MARIA ELENA  VIEIRA DA SILVA apporte son bagage portugais à la France et réunit l'oeillet au bleuet

MARIA ELENA
VIEIRA DA SILVA

(1908-1992)
réunit l'oeillet au bleuet -  bouquet  d'une artiste créatrice d'un espace flottant

 

Résumé

On ne sait pas grand-chose de ses derniers moments. Elle s'éteignit en 1991 à Paris. Elle n'oublia pas Lisbonne en créant la fondation Arpad Szenes- Vieira da Silva qui présente les oeuvres des deux artistes créées côte à côte depuis 1930 à Lisbonne.
En 1966, le Gouvernement français lui remet le Grand Prix National des Arts en 1966; Puis elle reçoit des mains du Président de la République le titre de Chevalier de la Légion d'Honneur en 1979. Le soir de cette célébration un livreur frappe à sa porte et lui remet une bouquet composé d'oeillets et de bleuets. Aucune carte n'accompagne cette livraison. Elle s'enquiert auprès du livreur du nom du généreux donateur. Il lui répond dans ce langage de parigot "J'ne sais, Maame, c'est sans doute le destin! Maria Elena ferme la porte sans dire un mot , prend le bouquet , le porte à son visage et prend une longue inspiration; Puis, levant la tête elle essuie, en se cachant, une larme ignorée.

 

Le bouquet d'oeillets et de bleuets la récompense
 On ne sait pas grand-chose de ses derniers moments. Elle s'éteignit en 1991 à Paris. Elle n'oublia pas Lisbonne en créant la fondation Arpad Szenes- Vieira da Silva qui présente les oeuvres des deux artistes créées côte à côte depuis 1930 à Lisbonne.
En 1966, le Gouvernement français lui remet le Grand Prix National des Arts en 1966; Puis elle reçoit des mains du Président de la République le titre de Chevalier de la Légion d'Honneur en 1979. Le soir de cette célébration un livreur frappe à sa porte et lui remet une bouquet composé d'oeillets et de bleuets. Aucune carte n'accompagne cette livraison. Elle s'enquiert auprès du livreur du nom du généreux donateur. Il lui répond dans ce langage de parigot "J'ne sais, Maame, c'est sans doute le destin! Maria Elena ferme la porte sans dire un mot , prend le bouquet , le porte à son visage et prend une longue inspiration; Puis, levant la tête elle essuie, en se cachant, une larme ignorée.
 

Le monde magique de Maria Elena Vieira da Silva
C’est surtout après 1945 que Maria Elena propose un nouvel espace; un espace fantastique où la poésie s'écoule dans un chant étrange, apaisant et plein de fièvre. Dans cet espace sans précédent des formes impalpables le peuplent; On peut y voir au gré de sa fantaisie, une rue déroulant à l'infini des façades clignotant de mille lumières, les rayonnages d'une bibliothèque, des touffes d'herbes tremblant sur l'immensité d'une plaine ou d'un plan d'eau.
Vieira da Silva a défini ses tableaux comme étant avant tout une organisation soumise aux recherches de structure et de profondeur .Elle a réintroduit la perspective à une époque où tous les peintres l'abandonnaient. La critique d'art Dora Vallier définit sa vision frontale comme celle " d'un espace construit en fonction de l'imaginaire, point de fuite de la perspective et qui est celui du souvenir, pure projection délestée du réel ". Vieira da Silva inscrit sur le tableau des réseaux de lignes enchevêtrées, évocateurs de lieux où l'on se perd : grands paysages urbains et industriels.

Comment naît une artiste créatrice d'un nouvel espace flottant et fantastique
Lisbonne 1908; entre les sept collines qui descendent en pentes douces vers la rive droite du Tage s'entrelacent, s'enchevêtrent, s'embrouillent de petites places ellipsoïdales, trapézoïdales, coniques, cylindriques, concaves, convexes, ravinées, bosselées des ruelles fuligineuses, poudreuses, anguleuses, ondulées, escarpées , des habitations carrées, rectangulaires, de tailles inégales. C'est dans cette ville que Maria Elena Vieira da Silva voit le jour en Juin 1908; élevée dans l'odeur des oeillets sur les bords du Tage de ce "jardim d'Europa à beira mar plantado" au son des rythmes des vagues de la mer et du fado, Elle vit une enfance heureuses dans une famille nourrie de musique et d'Arts. Ayant perdu son père très tôt , dés l'âge de 11 ans elle s'inscrit à l'Académie de las bellas Artes de Lisbonne montrant un certain talent pour la peinture et la musique . La petite Maria Elena aime se rendre sur la tour de Belém ; Là, sur les bords du Tage à l'endroit même d'où partit Vasco de Gama , elle s'imprègne des immenses espaces de l'estuaire et trace dans son imaginaire les lignes des voies empruntées par Vasco de Gama.
A 16 ans, elle finit ses études des beaux Arts, le diplôme en poche. Son amour de Lisbonne aura une conséquence capitale sur le destin artistique de Maria Elena. C'est dans l'architecture de cette ville faite de carrés et de rectangles s'imbriquant les uns dans les autres chapeautés de toits pointus, de toits en plate-forme qu'elle trouve son univers fait de mosaïque de couleurs. qui n'appartient qu'à elle.

 

Vieira da Silva vient à Paris en 1928 et prend la nationalité française en 1956
En 1928, elle s'installe avec sa mère à Paris et suit l'enseignement des sculpteurs Antoine Bourdelle et Charles Despiau, puis des peintres Othon Friesz, Roger Bissière et Fernand Léger. Elle s'inscrira aussi à l'atelier de gravure que dirige Stanley Hayter. Au cours de ses études elle rencontre le monde des arts Braque, Picasso, Duchamp, Dufy, Utrillo, Mondrian, Modigliani, Matisse et les Surréalistes.
 En 1930, elle se marie avec le peintre de tendance abstraite d'origine hongroise Arpad Szenes (1897-1985). ses vrais débuts artistiques ont lieu vers 1936 obtenus par des tableaux aux taches colorées s'ordonnant sur un fond neutre.

Sa rencontre capitale avec Joachim Torres Garcia au cours de son séjour au Brésil (1940 - 1947)
A la déclaration de la deuxième guerre mondiale elle part avec son mari pour le Brésil; Au cours de ce séjour qui durera jusqu'en 1947 elle fait la connaissance du peintre uruguayen Joachim Torres Garcia. Cette rencontre sera capitale pour Maria Elena Vieira da Silva. En effet, l'artiste uruguayen a développé un art personnel inspiré par des sources diverses dont l'abstraction géométrique." Son art définit un langage symbolique qui se rapporte, en termes hiéroglyphiques, au mouvement graphisme idée, suivant une conception ternaire : le domaine abstrait de la raison, symbolisé par des figures géométriques (cercles, carrés, triangles), le domaine de l'émotion (coeurs, flèches, clefs, symboles sexuels) et le domaine du matériel (la vie instinctive, végétale, animale)". Torres García puise sa linguistique picturale dans les idéogrammes de différentes civilisations archaïques : aborigènes australiens, tribus africaines et bien sûr en Amérique, Aztèques et Incas. Ces signes sont intégrés, assimilés par l'artiste pour devenir les éléments d'une mythologie personnelle. Son influence sera déterminante sur le travail de Maria Elena Vieira da Silva. Elle trouvera le « style » dont elle ne se départira pas, hors du souci de l’évolution du langage, hors des modes aussi.
Encore teintée de surréalisme, sa thématique se dégage déjà de La Partie d’échecs ci-dessus illustré: l’espace clos et perspectif d’une chambre est accentué par un fourmillement de petits carrés qui s’emparent des éléments (meubles, murs, personnages). Indifféremment treillis, étagères, livres, pylônes, herbes, fenêtres, ces cellules proliférantes, agglutinées, forment pour chaque toile un nouveau « paysagisme abstrait » dont la poésie naît de l’ambiguïté même de l’identification : les étagères, La Bibliothèque,ci-dessus exposés illustrent ce propos; comme le tableau des chantiers ci-dessous exposé et réalisé en 1957

La couleur blanche envahit la toile :l’irruption de la lumière
La dernière décennie de son activité artistique est marquée par l’irruption de la lumière. La couleur blanche envahit la toile, dilatant l’espace vers quelque chose d’immatériel, Une vision unifiée de la disparité de la nature tire toutes ses ressources expressives de l’exploitation des obliques, des horizontales, des verticales, seules ou en faisceaux serrés. Les tonalités dominantes, brun rouge, bleu foncé, parfois blanc, accentuent le caractère sensible de cette peinture qui, à l’opposé de l’art gestuel, est la lente genèse d’une nature éclatée en multiples facettes.
On retrouve la poésie du monde de Vieira da Silva dans ses tapisseries, dans ses vitraux (1968, Saint-Jacques de Reims) et dans les compositions sur papier où, surtout depuis le début des années 1970, elle se plaît à exploiter les subtilités de l’encre de Chine ou d’un mélange de tempera et de fusain.