Ménines de Vélasquez Une tranche de vie à la cour d'Espagne

Ménines de Vélasquez

Une tranche de vie à la cour d'Espagne

 

 

 

 

 

 

La virtuosité du peintre portraitiste et animalier

Quel document plus exact, plus irrécusable, plus condensé et, comme on dit, plus suggestif, trouverions-nous dans les mémoires du temps que le tableau des Ménines, pour nous faire pénétrer dans cette cour d'Espagne si fermée, si pointilleuse et si vaine, pour nous dévoiler la vie familière de ce souverain désœuvré et la honteuse promiscuité des avortons et des fous dont il s'entoure pour tromper le long ennui de ses journées.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le brio de sa  Technique
Vélasquez est  un merveilleux dessinateur,  mais  il ne délimite pas les contours comme Raphaël dont il disait:« II n'est pas mon homme » ; il s'inspire plutôt des Vénitiens et surtout du Titien. N'a-t-on pas longtemps attribué à ce maître un de ses portraits du Prado? Il  crée  des  harmonies  colorées  d'un  extrême  raffinement, il renonce vite aux bruns de ses débuts et si,  dans ses tableaux religieux, il  exalte parfois  encore les tons, il recourt le plus souvent à des rapports savants et savoureux ; il sait à merveille faire valoir les rosés et les bleus par des  noirs profonds jamais bouchés et ménager de subtils passages grâce à des gris chatoyants. De telles symphonies se trouvaient-elles dans la nature ? Ne sont-elles pas l'œuvre de son génie ? Pour rendre la palpitation de cette lumière et la beauté de ces couleurs, Vélasquez dut changer sa technique.  Après  avoir  usé  de glacis,  empâté les touches, sous l'influence des Vénitiens, il coule sur de grosses toiles avec de larges brosses une pâte plus fluide,  se contente  dans les ombres  d'un frottis et parle un langage de plus en plus elliptique. Quelques traits prestement lancés et c'est sa propre main dans es Ménines, une touche et c'est un œil Pour rendre la palpitation de cette lumière et la beauté de ces couleurs, Vélasquez dut changer sa technique.  Après  avoir  usé  de glacis,  empâté les touches, sous l'influence des Vénitiens, il coule sur de grosses toiles avec de larges brosses une pâte plus fluide,  se contente  dans les ombres  d'un frottis et parle un langage de plus en plus elliptique. Quelques traits prestement lancés et c'est sa propre main dans es Ménines, une touche et c'est un œil

 

Vélasquez a cinquante-sept ans. Jamais il n'a peint avec autant de génie. Les Ménines sont une scène d'intérieur, une “ tranche de vie ”, auraient dit les naturalistes du XIXe siècle. Vélasquez n'a pas seulement reproduit avec exactitude ces personnages, mais encore la pièce de l'appartement royal, où nous reconnaissons des copies exécutées par Mazo d'après Jordaens et un autre flamand, l'Apollon et Marsyas du Prado et — retenons ce titre — Pallas et Arachné. On croit assister à l'une de ces scènes instantanées qui se passaient durant les séances du peintre, mais ce désordre apparent est soumis à une volonté : le petit bouffon, la naine, Dona Isabel tracent la diagonale du tableau, la tête de l'enfant est déterminée par la division en moyenne et extrême raison et le tout est exécuté avec une extraordinaire virtuosité qui nous paraît toute simple.

 

Planche 1

Debout devant un grand châssis qui barre la gauche du tableau, l'artiste regarde devant lui un modèle invisible (pl 1), sans doute le Roi et la Reine que nous apercevons dans un miroir. Pendant ce temps une demoiselle d'honneur, Dona Maria Agustina Sarmiente, agenouillée selon l'étiquette, présente à l'infante Marguerite le plateau et la tasse.

Planche 2

Près de la princesse se tiennent l'autre menine Dona Isabel de Velasco, la naine Maria Barbolo et le petit bouffon italien Nicolasito Pertusato, qui du pied pousse un gros chien pacifique . Derrière eux conversent à voix basse Dona Marcela de Ulloa .et le “ guardadamas ” de la Reine, Diego Ruiz de la Escalera, tandis qu'au fond, dans l'embrasure claire de la porte," l'aposentador ” de la reine soulève un rideau.

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