 : Praemium Imperiale décerné par l'association d'art du Japon. 2010 Mort de Polke à l'âge de 69 ans

ses peintures tramées de points 

Cette trame revêt chez Polke une grande importance. Elle renvoie au "point", dont Hagen Lieberknecht souligne, dans un texte du catalogue de l'exposition parisienne, le rôle qu'il joue tant dans l'œuvre que dans la pensée explicite du peintre. Ce point est atome pictural. Répété selon un ordre géométrique, il forme un fond ; répartis sur les lignes de force d'un original, les points constituent une figure, ils peuvent même, en un cas unique, accéder à la dignité de sujet (Cinq Points, 1964). Pour Polke, "les peintures tramées sont des configurations de points qui ne sont pas intéressants à regarder séparément mais qui exigent d'être considérés comme un tout". L'éthique de la peinture selon lui serait ainsi de préserver dans les constellations les plus élaborées ce principe d'incertitude qui régit la plus petite unité
pictural

 



« Un tableau ne devrait pas être plus grand qu’un lit. » Pour saisir tous les sens de cette œuvre, il faut se reporter au milieu des années quatre-vingt, au moment où la vague du néo-expressionnisme (Figuration libre, Bad Painting, etc.), déferle sur le marché de l’art. Sigmar Polke n’a pas attendu ce prétendu retour orchestré de la peinture, pour se saisir de ce médium, comme instrument à la fois critique et – chez lui comme chez Gerhard Richter – générateur de modernité. Remontant en deçà du Pop Art, et du néo-dadaïsme, (on ne peut évidemment pas éviter de penser au fameux lit de Robert Rauschenberg de 1955), jusqu’aux sources du dadaïsme historique (Francis Picabia), il avance en maniant l’ironie ravageuse et en bousculant les conventions. Mais en dépit d’une fausse réputation d’éclectisme, le travail de Sigmar Polke apparaît comme singulièrement constant et déterminé. Le recours aux patterns du Low Art par le biais de tissus imprimés qui fournissent la matière du tableau, est une pratique qui remonte à ses tout débuts.


Pour l’artiste, la peinture est tout à la fois. Bombardement d’images historiques ou actuelles, sans cesse superposées, recyclées, remises en jeu, le tableau n’est qu’un instant dans un monde d’images en perpétuelle mobilité : « Tout est en mouvement. Quand va-t-elle cesser cette stratification ? Jamais, ce sont des interférences et des inexactitudes dans la perception. ». Avec Sigmar Polke, la peinture s’impose en avouant toutes ses failles, tous ses subterfuges de dérisoire et superbe mensonge. C’est un regard lucide et sans concession sur le monde (série des Hochsitz-Miradors, 1984, cycle du bicentenaire de la Révolution française 1988... ), une somptueuse alchimie qui déploie ses fastes dans de s ensembles comme ceux de Venise, ou comme Apparizione (triptyque, 1992) et une « immense ignominie 

La magie de Polke

Aussi imprévisible et divers que l'est sa manière, Sigmar Polke n'est jamais là où on l'attend. Toujours prêt à créer la surprise et perpétuellement à la recherche de l'inattendu. Il est passé maître dans l'art de déranger le monde artistique comme le fût Marcel Duchamp en son temps.Benjamin Buchloh pense que la sphère de Sigmar Polke est la distance car il participe à l'évènement avec un certain recul alors qu'il est censé être l'acteur principal de son propre théâtre. << Le monde est pure apparence, déclare-t-il, ce n'est pas un monde de signes: l'apparence n'est donc pas un signe. Le signe, à la différence de l'apparence, se laisse déchiffrer>>. L'oeuvre de Sigmar Polke mène le spectateur dans un monde où se mêlent le réel