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" La patrie des coloristes
exaspérés"
Turner
est le plus grand représentant de la vision intérieure ; son imagination
se projette sur le spectacle du monde. Formé, avec son compagnon Thomas
Girtin (1775-1802), aux vues topographiques à l’aquarelle et héritier
d’une riche tradition nationale qui remonte à Paul Sandby et à Richard
Wilson, c’est un paysagiste d’une maîtrise absolue. Autant Constable a de
doutes, de réticences, autant Turner est sûr de ses effets.Le fonds
d'atelier que Turner laissa à sa mort était considérable : plus de vingt
mille peintures, aquarelles, dessins, carnets, estampes. Sa couleur par
son extrême fluidité, la minceur de la couche, ses surfaces lisses, ses
imperceptibles dégradés rivalise avec les grandes clartés et les subtiles
transparences de l'aquarelle.
Avec son compagnon de travail Girtin, il libère l'aquarelle des servitudes
étroites du dessin et de la gravure, peint directement, hardiment, obtient
plus de profondeur dans les ombres, plus d'éclat dans les lumières par
l'emploi des tons purs, grandes taches de bleu sombre, de rouge vif ou de
jaune, et retrouve ainsi d'instinct la tradition des vieux enlumineurs.
Et, en même temps, par une habileté qui restera un de ses traits
marquants, il tient compte- dans les oeuvres destinées à la vente- des
goûts du public pour le pittoresque, le romantique, l'anecdote même: ses
marines, ses châteaux, ses paysages d'Écosse ou du Pays de Galles
remportent un énorme succès, même auprès des connaisseurs et des peintres.
L'aquarelliste avant tout
Turner fut d'abord, et ne cessa peut-être
jamais de l'être, un aquarelliste. On le voit commencer par se rendre
maître de cet art, augmenter le nombre et les contrastes de ses couleurs.
Peu à peu les formes, précisément solidement dessinées au début,
commencent à se fondre ou tout au moins à s'atténuer dans la lumière qui
les baigne. A mesure qu'on avance dans son oeuvre, ses aquarelles
deviennent de plus en plus claires, éblouissantes: on ne voit d'abord
qu'une vapeur lumineuse, dans laquelle ou derrière laquelle on devine des
masses. Car c'est là une des caractéristiques de Turner: si l'on regarde
de tout près ses oeuvres en apparence les plus nuageuses, on y
discerne presque toujours une structure ferme, soigneusement composée.
Durant toute sa carrière, Turner a mené de front la production
d'aquarelles et de peintures à l'huile. Les premières sont pourtant
restées longtemps méconnues ; en effet, l'artiste les a peu exposées,
jugeant (avec raison) plus profitable d'asseoir sa réputation sur ses
toiles. Mais il a laissé des milliers d'aquarelles, souvent inspirées par
les paysages traversés lors de ses nombreux voyages. Elles forment un
ensemble prodigieusement riche et varié, dont on n'a peut-être pas encore
mesuré pleinement la qualité. Il convient bien sûr de distinguer dans sa
production les " ébauches colorées " (colour beginnings), d'une part, où
l'artiste se livre, pour son usage personnel, à des confrontations
expérimentales de teintes et de tons, sans préoccupation figurative
immédiate ; et les aquarelles achevées, d'autre part, souvent destinées au
graveur, comme celles qui furent publiées à partir de 1825 sous le titre Picturesque Views in England and Wales.
Le peintre
L'évolution de son oeuvre à l'huile est
plus facile à suivre. Quand on ne connaît Turner que par ses dernières
toiles, les plus éblouissantes et que l'on voit tel ses premiers tableaux
comme la jetée de Calais (1802) on est surpris de se trouver
devant une belle marine à la Van de Velde, en moins lumineux. Ainsi,
Turner d'abord se cherche lui même en suivant les voies traditionnelles,
dans des scènes historiques laborieusement composées La mort de Nelson
(1805) et même les scènes de genre qui pourraient être signées par
Wilkie comme L'atelier du Forgeron (1807).Plus on va,
sa profonde
connaissance des paysages anglais soutenue d'une solide notation des
couleurs et d'éclairage le rapprochent de Constable dans ses gelée
matinale (1813) dans la traversée du ruisseau exposée en 1815.
La vérité, c'est que le monde de Turner,
c'est la lumière et la lumière seule. Le flux ininterrompu des ondes
lumineuses envahit et submerge l'air, la vapeur,l'eau se réfractent, se
brisant en mille nuances.
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Notes biographiques
1775Né à Londres d'un père coiffeur
étudie à l'école de Margate où il acquit la passion de la mer1788
Turner entre chez thomas Malton qui lui enseigne les rudiments du
dessin.puis chez le Dr Monro où il rencontre Girtin. Les 2 amis voyageront
dans le Pays de Galles et dans le district Lakes et en Écosse.1790
Expose à la Royal academy Le palais archiépiscopal à Lambeth1793Reçoit
une commande du graveur J.Walker qui lui permet de prendre un atelier.1802
Élu membre de la Royal academy1807 commence la publication
du recueil liber studiorum composé de tous les genres de paysages
peints par Turner et reproduits par lui et par ses élèves à la pointe
sèche et à l'aquatinte.1803-1815 visite en détail le devonshire et
d'autres contrées anglaises en temps de guerre napoléonienne1818Part
pour la Belgique, la Hollande et la vallée du rhin et l'Italie.
S'enthousiasme pour Venise et pour la peinture vénitienne.1830 mort
de son père. réalise une série de gravures des ports d'Angleterre.1830-1840
peint de nombreuses marines; Expose le vaisseau de guerre"téméraire"remorqué
à son dernier mouillage pour être démoli1851 mort de Turner sous le nom de "Both". Il avait disparu aux yeux des siens.On ne le découvrit
dans sa retraite la veille de sa mort
L'anecdote du tableau "rain, steam
and speed"
Dans son très beau livre, Landscape into Art, Sir Kenneth Clark,
à propos du tableau célèbre Pluie, Vapeur et Vitesse (1844) où
Turner a représenté un train filant sur un pont dans la pluie et le
brouillard, rapporte l'intéressante aventure d'une certaine Mrs Simon.
Elle avait été surprise, au cours d'un voyage en chemin de fer, de voir un
vieux monsieur mettre la tête hors de la portière pendant une terrible
averse, demeurer là une dizaine de minutes, puis rentrer sa tête
ruisselante et rester assis les yeux fermés pendant un quart d'heure. La
jeune femme intriguée en ayant fait autant, avait eu la tête inondée de
pluie, mais avait pu contempler un spectacle inoubliable. Au Salon
suivant, elle vit la toile « Rain, Steam and Speed »; et entendant
quelqu'un dire auprès d'elle avec une moue amusée : « Toujours le même, ce
Turner l Qui a jamais vu une bouillie pareille? — Moi, dit-elle, moi je
l'ai vue ». Ainsi donc, plutôt que de rêves, d'hallucinations,
d'interprétations délirantes, je crois qu'il faut parler, avec Turner,
d'une mémoire prodigieusement, peut-être anormalement exercée et précise,
d'un génie capable de regrouper, de recréer en synthèses neuves,
significatives, des souvenirs de choses vues.
Le bateau glisse vers son
tombeau
En 1838 fut exposé Le vaisseau de guerre « Le Téméraire »
remorqué à son dernier mouillage pour être démoli. Le Téméraire, navire
qui avait glorieusement combattu à Trafalgar, venait d'être condamné à la
démolition : c'est ce qu'expliquait une longue notice insérée dans le
Catalogue du Salon, pour marquer l'intérêt sentimental du tableau. Et ceci
évidemment nous mène loin de ce que Constable entendait par le « sentiment
» d'un paysage : on a pu reprocher à Turner sa fréquente recherche de
l'effet théâtral. Mais c'est justement ce sentimentalisme littéraire qui
lui attirait l'admiration des foules stupéfaites, celle aussi de ce grand
littérateur de la peinture que fut Ruskin. Car Ruskin a écrit une page de
belle prose poétique sur ce tableau, « le plus pathétique qui ait jamais
été peint... le vaisseau glisse vers son tombeau... Jamais plus le soleil
couchant ne posera sur lui sa robe d'or, jamais plus la lueur des étoiles
ne tremblera sur les vagues que sépare son étrave... ». Heureusement ici
encore le tableau offre à notre admiration autre chose que cette anecdote
: sans même connaître le sujet, le spectateur ne peut qu'être frappé par
l'étrange beauté de ce voilier tiré par son remorqueur.Ce qui est
pathétique, en dehors de toute idée de mort du navire, ce sont les
éclatantes lueurs et les ombres profondes du couchant sur la mer, les
reflets de la mâture, et les grandes traces d'or, de pourpre et de noir
dans le ciel et sur les eaux.
Galerie d'aquarelles et
de tableaux de J.M.W. Turner

Exposition de
13
aquarelles et tableaux
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