En bref
Maurice Vlaminck "Je fais éclater les tubes de couleur sur la toile"
"J'ai
tenté toute ma vie de peindre ces sentiments si intraduisibles pour la
parole et pour la plume en me servant de couleurs pour arrêter le film du
temps et le fixer sur la toile.J'ai tenté de recréer, chez le spectateur,
des émotions que l'on croyait à jamais disparues ou enfouies..." voilà ce
qu'écrivait Maurice Vlaminck.Il emploie des vermillons,des chromes, des
verts et des bleus de Prusse pour hurler ce qu'il voulait exprimer.
Son Portrait
Jamais
autant qu'avec Maurice Vlaminck l'identité d'une oeuvre et de l'homme qui
la créa ne s'est affirmée. Le nom de Vlaminck a la sonorité métallique du
fer frappant l'enclume. Rien qu'à le prononcer on est déjà dans les
Flandres écrit Robert Rey. Enfant dans l'estaminet du grand-père, à
Wambrechies, adolescent et en compétition avec les coureurs cyclistes,
forçant comme eux à pleines cuisses, sur les grands braquets il aspirait à
peindre les objets avec leur poids, leur densité comme s'il les avait
représentés avec la matière dont ils étaient formés. face à la montée de
ce nouveau genre: le cubisme, Maurice de Vlaminck se retire dans la
campagne beauceronne, à Rueil la gadelière. Il veut se retremper dans la
vie des plaines, des rivières, son univers. Devant certains aspects de la
nature jaillissent les émois de Vlaminck qu'il plaque sur ses toiles. Il
se retrouve dans cette ferme qu'il acquiert en 1937; Les blés, les arbres
fruitiers, les bâtiments de culture le tout adhérant bien au sol sous un
ciel sans limite; C'est le site qu'il a sous les yeux à son réveil. Il est
alors heureux.
Sa rencontre dans un train de banlieue
avec Derain
C'est dans le trajet de Paris à Chatou
que Maurice Vlaminck et André Derain se rencontrèrent autour des années
1900. Le premier habitait le Vésinet, banlieue chère aux riches bourgeois
de la III e République, le second vivait à Chatou, ville où il était né en
1880. Ils n'appartenaient pas à la même catégorie sociale: André Derain
était fils d'un crémier glacier, commerçant patenté de Chatou; Maurice
Vlaminck était de souche " populaire". Son père simple tailleur était
devenu violoniste. Une intimité s'établit entre eux d'où naquit le
fauvisme.
Le duo hurle par les tubes de couleur leur
révolte
.Cette
intimité devait se c concrétiser par une réciproque amitié ; Ces deux fauves
en chef partageaient une commune rébellion et entendaient exprimer que
jaillissements et désobéissances. Foin de demi-teintes et de demis -tons,
domaine des gens" bien élevés"; le duo se voulait "mal
élevé"; D'ailleurs,
un célèbre marchand de tableau avait traité Vlaminck de " Fanfaron de
l'inculture". Inculture toute simulée si l'on s'appuie sur les écrits
indiqués ci-après sous la rubrique "Vlaminck parle".
l'École de Chatou ( 1904-1907)
Dans l'ex-restaurant "Le Vanneaux", à
Chatou, André Derain et Maurice Vlaminck créent leur atelier. Cet atelier
constituera l'école de Chatou, centre de diffusion du fauvisme. Le duo
rebelle veut bousculer les conventions chères à la majorité du public. Ils
plaquent sur la toile une série de couleurs avec toute leur puissance et
dont la résonance pouvait , en s'orchestrant traduire l'émotion colorée
des paysages. Ils tentent de créer des émotions que Vlaminck interprètent
comme " intraduisibles pour la parole ou la plume ; Ils se servent de
couleurs pour arrêter le film du temps.André
Derain et Maurice Vlaminck cherchent
les violentes rencontres de couleurs et de sentiment ; or celles que
procurent le contraste entre l'état d'âme d'un individu et le lieu dans
lequel il se meut comptent parmi les plus vives . La gravité de
l'entraîneuse de boîte de nuit en plein travail d'attente et de guet a été
exprimée par les deux peintres . L'entraîneuse peinte par André Derain est
plus attentive; Celle de Maurice Vlaminck exprime plus la fatigue en faction.
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derain-la dame
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vlaminck-danseuse durat
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Notes
biographiques
1876, 4 avril,
Maurice Vlaminck fils d'une famille d'origine flamande naît,
rue Pierre Lescot à Paris 1879 s'installe au Vésinet1888 prend ses premières leçons de peinture avec Robichon, un peintre
académique1895 devient coureur cycliste1899 fait la connaissance d'André Derain 1900
s'intéresse à la doctrine anarchiste et écrit des articles dans le journal
" le libertaire"1901 visite avec Derain une rétrospective Van Gogh;
rencontre décisive avec l'oeuvre de Van Gogh peintre d'instinct; Il peint
les bords de Seine à Nanterre 1905 découvre l'art nègre qu'il
révèle à Matisse et à Derain au restaurant Azon; expose au salon d'automne1906 peint les arbres rouges, les bords
de Seine à Carrières 1925 Vlaminck se retire à Rueil la Gadelière
(Eure et Loir) 1929 écrit plusieurs livres de souvenirs : tournant
dangereux, 1943 écrit portrait avant décès1958 meurt à Rueil la Gadelière
(Eure & Loir)
Rencontre décisive de Vlaminck avec
l'oeuvre de Van Gogh (1901)
En
1901, Derain entraîne Vlaminck dans une galerie, à l’occasion de la
rétrospective Van Gogh. Onze ans après la mort du peintre hollandais,
cette exposition révélait aux jeunes artistes des œuvres capitales telles
que L’arlésienne, La Nuit étoilée, ou La Chambre à coucher. Rencontre
décisive plus encore pour Vlaminck que pour Derain, dont la démarche était
déjà affermie. En Van Gogh, Vlaminck reconnaît un peintre d’instinct qui,
sans avoir recours à une démarche intellectuelle, utilise la couleur pure
comme mode d’expression privilégié.
Vlaminck
expose à côté de Derain dans la ligne du fauvisme qui fut à l’origine du
scandale du Salon d’automne de 1905 relaté à la page consacrée à Matisse ,
nommé "la cage aux fauves" , et qui fit s'exclamer Picasso , soixante plus
tard: "tu ne peux pas imaginer quel scandale s'était alors!". On peut
mesurer ce scandale si l'on se souvient que Madame Matisse n'osa jamais
entrer au Salon d'Automne 1905 à cause du scandale créé par son portrait "
la femme au chapeau vert". L'audace de Maurice Vlaminck est de
la même veine.
La montée du cubisme entraîne la
séparation de Maurice Vlaminck et d'André Derain.
Vlaminck porte en haine le cubisme qui représente le monde hideux en le
déformant exprès, remaniant les volumes, brisant et reconstruisant avec
des membres dépecés de monstrueuses apparences. en 1914, Il aperçoit en
apparence le visage hideux de la guerre a travers les premières toiles
cubistes. Le tableau de Picasso des "Demoiselles d'Avignon" en totale
rupture avec le reste de la peinture le choque. Cette oeuvre constitue une
sorte de parachutage du cubisme et de l'art nègre. Derain qui s’est lié
avec Picasso et Braque en 1907 les accompagne pendant un temps. Il reste
toutefois en relation étroite avec Maurice Vlaminck et l'informe par
lettres de l'évolution de la peinture et de ses rencontres.
"Vlaminck parle
"
.. La peinture pure, la couleur sortant du tube?.. Dans l'orchestre que je
dirigeais, j'avais décidé, pour me faire entendre de ne me servir que des
cuivres, des cymbales, de la grosse-caisse, qui étaient en cette
occurrence
les tubes de couleur. De même que j'aurais donné l'ordre aux musiciens de
souffler à pleins poumons dans le saxophone, le piston et le trombone à
coulisse, de même je faisais éclater les tubes de couleurs sur ma toile et
n'employais que les vermillons, les chromes, les verts et les bleus de
prusse pour hurler ce que je voulais dire".
Les natures mortes de Vlaminck et ses
paysages hivernaux.
Devant un tableau de nature morte on
mesure tout ce que ce mot "nature morte" sonne faux. L'éclat des couleurs
qu'il utilise pour peindre une côte de boeuf ,une volaille saignée aux
pattes raidies, un poisson rutilant laisse le spectateur perplexe sur
l'état de mort de ces morceaux de viande ou de ces bêtes. De même
sous les yeux de Vlaminck, la campagne à l'hiver présente une triomphale
agonie;
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