Vue de Delft de Jan Vermeer Tapez le sous

Vue de Delft de Jan Vermeer
Marcel Proust et "Le petit pan de mur jaune avec un auvent, petit pan de mur jaune"

  Vue  Delft

huile sur toile

96.5 x 115.7 cm 1660-61

La Haye Maur

 

.tableau intégral

 

 

 

 

 

La vue de Delft est le paysage urbain le plus réputé de  l'art hollandais du XVII e siècle La luminosité,   son ciel nuageux majestueux et les reflets subtils dans l'eau  contribuent à ravir le  spectateur.

Vermeer a dépeint la ville du sud-est, au pied du Canal Schie. Les nuages  circulent  au-dessus de la ville.et  jettent des ombres sur l'eau et sur les bâtiments dans le front. Des  toits  apparaissent  au loin éclairés par une journée ensoleillée, qui créent une impression de grande profondeur,  qui attirent le regard du spectateur

 

Tout est calme et volupté. Les bateaux sont amarrés les voiles baissées. Une brise douce trouble la surface de l'eau. Les passants conversent. Les arbres sont  couverts de feuillage,  C'est le matin d'un jour printanier;  le soleil est à l'est.

 

Il n'y a pas beaucoup de peintures qui exprime  la réalité  C' est comme si nous nous trouvions à  la fenêtre  d'une maison de  Delft ,il y a 350 ans

 

 

Proust et le "petit pan de mur jaune" de la Vue de Delft

Voir Vermeer et mourir. La formule est usée, mais l'idée reprend vie quand Marcel Proust la fait sienne dans À la recherche du temps perdu. On expose des toiles de Vermeer à Paris, dont la Vue de Delft. Aux portes de la mort, l'écrivain Bergotte rassemble ses forces et se rend sur les lieux de l'exposition.

 

"Enfin il fut devant le Vermeer, qu'il se rappelait plus éclatant, plus différent de tout ce qu'il connaissait, mais où, grâce à l'article du critique, il remarqua pour la première fois des petits personnages en bleu, que le sable était rose, et enfin la précieuse matière du tout petit pan de mur jaune. Ses étourdissements augmentaient; il attachait son regard, comme un enfant à un papillon jaune qu'il veut saisir, au précieux petit pan de mur. "C'est ainsi que j'aurais dû écrire, disait-il. Mes derniers livres sont trop secs, il aurait fallu passer plusieurs couches de couleur, rendre ma phrase en elle-même précieuse, comme ce petit pan de mur jaune." Cependant la gravité de ses étourdissements ne lui échappait pas. Dans une céleste balance lui apparaissait, chargeant l'un des plateaux, sa propre vie, tandis que l'autre contenait le petit pan de mur si bien peint en jaune. Il sentait qu'il avait imprudemment donné la première pour le second. "Je ne voudrais pourtant pas, se dit-il, être pour les journaux du soir le fait divers de cette exposition".

 

Il se répétait: "Petit pan de mur jaune avec un auvent, petit pan de mur jaune." Cependant il s'abattit sur un canapé circulaire; aussi brusquement il cessa de penser que sa vie était en jeu et, revenant à l'optimisme, se dit: "C'est une simple indigestion que m'ont donnée ces pommes de terre pas assez cuites, ce n'est rien." Un nouveau coup l'abattit, il roula du canapé par terre, où accoururent tous les visiteurs et gardiens. Il était mort."

 <<Dans les lignes qui suivent, Proust reprend à son compte la théorie platonicienne de la réminiscence en lui donnant une vraisemblance qui aurait réjoui Platon :>>

 "Mort à jamais ? Qui peut le dire ? Certes, les expériences spirites pas plus que les dogmes religieux n'apportent de preuve que l'âme subsiste. Ce qu'on peut dire, c'est que tout se passe dans notre vie comme si nous y entrions avec le faix d'obligations contractées dans une vie antérieure; il n'y a aucune raison dans nos conditions de vie sur cette terre pour que nous nous croyions obligés à faire le bien, à être délicats, même à être polis, ni pour l'artiste athée à ce qu'il se croie obligé de recommencer vingt fois un morceau dont l'admiration qu’il excitera importera peu à son corps mangé par les vers, comme le pan de mur jaune que peignit avec tant de science et de raffinement un artiste à jamais inconnu, à peine identifié sous le nom de VerMeer. Toutes ces obligations, qui n'ont pas leur sanction dans la vie présente, semblent appartenir à un monde différent, fondé sur la bonté, le scrupule, le sacrifice, un monde entièrement différent de celui-ci, et dont nous sortons pour naître à cette terre, avant peut-être d'y retourner revivre sous l'empire de ces lois inconnues auxquelles nous avons obéi parce que nous en portions l'enseignement en nous, sans savoir qui les y avait tracées — ces lois dont tout travail profond de l'intelligence nous rapproche et qui sont invisibles seulement — et encore! — pour les sots. De sorte que l'idée que Bergotte n'était pas mort à jamais est sans invraisemblance."