Henri Rousseau  Un rêveur qui séduit les poètes

Henri Rousseau
 1844-1910
Un rêveur qui séduit les poètes

 

Rousseau fait figure de "Rigolo" pour les critiques


Dès ses débuts, Rousseau finit d'amuser à son corps défendant, les snobs et les imbéciles;Qualifié de "primitif moderne" ,il ne distinguait pas toujours nettement la frontière entre le rêve et le réalité.Rousseau était l'éternel rigolo. Il commençait à être connu dès 1891 avec l'apparition de l'exotisme notamment avec son grand tableau représentant un tigre surpris par l'orage. De nombreux critiques considéraient son oeuvre comme grotesque. Le critique du journal "national" écrit : " rousseau remporte certes un grand succès mais où sont ses toiles! vous n'avez pas idée de sa manière de peindre".

A cette époque , 1891, il fut question que les Indépendants se débarrassent d'un membre aussi mal noté. Le comité délibéra. Il paraît que Toulouse Lautrec intervint.A cette occasion, une admiratrice inconnue de Rousseau lui écrivit une lettre où elle dit qu'elle frémit à l'idée du verdict. en 1892 le verdict tomba. Rousseau ne fut pas écarté, mais on confina ses tableaux dans un coin. " C'est un commencement de sélection" annonça sans rire le journal " le Rappel"

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Rousseau considéré  par les artistes -Les vrais créateurs


Loin de se moquer de lui, ils ont admiré son métier et partagé ses conceptions. Dès ses premières participations au Salon des Indépendants, Henri Rousseau fut remarqué par Paul Signac, Paul Gauguin, Odilon Redon, Georges Seurat et Camille Pissarro.
Paul Gauguin surtout, qui venait à peine de quitter la Bourse, prit parti pour ce nouveau venu qui manifestait une extraordinaire personnalité de coloriste, à égale distance de la technique impressionniste et des recettes de l'académisme.
On comprend que Redon ait été séduit à son tour par ce rêveur éveillé, et que Seurat l'ait approuvé de réintroduire dans le tableau l'idée et le dessin, le rythme plastique et l'arabesque.


Les Fauves, dans leur fameuse " cage centrale " du Salon d'Automne de 1905, tinrent, à accrocher un tableau de Rousseau qu'ils ne pouvaient pas ne pas approuver de composer d'après ce que les yeux voient et, tout ensemble, d'après la réalité d'un vif sentiment intérieur.

Picasso et les cubistes de l'époque héroïque, partisans de représenter simultanément les aspects successifs que revêt un même objet (paquet de tabac, moulin à café, litre ou visage) placé sous diverses perspectives, auraient eu tort de ne pas trouver juste que le Portrait de Joseph Brummer, par exemple, soit construit sur une ligne médiane de part et d'autre de laquelle Rousseau développe et conjugue la face et les profils du personnage, le devant et les côtés de son fauteuil.


Les Surréalistes ont remarqué sans doute, après Cocteau, que dans la Bohémienne Endormie Rousseau " ne marque le sable d'aucune empreinte ", et ont souvent tiré de cet exemple des effets poétiques certains, bien que parfaitement insolites.Cette scène de la négresse endormie sur un sol dénudé, un lion la flaire et pour expliquer aux visiteurs la tranquillité inattendue de la scène, cette inscription sur le cadre: " Le félin, quoique féroce, hésite à s'élancer sur sa proie qui, harassée de fatigue, s'est profondément endormie"

 

Rousseau peintre autodidacte


On a longtemps pensé et certains estiment encore que c'est par hasard. Lui-même n'a-t-il pas écrit qu'il s'était formé tout seul, sans autre maître que la nature II n'est jamais passé par aucune école des beaux-arts. Il est allé demander conseil à Gérôme. Celui-ci lui a recommandé surtout de garder sa naïveté ; il voulait dire sa sincérité et c'était là ce qu'il avait de mieux à faire. Henri Rousseau ne le détestait pas.
Il admirait Bouguereau et il alla jusqu'à s'inspirer d'Aimé Morot pour peindre une Charge de Reichshoffen. Il a dû voir, au Luxembourg, les funérailles d'un chef à l'Age de Pierre, et ne pas trouver que ce fût ridicule, quant au sujet. Quant à la peinture proprement dite, une note relevée sur un de ses carnets permet de croire qu'il savait à quoi s'en tenir, elle dit en effet : Courbet regretté.
 

C'en est assez pour nous autoriser à penser que s'il approuvait que l'on ambitionnât de représenter sur de la toile quelque allégorie réelle, il préférait que ce fût à la manière du maître de l'Atelier. Il n'aurait pas su dire comme Élie Faure qu'en peinture la matière est toute la peinture et par conséquent tout l'esprit, mais il le ressentait et le prouva dès ses plus anciens tableaux (natures mortes et paysages).
Dans le moins connu de leurs livres, Jérôme et Jean Tharaud (Le Gentil Douanier) ont avancé une surprenante opinion : " sa maladresse lui a donné un style ". Ils ignoraient sans doute que Rousseau visitait souvent le Louvre et qu'il y fit des copies, Un véritable style ne peut pas être la conséquence d'une inaptitude, et Rousseau n'a acquis le sien qu'à force d'étude et de travail.

 


 


 

 

 

Poète et sa muse

 

 

Notes biographiques

1844. Henri-Julien-Félix Rousseau naît à Lava(Mayenne), le 21 mai.1864/68       Ayant contracté un engagement volontaire,il est  soldat 1869.Il épouse Clémence Boitard, qui lui donnera neuf enfants.1870-1871.  Campagne contre l'Allemagne.1872. Il entre à l'Octroi de Paris. 1880.  Premières toiles connues.1884-1885.  Copies au Louvre.1886. Mort de Clémence Boitard. Henri Rousseau quitte l'Octroi pour se consacrer à la peinture,  et  expose  au  Salon  des  Artistes Indépendants. 1889.Il écrit Une visite à l'Exposition, pièce e trois actes et dix tableaux. 1890.   Il fait la connaissance de Gauguin, Redon,Seurat, Pissarro. 1892/97  Henri Rousseau peint  Un Centenaire  del'Indépendance.  La Bohémienne Endormie.1899.  épouse Rosalie-Joséphine Nourry.1903. Mort de sa seconde femme. 1905.  Henri Rousseau expose au Salon d'Automne dans la salle des Fauves. Il fait la connais sance de Robert Delaunay, Wilhelm Uhde, Guillaume Apollinaire, André Salmon, etc.1910. Il meurt à l'hôpital Necker, le 2 septembre.

 

Des dessins non-conventionnels

Si devant certaines de ses compositions, on pense à Uccello, à Carpaccio, à Piero della Francesca ou à Nicolas Poussin, c'est parce que lui-même, avant de commencer, les avait invoqués, et si son dessin a pu paraître malhabile c'est qu'il ne répond pas à l'idée conventionnelle que l'on se fait, en général, de ce génie d'écriture, rien que vaine calligraphie quand sa forme et son mouvement ne proviennent que de la main, du savoir-faire et non pas, comme il se doit, du tréfonds mystérieux de l'être, anxieux de s'extérioriser.

Le dessin de Rousseau n'est pas plus incorrect que celui de Delacroix ou de Daumier ; s'il émeut tant c'est qu'il est personnel. Ses représentations de la figure humaine ont été déclarées discutables ; elles ne sont pas banales ;
Henri Rousseau fut un praticien de grand métier. Si certains de ses ouvrages ont mal supporté les années, la fragilité de leur support textile en est la cause et non pas la moindre défectuosité de la substance.

Son corps jeté dans la fosse commune ses amis lui offrent une sépulture digne de son talent


Il mourut à l'hôpital Necker le 2 septembre 1910. il fut d'abord enterré à la fosse commune du cimetière de Bagneux. Armand Queval et Robert Delaunay, alertèrent aussitôt Guillaume Apollinaire pour l'achat d'une concession trentenaire et l'aménagement d'un tombeau ; une souscription fut ouverte, Apollinaire fit l'épitaphe que Brancusi grava sur la pierre :
"Gentil Rousseau tu nous entends Nous te saluons Delaunay sa femme Monsieur Queval et moi Laisse passer nos bagages à la porte du ciel Nous t'apporterons des pinceaux, des couleurs, des toiles Afin que tes loisirs sacrés dans la lumière réelle Tu les consacres à peindre comme tu tiras mon portrait La face des étoiles."


Paul Eluard écrira :"
il a fait vivre les nuages et les feuilles  dans les arbres et il a su aussi peindre des rêves, tout comme Monsieur Courbet qu'il n'a  pas  connu"

André Malraux s'écriera ,au cours d'un commentaire dont il avait le secret devant un tableau du douanier Rousseau:"Le style de ses œuvres est aussi opiniâtrement conquis que celui de Van Eyck."