Petrus Paulus Rubens peintre et diplomate auprès des Cours d'Europe

Pétrus Paulus Rubens
1577-1640

 peintre et diplomate auprès des Cours d'Europe

 

En bref

Pierre Paul Rubens  peintre et diplomate auprès des Cours d'Europe

Pierre Paul Rubens, celui qu'on appela "le peintre des Rois et le Roi des peintres", fut l'une des figures les plus étonnantes et les plus complexes de l'histoire de art.? Ce fut un époux et un père de famille modèle; un peintre de cour et un diplomate qui fut fait chevalier par le Roi Charles 1er d'Angleterre; un amateur et un collectionneur d'oeuvres d'art, un archéologue et un érudit. Il se mouvait à l'aise dans les plus hautes sphères aristocratiques d'Europe, mais il était par ailleurs profondément attaché à sa terre flamande.Rois et reines, cours et cathédrales faisaient pleuvoir sur lui des commandes que lui et ses assistants -parmi lesquels le grand Van Dyck exécutaient avec une habileté et une imagination fantastiques.Il devint une sorte d'usine d'art opérant à un niveau si élevé que ses produits font partie du trésor des grandes collections mondiales.

 

Rubens une énigme de l'histoire de la peinture: les interrogations et les perplexités

Rubens  reste l’un des rares grands maîtres anciens dont réapparaissent encore des œuvres inconnues : le fait mérite d’être relevé qui prouve avec éclat le caractère étonnamment vaste, divers et polymorphe de ce génie de la peinture.  On connaît peu ses dessins et mal ses débuts. C'est seulement en 1968 que le catalogue raisonné de son oeuvre a commencé.  Dans une lettre rédigée en italien à l'adresse de l'Ambassadeur d'Angleterre en Hollande Rubens fait lui-même la distinction entre les oeuvres <<entièrement de ma main>>, les travaux nés de la collaboration avec les élèves et<< retouchés de ma main>>, enfin les simples copies d'élèves. Mais dans tous les cas, la structure de l'oeuvre, les personnages, l'idée du sujet sont toujours de lui, même dans les copies effectuées par ses disciples.

La gravure aussi laisse planer son lot de mystères. Elle constitua un grand moyen de diffusion de l'art du maître flamand. Il faisait un dessin détaillé du tableau qui servait de prototype au graveur et surveillait personnellement sa transcription sur la plaque de cuivre. Puis il retouchait les épreuves et se garantissait dans tous les pays d'Europe occidentale des risques d'imitation ou de faux.

Reste enfin à situer la place de ce peintre dans l'histoire de la peinture: comme le dernier « grand » de la Renaissance ou comme le premier baroque moderne, libérateur malgré lui de tous les individualismes picturaux qui suivirent – ou peut-être bien les deux à la fois –, grand dans la perfection même de son traditionalisme culturel ou dans l’exaltation quasi préromantique des formes et des couleurs, admirable dans le feu de l’esquisse ou se réalisant plus authentiquement dans la grande « machine » pompeuse et théâtrale qui ennuie dès l’abord nos capricieux et injustes contemporains ? Rubens, en fait, ne lassera jamais les interrogations et les perplexités : génie rassurant, lyrique aimable, puissant décorateur, Rubens invite à une analyse très souple et très ouverte, où la vérité procède de l’accumulation même des points de vue et du jeu profond des contradictions

Peintre de la Renaissance

C'est sans nul doute son long séjour en Italie de 1600 à 1608, un moment décisif dans sa formation artistique, au cours de laquelle il rencontrera Caravage et Elsheimer à Rome et obtiendra des commandes importants  auprès des Grands, notamment l’archiduc Albert, gouverneur des Pays-Bas, pour lequel il décorera  la chapelle Sainte-Hélène de l’église Santa Croce in Gerusalemme à Rome, en 1602, et surtout les Gonzague à Mantoue dont il deviendra le peintre attitré. Ses séjours  à Venise, à Florence, à Rome,et même  en Espagne ( 1603), où il se rendra  à la demande du duc de Gonzague, Vincent Ier, pour livrer des cadeaux à Philippe III, à Gênes accroîtront son bagage picturale. Il peindra , de nombreux portraits de l’aristocratie locale et rassemble les matériaux de son futur livre de plans d’architecture sur les palais de Gênes (publié en 1622).  Ce n’est, semble-t-il, qu’à cause de l’alarmant état de santé de sa mère qu’il quittera ,à jamais,  l’Italie en 1608 : en décembre de la même année, il sera de nouveau à Anvers. Cette   immense culture picturale et archéologique qu'il acquît  fera de lui l’un des plus authentiques héritiers de la Renaissance.

Peintre du baroque moderne

Rubens fut sans contexte  le Maître du baroque du Nord, par sa science de la composition et de la couleur, il a imprégné tout l'art européen de son époque. Jacob Burckhardt  soutint que Rubens fut le créateur de ce monde baroque. Pendant la renaissance les oeuvres étaient linéaires et s'appuyaient sur le  dessin, avec le nouveau style baroque elles deviennent picturales et donnent plus d'importance à  la couleur. Rubens  se désintéresse de l'analyse et des détails et insiste sur le devenir et la synthèse dans le mouvement. Cette distinction ne s'applique pas à toutes ses oeuvres baroques et il arrive que cette antinomie entre les deux styles persiste dans une même oeuvre.Maître dans l'art de saisir le bouillonnement de la vie apparaît comme le grand peintre du baroque septentrional. Son tableau de l'enlèvement des filles de Leucippe affiché ci-dessus en est la meilleure illustration.Rubens a le don de rendre vraisemblables les scènes les plus étranges et de rajeunir les vieux mythes.

Rubens collectionneur

Rubens à Sir Dudley Carleton (Ambassadeur d'Angleterre aux Pays-Bas).Anvers, 17 mars 1618.  »

Ayant entendu vanter par plusieurs personnes la rareté des antiquités collectionnées par Votre Excellence, j'ai le plus vif désir de les voir... Votre Excellence a exprimé à M. Gage son désir d'échanger quelques marbres contre des peintures de ma main. J'aime beaucoup les antiquités et je suis prêt à accepter toute offre raisonnable ».

Anvers, 28 avril 1618.  » Votre Excellence peut être assurée que je fixerai le prix de mes tableaux comme si je les vendais contre argent comptant. J'ai pour le moment chez moi un choix de mes meilleures toiles ; en particulier, quelques-unes que j'avais  gardées pour mon propre plaisir, et d'autres que j'ai rachetées plus cher que je ne les avais vendues ».

Sir Dudley Carleton à Rubens, La Haye, 7 mai 1618.

« J'ai reçu avant-hier votre lettre qui m'a fait grand plaisir... au sujet de mes marbres ; j'ai examiné aussitôt la liste de vos peintures que vous y avez jointe et j'ai fait mon choix... Je serais très heureux si vous vouliez bien prendre la peine de venir ici avant de terminer l'échange, afin que vous n'achetiez pas, comme on dit, chat en poche ; mais si vos affaires ne le permettent pas... vous pouvez compter trouver dans ma collection de marbres, les statues les plus précieuses in hoc génère, que ni prince ni particulier ne peut posséder de ce côté des montagnes. Mais pour un homme comme moi, que sa situation oblige à se déplacer constamment, une collection si lourde est assez embarrassante... Les goûts changent parfois; depuis quelque temps je préfère les tableaux aux statues, surtout lorsque les peintures sont de M.Rubens>>.

 

 

Notes biographiques

1577Pierre-Paul Rubens naît de parents flamands,le 28 juin, à Siegen, en Westphalie.1598Il est accepté en qualité de maître dans la corporation des peintres de Saint Luc, à Anvers.1600-1608 Voyages en Italie et en Espagne ; le peintre travaille principalement à Mantoue, à Rome et à Gênes.1608-1609  Il se fixe à Anvers. Nommé peintre de la cour, il épouse   Isabelle   Brant.1610-1620 Commandes  importantes  pour  les  églises d'Anvers. 1622-1625 Il décore le palais du Luxembourg, à Paris. 1626 Isabelle  meurt,  laissant deux fils, Albert et Nicolas. Rubens vend sa collection artistique au Duc de Buckingham 1628-1630 Missions diplomatiques en Espagne et en Angleterre où Charles  l" lui confère le titre de Chevalier1630 Il épouse Hélène Fourment qui a seize ans, et lui donnera cinq enfants.1635  Il exécute des travaux de décoration à Londres et à Anvers - achète le château de Steen 1636-1639 Il décore le Torre de la Parada, près de Madrid,et d'autres résidences du roi Philippe IV 1640 Meurt le 30 mai à anvers

 Un peu d'histoire

La maison de Bourgogne

L'essor de la peinture flamande a été déterminée en partie par la défaite française d'Azincourt qui en 1415, décimant la noblesse, réduit le nombre de mécènes, mais surtout par l'avènement de Philippe le Bon. Dès 1419, la maison de Bourgogne a son centre en Flandre, et sa puissance se fonde solide contre la France et contre l'Angleterre. Le comté de Flandre se subordonne peu à peu le Hainaut, le Brabant, le Namurois, la Hollande, les pays du Nord de la France. Il s'organise en état centralisé; il a une cour fastueuse. Les villes industrielles et commerçantes, Bruxelles, Gand, Louvain, Tournai, Bruges surtout, le premier comptoir d'argent de l'Europe, connaissent une prospérité économique qui fait des Pays-Bas une des plus riches contrées d'Occident, un « paradis terrestre », comme l'écrit le chroniqueur Commynes. Des fortunes colossales se constituent, celle du banquier italien Tommaso Portinari, celle du chancelier Nicolas Rolin. De riches mécènes à la cour et dans la bourgeoisie urbaine favorisent alors les arts et font comprendre que dans cette grande prospérité et pendant de longues années de paix relative, la peinture ait pu trouver le climat propice à un extraordinaire développement.

La rupture des pays bas et de la Flandre

Elle naît, au début du XVIIe siècle, après les longues luttes religieuses et politiques qui, séparant de celles du Sud les régions du Nord, ont abouti à la création d'une République des Provinces Unies. Alors se discerne un art national autonome, et les artistes en eurent conscience, ainsi qu'il apparaît dans deux tableaux d'Adrien Van de Venne, chantés par le poète Corneille de Bie et peints en 1614 et 1616. La Pêche des âmes (Amsterdam) évoque la rupture décisive. Un fleuve sépare deux mondes. Une barque bien gréée, montée par des moines et observée par les Flamands massés sur une rive, ne fait aucune prise. Une autre, applaudie sur la rive opposée par les Hollandais, barque pauvre et nue, voit s'amasser autour d'elle les naufragés. Elle les accueille, elle les sauve. Le divorce est consommé entre deux pays, et à deux conceptions de la vie vont correspondre deux conceptions de l'art, pour le triomphe des pays du Nord. La Trêve de Douze ans (Louvre) célèbre la fructueuse concorde de 1609. La République des Provinces-Unies, belle dame en robe blanche brodée d'or, donne la main à un Flamand vêtu de satin bleu. Amour les précède entouré de colombes. On repousse les armes, la Haine, l'Envie. On met en évidence les plaisirs de la paix, et, dans le cadre d'un beau paysage, une foule heureuse s'avance, prête à construire un univers neuf. La Hollande protestante et indépendante dont la paix de Munster en 1648 consacrera le triomphe, se connaît déjà comme un grand pays que les peintres vont illustrer pour l'étonnement du monde entier.

Rubens, le  flamand, peintre et diplomate auprès des Cours d'Europe

 Rubens est né en Allemagne, à Siegen (Westphalie), par suite des vicissitudes de l’histoire. Son père, Jan, jurisconsulte considéré, échevin d’Anvers à trente-deux ans (en 1562), avait dû fuir en 1568 les Pays-Bas à cause des troubles politico-religieux et de ses propres sympathies pour la Réforme et s’était établi à Cologne. Au début de 1589, à la mort de son mari,la mère de Rubens regagna Anvers.vers la fin de 1590, le jeune Pierre Paul devenait page chez la comtesse Philippe de Lalaing à Oudenarde. Puis, la vocation artistique de l’enfant s’affirmant, il entre en apprentissage chez Tobias Verhaecht, paysagiste proche de Josse de Momper et apparenté à la famille Rubens, pour passer ensuite chez deux peintres d’histoire assez connus à Anvers dans le milieu des « romanistes » alors très actifs : Adam van Noort et surtout Otto Venius.

Reçu par toutes les Cours d'Europe

Personnage très en vue auquel la commande de Marie de Médicis apporte une éclatante consécration (Rubens se rendra trois fois à Paris entre 1622 et 1625), anobli par le roi d’Espagne en 1624 et devenant gentilhomme de la cour de l’infante Isabelle en 1627,. , le peintre se voit même confier à partir de 1623 plusieurs missions diplomatiques pour le compte de la régente des Pays-Bas du Sud dont il devient l’un des plus influents conseillers Les activités diplomatiques de Rubens se poursuivent en 1628 avec une importante mission auprès de Philippe IV d’Espagne qui le reçoit avec honneur, lui commande de nombreux portraits et lui fait copier ses Titien. Même accueil royal et même réussite dans le voyage en Angleterre en 1629-1630 il s’agissait toujours de rapprocher les points de vue anglais et espagnol face aux intrigues françaises et d’obtenir une suspension des hostilités entre les deux États

 

Galerie de Tableaux

Exposition des oeuvres s'appuyant sur la mythologie, des portraits et des paysages

Prince de la peinture, « phare » baudelairien
" Rubens, fleuve d'oubli, jardin de la paresse,
Oreiller de chair fraîche où l'on ne peut aimer,
Mais où la vie afflue et s'agite sans cesse,
comme l'air dans le ciel et la mer dans la mer"(Baudelaire)