Maurice Vlaminck

Maurice Vlaminck

1876-1958
Le fanfaron hypocondriaque fait éclater les tubes de couleur sur la toile

En bref

Maurice Vlaminck  "Je fais éclater les tubes de couleur sur la toile"

"J'ai tenté toute ma vie de peindre ces sentiments si intraduisibles pour la parole et pour la plume en me servant de couleurs pour arrêter le film du temps et le fixer sur la toile.J'ai tenté de recréer, chez le spectateur, des émotions que l'on croyait à jamais disparues ou enfouies..." voilà ce qu'écrivait Maurice Vlaminck.Il emploie des vermillons,des chromes, des verts et des bleus de Prusse pour hurler ce qu'il voulait exprimer.

Son Portrait

Jamais autant qu'avec Maurice Vlaminck l'identité d'une oeuvre et de l'homme qui la créa ne s'est affirmée. Le nom de Vlaminck a la sonorité métallique du fer frappant l'enclume. Rien qu'à le prononcer on est déjà dans les Flandres écrit Robert Rey. Enfant dans l'estaminet du grand-père, à Wambrechies, adolescent et en compétition avec les coureurs cyclistes, forçant comme eux à pleines cuisses, sur les grands braquets il aspirait à peindre les objets avec leur poids, leur densité comme s'il les avait représentés avec la matière dont ils étaient formés. face à la montée de ce nouveau genre: le cubisme, Maurice de Vlaminck se retire dans la campagne beauceronne, à Rueil la gadelière. Il veut se retremper dans la vie des plaines, des rivières, son univers. Devant certains aspects de la nature jaillissent les émois de Vlaminck qu'il plaque sur ses toiles. Il se retrouve dans cette ferme qu'il acquiert en 1937; Les blés, les arbres fruitiers, les bâtiments de culture le tout adhérant bien au sol sous un ciel sans limite; C'est le site qu'il a sous les yeux à son réveil. Il est alors heureux.


 
Sa rencontre dans un train de banlieue avec Derain


C'est dans le trajet de Paris à Chatou que Maurice Vlaminck et André Derain se rencontrèrent autour des années 1900. Le premier habitait le Vésinet, banlieue chère aux riches bourgeois de la III e République, le second vivait à Chatou, ville où il était né en 1880. Ils n'appartenaient pas à la même catégorie sociale: André Derain était fils d'un crémier glacier, commerçant patenté de Chatou; Maurice Vlaminck était de souche " populaire". Son père simple tailleur était devenu violoniste. Une intimité s'établit entre eux d'où naquit le fauvisme.


Le duo hurle par les tubes de couleur leur révolte
.Cette intimité devait se cconcrétiser par une réciproque amitié ; Ces deux fauves en chef partageaient une commune rébellion et entendaient exprimer que jaillissements et désobéissances. Foin de demi-teintes et de demis -tons, domaine des gens" bien élevés"; le duo se voulait "mal élevé"; D'ailleurs, un célèbre marchand de tableau avait traité Vlaminck de " Fanfaron de l'inculture". Inculture toute simulée si l'on s'appuie sur les écrits  indiqués ci-après sous la rubrique "Vlaminck parle".


l'École de Chatou ( 1904-1907)

Dans l'ex-restaurant "Le Vanneaux", à Chatou, André Derain et Maurice Vlaminck créent leur atelier. Cet atelier constituera l'école de Chatou, centre de diffusion du fauvisme. Le duo rebelle veut bousculer les conventions chères à la majorité du public. Ils plaquent sur la toile une série de couleurs avec toute leur puissance et dont la résonance pouvait , en s'orchestrant traduire l'émotion colorée des paysages. Ils tentent de créer des émotions que Vlaminck interprètent comme " intraduisibles pour la parole ou la plume ; Ils se servent de couleurs pour arrêter le film du temps.André Derain et Maurice Vlaminck cherchent les violentes rencontres de couleurs et de sentiment ; or celles que procurent le contraste entre l'état d'âme d'un individu et le lieu dans lequel il se meut comptent parmi les plus vives . La gravité de l'entraîneuse de boîte de nuit en plein travail d'attente et de guet a été exprimée par les deux peintres . L'entraîneuse peinte par André Derain est plus attentive; Celle de Maurice Vlaminck exprime plus la fatigue en faction.

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Notes biographiques

1876, 4 avril,  Maurice Vlaminck fils d'une famille d'origine flamande   naît, rue Pierre Lescot  à Paris 1879 s'installe au Vésinet1888 prend ses premières leçons de peinture avec Robichon, un peintre académique1895 devient coureur cycliste1899 fait la connaissance d'André Derain  1900 s'intéresse à la doctrine anarchiste et écrit des articles dans le journal  " le libertaire"1901 visite avec Derain une rétrospective Van Gogh; rencontre décisive avec l'oeuvre de Van Gogh peintre d'instinct; Il peint les bords de Seine à Nanterre 1905 découvre l'art nègre qu'il révèle à Matisse et à Derain au restaurant Azon; expose au salon d'automne1906 peint les arbres rouges, les bords de Seine à Carrières 1925 Vlaminck se retire à Rueil la Gadelière (Eure et Loir) 1929 écrit plusieurs livres de souvenirs : tournant dangereux, 1943 écrit portrait avant décès1958 meurt à Rueil la Gadelière (Eure & Loir)

 

Rencontre décisive de Vlaminck avec l'oeuvre de Van Gogh (1901)


En 1901, Derain entraîne Vlaminck dans une galerie, à l’occasion de la rétrospective Van Gogh. Onze ans après la mort du peintre hollandais, cette exposition révélait aux jeunes artistes des œuvres capitales telles que L’arlésienne, La Nuit étoilée, ou La Chambre à coucher. Rencontre décisive plus encore pour Vlaminck que pour Derain, dont la démarche était déjà affermie. En Van Gogh, Vlaminck reconnaît un peintre d’instinct qui, sans avoir recours à une démarche intellectuelle, utilise la couleur pure comme mode d’expression privilégié.

 


Vlaminck expose à côté de Derain dans la ligne du fauvisme qui fut à l’origine du scandale du Salon d’automne de 1905 relaté à la page consacrée à Matisse , nommé "la cage aux fauves" , et qui fit s'exclamer Picasso , soixante plus tard: "tu ne peux pas imaginer quel scandale s'était alors!". On peut mesurer ce scandale si l'on se souvient que Madame Matisse n'osa jamais entrer au Salon d'Automne 1905 à cause du scandale créé par son portrait " la femme au chapeau vert".  L'audace de Maurice Vlaminck  est de la même veine.

 

La montée du cubisme entraîne la séparation de Maurice Vlaminck et d'André Derain.


Vlaminck porte en haine le cubisme qui représente le monde hideux en le déformant exprès, remaniant les volumes, brisant et reconstruisant avec des membres dépecés de monstrueuses apparences. en 1914, Il aperçoit en apparence le visage hideux de la guerre a travers les premières toiles cubistes. Le tableau de Picasso des "Demoiselles d'Avignon" en totale rupture avec le reste de la peinture le choque. Cette oeuvre constitue une sorte de parachutage du cubisme et de l'art nègre. Derain qui s’est lié avec Picasso et Braque en 1907 les accompagne pendant un temps. Il reste toutefois en relation étroite avec Maurice Vlaminck et l'informe par lettres de l'évolution de la peinture et de ses rencontres.


"Vlaminck parle "

 

.. La peinture pure, la couleur sortant du tube?.. Dans l'orchestre que je dirigeais, j'avais décidé, pour me faire entendre de ne me servir que des cuivres, des cymbales, de la grosse-caisse, qui étaient en cette occurrence les tubes de couleur. De même que j'aurais donné l'ordre aux musiciens de souffler à pleins poumons dans le saxophone, le piston et le trombone à coulisse, de même je faisais éclater les tubes de couleurs sur ma toile et n'employais que les vermillons, les chromes, les verts et les bleus de prusse pour hurler ce que je voulais dire".

 

Les natures mortes de Vlaminck et ses paysages hivernaux.

Devant un tableau de nature morte  on mesure tout ce que ce mot "nature morte" sonne faux. L'éclat des couleurs qu'il utilise pour peindre une côte de boeuf ,une volaille saignée aux pattes raidies, un poisson rutilant laisse le spectateur perplexe sur l'état de mort de ces morceaux  de viande ou de ces bêtes. De même sous les yeux de Vlaminck, la campagne à l'hiver présente une triomphale agonie;