Gerhard Richter 1932

Gerhard Richter
1932-

Un bâtisseur d'images de la civilisation contemporaine

En bref

Gerhard Richter Un bâtisseur d'images de la civilisation contemporaine

Peu avant la construction du Mur de Berlin, en 1961, il quitte la R.D.A., où les études artistiques sont dominées par l’esthétique du réalisme social; il s'installe à Düsseldorf et découvre le Popart qui sacralise les objet quotidiens utilisés par la société de consommation. Andy Warhol est l'inventeur de ce style qui met en lumière la société américaine à travers les grands thèmes qui la caractérisent à savoir la consommation, et le succès. Gérard Richter par dérision se réclame le représentant du popart allemand; En réalité il ne retiendra qu'une seule chose : la photographie. Il utilise alors la peinture comme médium de la photographie.Il trouve alors son style qui le personnalise : La peinture sur la photo. C'est le succès! Il la déclinera dans tous les genres traditionnels: peinture d'histoire, peinture abstraite...

  Un compositeur de la réalité abstraite

 On a pu voir en Gerhard Richter un virtuose du style informel, un descendant de Jackson Pollock, un adepte du pop art, un partisan de la figuration photographique, un compositeur de la réalité abstraite.
"Les toiles abstraites mettent en évidence une méthode : ne pas avoir de sujet, ne pas calculer, mais développer, faire naître." dit Richter dans son journal  .La cohérence de son oeuvre tient donc dans cette recherche de faire naître et non de créer.Il note aussi << il n'y a pas dans mes tableaux ni d'affirmations, ni de constructions, de fabrications, d'inventions, ni d'idéologies pour aborder ce qui est véritable, plus riche, plus vivant, et qui dépasse mes facultés de compréhensions>>. dans cette perspective, il est bien évident que cette association étroite entre composition et décomposition, construction et déconstruction, a bel et bien une dimension métaphysique; Il note aussi dans ce même journal << "Mes tableaux sont sans objet ; mais comme tout objet, ils sont l'objet d'eux-mêmes. Ils n'ont par conséquent ni contenu, ni signification, ni sens ; ils sont comme les choses, les arbres, les animaux, les hommes ou les jours qui, eux aussi n'ont ni raison d'être, ni fin, ni but. Voilà quel est l'enjeu. (Mais il y a quand même de bons et de mauvais tableaux.)>>.
Abstraktes Bild

Il intègre la photographie, reprend ses effets de cadrage et ses sélections arbitraires ou met en scène ses possibilités de répétition dans des images qui n'ont d'autres fonctions que d'être images, obligeant le public à les analyser abstraitement et à percevoir combien leurs constituants, couleurs, contrastes, trames, se distancient de leur modèle, pour créer un monde en soi, illusoire. Avec Gerhard Richter il n'apparaît plus comme la projection d'une individualité sur une toile, mais reconstruit l'image anonyme que notre civilisation produit d'elle-même en se donnant en pâture pour catalyser les désirs de consommation. Ainsi conçue, la peinture est surtout le moyen de communication d'une idée, le champ d'observation d'un état d'esprit ; elle intervient dans la brèche qui sépare l'art de la vie. La reproduction a pris la place de la réalité.
 

Les peintures photos, Mosaïque de l'histoire d'après-guerre de l'Allemagne

Les sources documentaires du travail de Gerhard Richter: les photos de presse, ses propres photos, les clichés d'amateur qu'il collectionne, ont été réunis pour former un Atlas exposé pour la première fois en 1972. L'œuvre de Richter se répartit en peintures abstraites, invariablement intitulées Abstraktes Bild, qui ont elles-mêmes succédé à des monochromes (généralement gris), et en peintures figuratives, qui touchent à tous les genres traditionnels, genres dont il brise la plénitude en y mêlant des éléments de la culture populaire. Ainsi la peinture d'histoire, dont la meilleure illustration est sans doute la série intitulée 18 octobre 1977, réalisée en 1988 (Muséum für moderne Kunst, Francfort-sur-le-Main), série consacrée à l'exécution dans la prison de Stammheim par la police allemande du groupe révolutionnaire de la bande à Baader, apparaît-elle pour la première fois dans son œuvre avec Onkel Rudi (1965, Stredocescá galerie, Prague) peint d'après une photo de famille

richter_baader meinhof

richter_hitler

 

Richter invente le réalisme capitaliste

Cette réalité mercantile Gerhard Richter la découvrira en 1959 à la Documenta II de Cassel avec la peinture de Jackson Pollock et de Lucio Fontana. des son passage à l'ouest , il se met à étudier l'art à l'Académie des BEAUX-ARTS de Düsseldorf dans l'atelier de Karl Otto Götz. Il fait alors la connaissance du peintre Sigmar Polke et de Palermo, peintre allemand qui travaille alors auprès de Joseph Beuys.Avec Polke il invente le réalisme capitaliste et crée en octobre 1963, l'exposition performance Leben mit Pop : Démonstration für den kapitalistischen Realismus (Vivre avec le pop : manifestation en faveur du réalisme capitaliste), qui eut lieu à Düsseldorf dans le magasin de meubles Berges;

 

 

 

 

Notes biographiques

1932,8 février naissance de Gerhard Richter à Dresde (Allemagne)1952 entreprend des études de peinture à Kunstakademie  de Dresde  1959  découvre la peinture de Jackson Pollock et de Lucio Fontana à la Documenta II de Cassel 1961 quitte la RDA peu avant la construction du mur de Berlin  et s'installe à Düsseldorf il étudie à l’académie des beaux-arts dans l’atelier de Karl Otto Götz. Fait le connaissance de Sigmar Polke, de Konrad Lueg, qui deviendra le galeriste Konrad Fischer, et de Palermo, peintre allemand qui travaille alors auprès de Joseph Beuys.1963 organise avec Kuttner et Polke,  l’exposition performance Leben mit Pop : Démonstration für den kapitalistischen Realismus (Vivre avec le pop : manifestation en faveur du réalisme capitaliste) 1967  remporte le prix  Junger Westen art prize  de la ville de  Recklinghausen (Allemagne) 1971 est nommé professor de la  Staatliche Kunstakademie de  Düsseldorff1972 Richter représente l'Allemagne à la Biennale de Venise 1973 participe à l'exposition  à la Reinhard Onnasch Gallery à New York 1976 Exposition personnelle à  la  Kunsthalle  de Brême 1982 Reçoit la haute distinction  Arnold Bode Preis à la t Documenta de  Kassel 1983 Réside à Kohn (Allemagne)1985 Reçoit une nouvelle récompense à la Oskar Kokoschka Prize  à Vienne (Autriche) 1988 Le musée d'art contemporain de Chicago organise une rétrospective  de son oeuvre

Richter invente le réalisme capitaliste (suite)

 Dans un entretien réalisé en 1993 et publié dans le volume Textes (Les Presses du réel, Dijon, 1995), Richter déclare que leur démarche avait été ironique quand ils avaient revendiqué la qualité de " représentants du pop art allemand ". Mais Richter retiendra du pop art l'importance accordée à la photographie, qui, selon ses propres mots, le libérait grâce à sa neutralité de l'" expérience personnelle ", c'est-à-dire du style, de la composition et de toute forme de jugement. Il avait alors le projet d'utiliser la peinture comme médium de la photographie. il est significatif que la première œuvre présentée (Tisch [Table], collection privée, Francfort) soit une reproduction peinte à l'huile d'après une photographie de presse.

Richter découvre le popart

Confrontation artistique Warhol- Richter
 L'inventeur du Popart Andy Warhol

L''inventeur du Pop Art est devenu familier à tout américain. Il est parvenu à réduire les Etat-Unis à une seule icône un écran aux images virtuelles.Andy Warhol, conscient du poids de l'image dans la société de consommation, peint des boîtes de soupes Campbell's et des bouteilles de Coca-Cola et d'autres produits courants. Il sacralise ces objets du quotidien. Il passe ensuite à la sérigraphie et réalise une série de portaits de stars américaines : Marilyn Monroe, Elvis Presley, Marlon Brando,... Il met en lumière (critique pour certains) la société americaine à travers les grands thèmes qui la caractérisent : la consommation, le succès et la mort. Il disait :"J'aime l'Amérique, et cela pour diverses raisons. Mes images sont des messages symboliques concernant les produits tape-à-l'œil, impersonnels, et ces objets matérialisés à outrance sur lesquels l'Amérique d'aujourd'hui est construite. Ils sont la projection de tout ce qui peut se vendre et s'acheter ; des symboles pratiques mais éphémères qui nous gardent vifs et allègres." . Son oeuvre passe en revue tous les emblèmes américains: la bouteille de coca-Cola, le $, la soupe Campbell Marylin Monroe et la statue de la liberté

"In the age of mass media, American culture has displayed an unequaled fascination with both celebrities and disasters. Andy Warhol was one of the first American artists to investigate this cultural obsession, in a body of silkscreen paintings created in the mid-1960s that drew their source materials from the magazines, films, and newspapers of American postwar consumer culture" écrivait le musée d'art moderne Cette dédicace peut s'appliquer à l'oeuvre et au talent de Gerhard Richter. Si Andy Warhol fut un metteur en scène de la nature moderne américaine utilisant la sérigraphie pour créer des images-objets en série.: Lys Taylor, Marylin Monroe, accidents d'auto, chaise électrique, portraits anthropométriques de criminels, Gerhard Richter , de son côté, utilise la photographie pour faire naître des portraits : Elizabeth II, course de bateau à moteur,table, portraits de personnages qui ont marqué l'histoire et le monde terroriste. La technique "peinture-photo"qu'il développe en répartissant la couleur encore fraiche sur la photo brouille les limites du volume du sujet sans renier l'origine photographique. ce brouillage se retrouve dans certains tableaux d'Andy warhol;

Andy Warhol- Self photo

moma new york

Richter - Self portrait

Moma New York-1996

Les portraits de Marilyn Monroe, de John lennon, de Mao tse toung, de mike Jaeger ou de Liz Taylor , de goethe et de la reine Elizabeth II que Warhol l élabore dès 1962 vont très rapidement devenir les icônes d'une culture visuelle qui abolit les frontières entre " grand art " et " art populaire ". Dans la même trace Richter utilisera sa technique de peinture-photo pour faire naître des portraits de Mao tse toung, Paul Valéry, et de la Reine Elizabeth II.

 

andy warhol- queen Elizabeth II

Moma New York

Richter Queen Elizabeth II-1966

moma New York