Vincent Van Gogh le génie mis en souffrance

Vincent Van Gogh
1853-1890
<< ... La peinture est une démarche pour aller de l'ombre à la lumière..>>
 

<<...Et maintenant, Je suis en route (Vincent) >>
 

Vincent se contente de travailler d'après les planches anatomiques de l'école vétérinaire. Il croque quelque Peu à peu , la peinture prend la première place; Vincent suit des cours d'anatomie et de perspective à Bruxelles; Puis fréquente assidûment les musées pour y étudier les oeuvres des maîtres Hollandais et flamands, en particulier celles de Rembrandt; Il emploie des couleurs sombres, fumeuses comme pour souligner la tristesse, la désolation de ses modèles. Il lie connaissance avec Anton van Rappard, un jeune peintre hollandais assez fortuné dont l'amitié lui sera un soutien. Il dessine dans son atelier, car après avoir fait une demande d'admission, Van Gogh ne s'est pas décidé à entrer aux beaux-arts. Il modèle rencontré dans la rue: ouvrier ou soldat.
Mais Van Rappard tombe malade; Vincent doit quitter Bruxelles. Sur les conseils de son frère et de son père, il s'installe sur les terres du Brabant, au milieu des paysans, au Presbytère. Van Rappard lui rend visite et peint à ses côtés les paysans. Le peintre Anton Mauve qui a épousé une nièce de sa mère et jouit à la Haye d'une bonne réputation l'encourage et le présente à quelques peintres.


Une vie de ténèbres


V
incent s'installe à la Haye; Il y passera deux années. Deux années de travail fécond, surtout de dessins rehaussés d'aquarelle ou de lavis. Aux environs de la ville à Scheveningen, il peint avec passion ses premières toiles .
Sa personnalité s'affirme grâce au soutien de son cousin, Anton Mauve et d' une femme, Christine- qu'il appelle Sien-, une prostituée enceinte qui a déjà une fillette de cinq ans. Vincent l'a prise comme modèle. Il trouve en elle plus que l'amour, la compassion que lui inspire cette femme < malheureuse et flétrie>. elle lui donne le sentiment d'être utile à quelque chose. Il se déclare prêt à l'épouser , à accueillir l'enfant qui va naître. Vincent est heureux. Il l'écrit à son frère << Quand tu viendras me voir, tu ne me trouveras ni abattu, ni mélancolique....>>. Il peindra de Sien deux nus célèbres: The great Lady et Sorrow. La famille de Sien excite la jeune femme contre lui. Ce sont des disputes. Un jour elle dit à son ami:<< Je ne suis qu'une putain, et en dehors de ce métier,il n'y a pour moi d'autre issue que de me jeter à l'eau...>> C'est ce qu'elle finira par faire, beaucoup plus tard. C'est la séparation.. Déchirement qui restera en lui pendant de longs mois comme une plaie ouverte. l’œuvre pèche encore par bien des maladresses, cette période est rachetée par une sincérité d’inspiration et une volonté de témoignage humain exemplaires, très révélatrices des idéaux de l’artiste comme de sa problématique intérieure.
 Vincent s'inscrit à l'académie des Beaux-arts d'Anvers. où son arrivée fait sensation. l’étude des œuvres de Rubens et la découverte des estampes japonaises – qu’il commence à collectionner dans cette ville – achèvent de lui révéler les ressources de la couleur, qualités déjà pressenties dans la familiarité des maîtres hollandais, C’est aussi dans la capitale flamande que Van Gogh inaugure, sur le registre de l’humour macabre, sa fameuse série d’autoportraits (Tête de mort à la cigarette, Rijksmuseum V. Van Gogh, Amsterdam)

 Une époque de lumière: La route de la France


I
l n'a encore jamais entendu parler des impressionnistes, qui à cette époque triomphent. rappelons que l’année 1886, où il arrive à Paris, est celle de la dernière exposition impressionniste. Il prend la route de Paris dans l'intention de peindre; son frère Théo qui dirige la succursale parisienne de Goupil depuis 1880 vient le rejoindre.
L'allure de<< Vincent le hollandais >>, son étonnante manière de peindre fait sensation comme à Anvers.Il y rencontre des peintres dont les plus originaux s'intéressent à lui, ce curieux personnage.: Anquetin, Émile Bernard et l'aristocrate, portant un buste arrogant sur des jambes de nain, le comte Henri de Toulouse-Lautrec. Par l’intermédiaire de son frère, il rencontre presque tous les impressionnistes, en particulier Seurat et Pissarro, ainsi que Gauguin. Dans la boutique du célèbre Père Tanguy,marchand de tableaux, sous l’égide des œuvres de Cézanne, il se lie d’amitié avec Signac. En compagnie de Toulouse-Lautrec il fait connaissance des cafés de Montmartre à la place Clichy. Il expose dans un Cabaret " le Tambourin" sur le boulevard de Clichy que dirige La Segatory. Elle devient sa maîtresse, mais l'aventure est de courte durée qui finit par une bagarre avec le protecteur de la jeune femme. Au cours de la bagarre des toiles disparaîtront.
Son art enregistre alors des progrès très rapides: dans un premier temps, l’admiration qu’il voue au Marseillais Monticelli, mort en 1886, l’amène à éclaircir son coloris pour peindre une série de petits tableaux de fleurs aux nuances rares ( panier de pensées musée van Gogh,d'Amsterdam). Peu à peu, sous l’influence des estampes japonaises, ses compositions acquièrent davantage d’aisance et de liberté, en même temps qu’il s’essaye à la technique de l’aplat coloré (Nature morte aux citrons, 1887; Rijksmuseum V. Van Gogh). Sa palette s’enrichit de couleurs vives, sa touche s’anime et se fragmente – rejoignant parfois le graphisme de ses dessins: les vues de Montmartre et des environs de Paris qu’il exécute durant cette période tranchent sur le reste de son œuvre par une gaieté et une fraîcheur qui méritent d’être soulignées (Intérieur de restaurant, été 1887; musée Kröller-Müller, Otterlo).
 

Vincent Van Gogh prend ses distances vis-à-vis du système impressionniste. Il veut imprimer à la touche impressionniste la puissance de l'expression flamande.


L
es Livres jaunes (automne 1887; coll.. part., Suisse) ou encore l’autoportrait au chevalet (début 1888; Rijksmuseum V. Van Gogh, Amsterdam), montrent en effet que l’artiste commençait à prendre ses distances vis-à-vis du système impressionniste, trop allusif à son goût, pour reconquérir l’unité structurelle de l’image et se concentrer sur les virtualités expressives et symboliques de la forme et de la couleur

.Les deux dernières années éblouissantes :Arles et Auvers sur Oise


Le 19 février 1888, Théo et Vincent se séparent à la gare de Lyon; Vincent est en route pour Arles << .. Par les ténèbres vers la lumière>> dira Vincent.La véritable personnalité artistique de Van Gogh va se dessiner subitement ,pour s’affirmer au contact de la lumière du Midi, lors de son installation en Arles; En deux ans, et à travers quelque trois cent cinquante tableaux (sur un peu plus de sept cents au total), Vincent va devenir l’une des figures majeures de l’histoire de la peinture, le précurseur, notamment, des fauves et de l’expressionnisme.

 Le séjour à Arles (févr.. 1888-mai 1889) :L'éblouissement du soleil


Vincent trouve la Provence sous la neige, mais bientôt sous les coups furieux du mistral, le ciel nettoyé laisse briller un soleil d'éclat; << C'est le Japon>> écrit Van Gogh aux amis de Paris. Ce séjour à Arles est pour Vincent l’occasion d’une découverte essentielle: celle de l’éblouissement solaire du Midi, qui, en imposant à sa palette une plus grande intensité de tons et en lui suggérant des accords chromatiques d’une puissance inédite, va transmuer toutes les données de son art.

quelques semaines plus tard, les verger sont en fleurs .Il se sent revivre. A Arles, , il y trouve des teintes vives et pures de la campagne. Il peint sans relâche, traduisant la nature sous son visage printanier; arrive l'été, il passe des journées entières en plein soleil, bourrant ses toiles de lumière et d'or qui l'aveuglent; Ses toile sont des symphonies de jaune et de bleu.: Le jaune règne partout; C'est la couleur du soleil de la lumière et de la vie.quelques semaines plus tard, les verger sont en fleurs .Il se sent revivre.

 A Arles, , il y trouve des teintes vives et pures de la campagne. Il peint sans relâche, traduisant la nature sous son visage printanier; arrive l'été, il passe des journées entières en plein soleil, bourrant ses toiles de lumière et d'or qui l'aveuglent; Ses toile sont des symphonies de jaune et de bleu.: Le jaune règne partout; C'est la couleur du soleil de la lumière et de la vie.

Même le graphisme de ses dessins, parvenu à une maîtrise supérieure, trouve alors des accents nouveaux pour transcrire la vibration colorée et lumineuse des apparences sensibles. Confondue, pour ainsi dire, avec la lumière, la couleur, qui est aussi matière, confère aux êtres et aux choses un surcroît de présence et de réalité, en même temps qu’elle met en évidence leur dimension spirituelle: à l’harmonie souveraine du jaune et du bleu dans La Plaine de la Crau (juin 1888; Rijksmuseum V. Van Gogh, Amsterdam), image de prospérité et de quiétude, véritable chant apollinien d’une rigueur toute classique, aux accords stridents mais tempérés par de grandes plages de noir et de vert de L’arlésienne (nov. 1888; Metropolitan Muséum, New York), on opposera par exemple la fulgurance des tons dans Terrasse de café, la nuit (sept. 1888; musée Kröller-Müller, Otterlo)

 

Galerie de Tableau

Présentation des tableaux réalisés à ses débuts, à arles, St Paul de Vence et Auvers sur Oise


 

Notes biographiques        

1853 30 mars Naissance de Van Gogh  à Groot-Zundert, un petit village du sud de la Hollande 1857Naissance de Théo, le frère de Van Gogh1876 Van Gogh aspire à évangéliser les plus pauvres1877 Il se rend à Amsterdam pour préparer son entrée à la faculté de théologie 1883 Van Gogh s'installe à Nuenen. Il y restera deux ans, pendant lesquels il peindra près de deux cents tableaux 1888 Van Gogh part vivre à Arles.  Il invite Gauguin à le rejoindre; le 23 décembre, Vincent Van Gogh tente de blesser son ami Gauguin avant de se trancher l'oreille avec une lame de rasoir. Il offrira le morceau de chair à une prostituée1889 Van Gogh entre de son plein gré à l'asile de Saint-Rémy. Il peint ardemment pendant deux mois.1890Suicide de Van Gogh

Le drame avec Gauguin : un morceau de misère


Un matin de la fin Octobre, Gauguin est là. Criblé de dettes et abandonné par Émile Bernard et par la fille de ce dernier dont il est tombé amoureux à Pont Aven , il est amer. Bien qu'il ne le laissât pas trop paraître, la première impression de celui-ci est une déception. Gauguin, -<<avec son air hautain, son oeil qui vous fixait, à la fois défiant, énigmatique et interrogateur, sa bouche aux lèvres serrées sur un mutisme mystérieux n'attirait pas >> dira Georges Daniel de Monfreid -, n'a pas eu un mot de remerciement, une expression de gratitude pour celui qui a préparé sa venue avec tant d'amour. A-t-il même soupçonné tout ce qu'il y avait de sacrifice et d'efforts dans l'aménagement de ce modeste atelier? Quant aux toiles dont Vincent a décoré la maison, il les a regardées distraitement, sans rien. en dire. En fait, Gauguin trouve tout cela étroit, mesquin, le pays. les gens, la vie de Vincent, ses relations, et dans les chefs-d'œuvre qu'il a peints cet été-là, il ne verra que les incertitudes de « l'école néo-impressionniste où il pataugeait considérablement ».
Gauguin a été installé dans la meilleure chambre. Ensemble, ils vont peindre les Alyscamps, les vignes rouges d'automne et le soir. boivent l'absinthe au Café de la Gare ou bien ils vont voir les filles dans les maisons du bas quartier. La vitalité de son ami qui se disait malade du foie- autant que son autorité native, sapent sourdement la confiance que Vincent mettait en leur amitié et même celle qu'il avait retrouvée en soi et en son art. Gauguin qui a déjà pris à Pont-Aven l'habitude de jouer les maîtres et qu'on écoute avec respect, se propose de lui donner des leçons... « J'entrepris la tâche de l'éclairer », écrira-t-iÎ plus tard. Vincent écoute, tout prés à renier ce qu'il aimait :sa facture brutale, ses empâtements. et même cette Provence en laquelle il voyait une « seconde patrie ». II se met à peindre comme Gauguin le lui conseille, par aplats de couleur franche, cernant son dessin de traits fermes. Il brosse ainsi Madame Ginoux, Le Lupanar.
Et puis, peu à peu, l'élève se rebelle. Il a accepté que Gauguin mette de l'ordre dans la maison., organise les dépenses. Il veut bien rêver avec lui des Tropiques. Mais ce qu'il a acquis, cet été n'est pas vain, ses toiles répondent. Les discussions éclatent, se multiplient, deviennent «d'une électricité excessive», écrit-il à Théo.
Déjà las de cette vie médiocre que l'art ne suffit pas à remplir, mal conquis par ce pays qu'il ne sent pas, Gauguin sait qu' il ne restera pas auprès de Van Gogh. Il en prévient son frère, fait des plans pour repartir aux Antilles ou ailleurs. L'atelier du Midi , c'était donc un leurre? Certain jour Gauguin laisse-t-il entendre que les deux frères se sont ligués pour s'approprier le meilleur de son œuvre en lui faisant vivre cette existence mesquine dans un pays sans charme? Vincent rumine l'amertume de ce nouvel échec, l'effondrement de cette illusion dont Gauguin devait être l'âme. Les privations de tant d'années, l'alcool, le surmenage, l'excitation artistique le font de nouveau trébucher. Un soir de décembre - sans que Gauguin, ni lui-même ait jamais dit pourquoi - il jette son verre à la tête de l'autre... Gauguin l'empoigne, le conduit à la maison sans un mot; mais il a vu son regard de fou. C'est décidé cette fois, il partira.
Sur le drame des jours suivants,Pierre Leprohon écrit: << on n'a guère d 'autres témoignages que ceux de Gauguin, témoignages d'autant plus suspects que treize ans plus tard, il ajoute au récit initial des détails dramatiques: Le soir du 24 décembre, en pleine place, Vincent se serait précipité vers Gauguin, un rasoir à la main avant de repartir vers la maison jaune où il se trancha une partie de l'oreille dan un geste d'autodestruction. Puis il s'en fut porter cette oreille à une pensionnaire de maison close, comme le matador le fait à sa belle de l'oreille du taureau vaincu» Gauguin télégraphie à Théo et s'empresse de reprendre le train pour Paris, tandis que le malheureux Vincent est emmené à l'hôpital d'Arles où un interne le jeune Dr Rey, le soigne et la questionne. Le Dr Rey rassure Théo accouru aussitôt. cette crise épileptique est passagère et Vincent peut s'entretenir avec son frère.
<<Une semaine après ces évènements, le facteur Roulin vient rendre visite à Van Gogh à l'hôpital et obtient l'autorisation de l'emmener revoir sa chère maison jaune. La crise est passée, mais elle a brisé l'espoir du peintre. Il va reprendre sa vie, son travail, analysant pour Théo avec une lucidité dramatique, son état, les faits qui l'ont mené là, et l'amertume que lui laisse maintenant la certitude de ne pouvoir bâtir ce grand rêve de l'Atelier du Midi qui déplacerait à Arles tous les peintres amis installés à Pont-Aven, auquel il tenait plus qu'à son œuvre même. Une nouvelle crise survient au début de février. Elle dure trois semaines. Il reprend son travail le 21, allant chaque jour se nourrir et coucher à l'hôpital. Mais une pétition des gens du voisinage obtient gain de cause: Vincent doit être gardé à l'hôpital . tout le monde prétend que sa place est à l'asile. Vincent est rejeté du monde. Cruelle coïncidence, c'est en ce moment même, en avril, que Théo épouse en Hollande la sœur de son ami Bouger, Johanna.
Alors, tout bien pesé, c'est Vincent lui-même qui demande à ses amis, le Dr Rey et le pasteur Salles, son internement à l'asile d'aliénés de Saint-Rémy-de-Provence à l'hôpital Saint Paul de Mausolles.>>
 

Saint Rémy de Provence ( Mars 1889-Mai 1890): Vincent Van Gogh n'est pas fou, il est atteint d'une crise d'épilepsie


Vincent ne désire qu'une chose: pouvoir continuer à peindre. Il est installé dans une chambre cellule au premier étage dont la fenêtre garnie de solides barreaux de fer donne sur un champ clôturé et sur le paysage des Alpilles qui viennent mourir devant la plaine. Le Docteur Peyron qui dirige l'Hospice confirme le diagnostic d'Arles: Vincent VanGogh n'est pas fou, mais il est atteint d'une crise d'épilepsie.
Il peint dans le parc abandonné l'asile puis il obtient l'autorisation d'aller dans la campagne où un gardien l'accompagne; Il est calme mène une vie égale. Il reprend une affectueuse correspondance avec sa mère et sa soeur Wil. Il peint.
 

Auvers sur Oise ( 20 Mai 1890- 29 Juillet 1890)


Van Gogh est accueilli quelques jours plus tard à Auvers-sur-Oise par le Dr Gachet, ami de Cézanne et des impressionnistes. Le climat paisible des lieux et l’affection qui l’entoure lui permettent de se consacrer une fois encore à ses thèmes de prédilection: portraits et paysages . Si sa touche demeure fébrile et mouvementée, son coloris acquiert, sous la lumière d’Île-de-France, un regain de vivacité et de fraîcheur
La trêve est cependant de courte durée: lorsque Théo lui fait part de son désir de rejoindre la Hollande, Vincent se sent de nouveau abandonné;

Vincent remonte sur les plateaux d'Auvers, vers ces grandes étendues de blé. Il peint deux routes poussiéreuses s'évadant parmi les champs de blé. Le ciel est d'un bleu intense. Il annonce un orage.Le ciel devenu noir, tombe tel un rapace sur les champs, faisant lever un vol de corbeaux... Vincent est las. Il se tire une balle de revolver dans le coeur. est-il tombé? S'est-il évanoui? Sur le chemin qui mène au village, on voit apparaître dans un halo de lumière un homme , tenant son flan blessé se diriger vers l'auberge Ravoux. Vincent meurt dans les bras de son frère<< Ne pleure pas dit-il, je l'ai fait pour le bien de tous..>> C'est le soir, le soleil décline

 

Le forçat innocent de Supervielle

Soleil, un petit homme est là sur ton chemin
Et tu mets sous ses yeux ce qu'il faut de lointains
Ne sauras-tu jamais un peu de ce qu'il pense ?
Ah ? tu es faible aussi, sans aucune défense,
Toi qui n'as que la nuit pour sillage, pour fin.
Et peut-être que Dieu partage notre faim
Et que tous ces vivants et ces morts sur la terre
Ne sont que des morceaux de sa grande misère
Dieu toujours appelé, Dieu toujours appelant
Comme le bruit confus de notre propre sang.
Soleil, je suis heureux de rester sans réponse,
Ta lumière suffit qui brille sur ces ronces.
Je cherche autour de moi ce que je puis t'offrir,
Si je pouvais du moins te faire un jour chérir

Dans un matin d'hiver ta présence tacite
Ou ce ciel dont tu es la seule marguerite,
Mais mon cœur ne peut rien sous l'os, il est sans voix.
Et toujours se hâtant pour s'approcher de toi,
Et toujours à deux doigts obscurs de ta lumière,
Elle qui ne pourrait non plus le satisfaire.
 

Vincent et les Arlésiennes

Homme du Nord, Van Gogh a trouvé dans le Midi ses plus grands enthousiasmes et peut-être ses meilleurs amitiés. Les paysages et la lumière le séduisirent dès l'abord comme une vision d'Extrême-Orient, les êtres, malgré la décadence moderne qu'il voit chez les femmes (c'est plus souvent du « Mignard que du Mantegna », note-t-il) l'attirent par leur sens de la beauté. « Si les gens sont d'une ignorance crasse en tant que quant à la peinture en général, ils sont bien plus artistes que dans le Nord pour leur propre figure et leur propre vie. J'ai vu ici des figures certes aussi belles que_du Goya et du Vélasquez. Elles savent vous ficher une note rose dans un costume noir, ou bien confectionner un habillement blanc, jaune, rose, on encore vert et rose, on encore bleu et jaune, où il n'y a rien à changer au point de vue artistique. » II souligne bleu et jaune, ses couleurs. Vincent a synthétisé en une seule toile, L'arlésienne, cette noblesse native, cette dignité un peu hiératique qui fait penser aussi à Cimabue. Le portrait de Mme Ginoux fut, comme il disait, « sabré en une heure alors qu'avec Gauguin, ils avaient été invités à prendre le café. — Madame Ginoux ! Madame Ginoux, plaisantait Gauguin, votre portrait sera placé an Musée du Louvre à Paris! Gauguin ne se trompait pas. Il l’est au musée du Louvre  depuis 1944 à la suite d’un don de mme Goldschmidt Rothschild.