Joseph Mallord William Turner la lumière vint enfin sur la peinture

Joseph Mallord William Turner
1775-1851

 Des bleus au verts, des rouges aux jaunes J.M.W. Turner livre un assaut incessant à la lumière

 

" La patrie des coloristes exaspérés"

Turner est le plus grand représentant de la vision intérieure ; son imagination se projette sur le spectacle du monde. Formé, avec son compagnon Thomas Girtin (1775-1802), aux vues topographiques à l’aquarelle et héritier d’une riche tradition nationale qui remonte à Paul Sandby et à Richard Wilson, c’est un paysagiste d’une maîtrise absolue. Autant Constable a de doutes, de réticences, autant Turner est sûr de ses effets.Le fonds d'atelier que Turner laissa à sa mort était considérable : plus de vingt mille peintures, aquarelles, dessins, carnets, estampes. Sa couleur par son extrême fluidité, la minceur de la couche, ses surfaces lisses, ses imperceptibles dégradés rivalise avec les grandes clartés et les subtiles transparences de l'aquarelle.

Avec son compagnon de travail Girtin, il libère l'aquarelle des servitudes étroites du dessin et de la gravure, peint directement, hardiment, obtient plus de profondeur dans les ombres, plus d'éclat dans les lumières par l'emploi des tons purs, grandes taches de bleu sombre, de rouge vif ou de jaune, et retrouve ainsi d'instinct la tradition des vieux enlumineurs. Et, en même temps, par une habileté qui restera un de ses traits marquants, il tient compte- dans les oeuvres destinées à la vente- des goûts du public pour le pittoresque, le romantique, l'anecdote même: ses marines, ses châteaux, ses paysages d'Écosse ou du Pays de Galles remportent un énorme succès, même auprès des connaisseurs et des peintres.

L'aquarelliste avant tout

Turner fut d'abord, et ne cessa peut-être jamais de l'être, un aquarelliste. On le voit commencer par se rendre maître de cet art, augmenter le nombre et les contrastes de ses couleurs. Peu à peu les formes, précisément solidement dessinées au début, commencent à se fondre ou tout au moins à s'atténuer dans la lumière qui les baigne. A mesure qu'on avance dans son oeuvre, ses aquarelles deviennent de plus en plus claires, éblouissantes: on ne voit d'abord qu'une vapeur lumineuse, dans laquelle ou derrière laquelle on devine des masses. Car c'est là une des caractéristiques de Turner: si l'on regarde de tout près ses oeuvres en apparence les plus  nuageuses, on y discerne presque toujours une structure ferme, soigneusement composée.


Durant toute sa carrière, Turner a mené de front la production d'aquarelles et de peintures à l'huile. Les premières sont pourtant restées longtemps méconnues ; en effet, l'artiste les a peu exposées, jugeant (avec raison) plus profitable d'asseoir sa réputation sur ses toiles. Mais il a laissé des milliers d'aquarelles, souvent inspirées par les paysages traversés lors de ses nombreux voyages. Elles forment un ensemble prodigieusement riche et varié, dont on n'a peut-être pas encore mesuré pleinement la qualité. Il convient bien sûr de distinguer dans sa production les " ébauches colorées " (colour beginnings), d'une part, où l'artiste se livre, pour son usage personnel, à des confrontations expérimentales de teintes et de tons, sans préoccupation figurative immédiate ; et les aquarelles achevées, d'autre part, souvent destinées au graveur, comme celles qui furent publiées à partir de 1825 sous le titre Picturesque Views in England and Wales.

Le peintre

L'évolution de son oeuvre à l'huile est plus facile à suivre. Quand on ne connaît Turner que par ses dernières toiles, les plus éblouissantes et que l'on voit tel ses premiers tableaux comme la jetée de Calais (1802) on est surpris de se trouver  devant une belle marine à la Van de Velde, en moins lumineux. Ainsi, Turner d'abord se cherche lui même en suivant les voies traditionnelles, dans des scènes historiques laborieusement composées La mort de Nelson (1805) et même les scènes de genre qui pourraient être signées par Wilkie comme L'atelier du Forgeron (1807).Plus on va, sa profonde connaissance des paysages anglais soutenue d'une solide notation des couleurs et d'éclairage le rapprochent de Constable dans ses gelée matinale (1813) dans la traversée du ruisseau exposée en 1815.

La vérité, c'est que le monde de Turner, c'est la lumière et la lumière seule. Le flux ininterrompu des ondes lumineuses envahit et submerge l'air, la vapeur,l'eau se réfractent, se brisant en mille nuances.


 

 

Notes biographiques

1775Né à Londres d'un père coiffeur étudie à l'école de Margate où il acquit la passion de la mer1788 Turner entre chez thomas Malton qui lui enseigne les rudiments du dessin.puis chez le Dr Monro où il rencontre Girtin. Les 2 amis voyageront dans le Pays de Galles et dans le district Lakes et en Écosse.1790 Expose à la Royal academy Le palais archiépiscopal à Lambeth1793Reçoit une commande du graveur J.Walker qui lui permet de prendre un atelier.1802 Élu membre de la Royal academy1807 commence la publication du recueil liber studiorum composé de tous les genres de paysages peints par Turner et reproduits par lui et par ses élèves à la pointe sèche et à l'aquatinte.1803-1815 visite en détail le devonshire et d'autres contrées anglaises en temps de guerre napoléonienne1818Part pour la Belgique, la Hollande et la vallée du rhin et l'Italie. S'enthousiasme pour Venise et pour la peinture vénitienne.1830 mort de son père. réalise une série de gravures des ports d'Angleterre.1830-1840 peint de nombreuses marines; Expose le vaisseau de guerre"téméraire"remorqué à son dernier mouillage pour être démoli1851 mort de Turner sous le nom de "Both". Il avait disparu aux yeux des siens.On ne le découvrit dans sa retraite la veille de sa mort

L'anecdote du tableau "rain, steam and speed"

Dans son très beau livre, Landscape into Art, Sir Kenneth Clark, à propos du tableau célèbre Pluie, Vapeur et Vitesse (1844) où Turner a représenté un train filant sur un pont dans la pluie et le brouillard, rapporte l'intéressante aventure d'une certaine Mrs Simon. Elle avait été surprise, au cours d'un voyage en chemin de fer, de voir un vieux monsieur mettre la tête hors de la portière pendant une terrible averse, demeurer là une dizaine de minutes, puis rentrer sa tête ruisselante et rester assis les yeux fermés pendant un quart d'heure. La jeune femme intriguée en ayant fait autant, avait eu la tête inondée de pluie, mais avait pu contempler un spectacle inoubliable. Au Salon suivant, elle vit la toile « Rain, Steam and Speed »; et entendant quelqu'un dire auprès d'elle avec une moue amusée : « Toujours le même, ce Turner l Qui a jamais vu une bouillie pareille? — Moi, dit-elle, moi je l'ai vue ». Ainsi donc, plutôt que de rêves, d'hallucinations, d'interprétations délirantes, je crois qu'il faut parler, avec Turner, d'une mémoire prodigieusement, peut-être anormalement exercée et précise, d'un génie capable de regrouper, de recréer en synthèses neuves, significatives, des souvenirs de choses vues.

 Le bateau glisse vers son tombeau

En 1838 fut exposé Le vaisseau de guerre « Le Téméraire » remorqué à son dernier mouillage pour être démoli. Le Téméraire, navire qui avait glorieusement combattu à Trafalgar, venait d'être condamné à la démolition : c'est ce qu'expliquait une longue notice insérée dans le Catalogue du Salon, pour marquer l'intérêt sentimental du tableau. Et ceci évidemment nous mène loin de ce que Constable entendait par le « sentiment » d'un paysage : on a pu reprocher à Turner sa fréquente recherche de l'effet théâtral. Mais c'est justement ce sentimentalisme littéraire qui lui attirait l'admiration des foules stupéfaites, celle aussi de ce grand littérateur de la peinture que fut Ruskin. Car Ruskin a écrit une page de belle prose poétique sur ce tableau, « le plus pathétique qui ait jamais été peint... le vaisseau glisse vers son tombeau... Jamais plus le soleil couchant ne posera sur lui sa robe d'or, jamais plus la lueur des étoiles ne tremblera sur les vagues que sépare son étrave... ». Heureusement ici encore le tableau offre à notre admiration autre chose que cette anecdote : sans même connaître le sujet, le spectateur ne peut qu'être frappé par l'étrange beauté de ce voilier tiré par son remorqueur.Ce qui est pathétique, en dehors de toute idée de mort du navire, ce sont les éclatantes lueurs et les ombres profondes du couchant sur la mer, les reflets de la mâture, et les grandes traces d'or, de pourpre et de noir dans le ciel et sur les eaux.

 

Galerie  d'aquarelles et de tableaux de J.M.W. Turner  

Exposition de 13     aquarelles et   tableaux

 

 

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