James Mac Neill Whistler
1834-1903

génie nomade annonciateur de Staël et Rothko

 

Whistler contre  l'imitation de la nature

Son séjour à Paris

James Mac Neill Whistler, était venu étudier la peinture à Paris en 1855. Il tomba sous l'influence de Courbet mais ne tarda pas à s'en détacher, proclamant qu'on ne saurait se contenter de copier le réel; L'essentiel de la création artistique c'est le choix que fait le peintre de ce qu'il veut reproduire. Prétendre qu'il faille imiter passivement la nature , cela reviendrait à soutenir, disait-il que le musicien n'a qu 'à s'asseoir sur le piano. Il s'associa bientôt au groupe d'artistes et d'écrivains qui orientaient la peinture vers l'impressionnisme. Fantin-Latour l'a fait figurer avec Baudelaire, Manet et leurs amis dans son célèbre ".hommage à Delacroix".En 1863 sa "jeune fille en blanc"fait presque autant scandale que le déjeuner  sur l'herbe de Manet. A cet époque il est sous l'influence de Vélasquez et peut être de Vermeer à qui l'on a pu se demander s'il n'avait pas emprunter l'idée d'insérer dans certains portraits comme celui de sa mère et celui de Carlyle un tableau placé au mur qui fait face au spectateur jouant un rôle dans l'équilibre de la composition.

Son séjour à Londres

IL y fit sensation; il affectait d'intituler ses tableaux symphonies, harmonies pour bien marquer que seules les  couleurs et les formes l'intéressaient. Commentant une certaine " harmonie en gris et or" effet de lumière sur la neige où se détache un silhouette noire, il déclarait: " je ne me soucie absolument pas du passé, du présent ou de l'avenir de ce personnage, placé seulement là parce que j'avais besoin d'une tache noire à cet endroit". Le portrait de sa mère " arrangement en gris et noir" et le portrait de Carlyle "arrangement en brun"  ou le portrait de Miss Alexander "harmonie en gris et vert"ainsi que les effets de nuit sur la Tamise, "nocturne en bleu et argent et nocturne en noir et or montrent son attachement à la couleur. Ce sont ses deux effets sur la Tamise qui provoquèrent un déchaînement féroce du critique Ruskin dont les accusations le conduisirent devant la Cour de justice.Ruskin fut condamné mais Whistler fut ruiné par les frais du procès. il dut vendre ses toiles et ses gravures et partit pour Venise.

Son séjour à Venise

Comme Turner puis plus tard comme Monet, Whistler trouvât dans l'eau et la lumière les thèmes essentiels et presque uniques de toute son oeuvre. Il aura la même attirance pour l'architecture baignée dans le soleil de Venise

La "memory method"  l'annonce de l'oeuvre de Staël et de Rothko

Contrairement aux futurs impressionnistes, il ne peint pas en plein air mais se fie à sa mémoire, prenant tout au plus quelques notes lors de ses expéditions crépusculaires sur la Tamise. Cette memory method qui filtre les éléments trop saillants de la réalité traduit la vision intérieure de l'artiste. Travaillant avec une palette réduite de onze couleurs de base, il construit ses Nocturnes sur l'opposition de deux tons principaux, exprimée dans le titre : Nocturne en bleu et or par exemple. Cette aspiration prémonitoire au monochrome est sans doute l'un des aspects les plus saisissants de l'oeuvre. Avec les titres anonymes et le caractère informel de la représentation, qui ne creuse pas la toile mais en exalte au contraire la surface, il en fonde l'étonnante modernité. Comme le note Théodore Duret, fidèle défenseur de Manet et des impressionnistes, «M. Whistler, en tirant les dernières conséquences de la combinaison harmonique de couleurs qui était apparue instinctivement dans ses premières œuvres, en est donc arrivé, avec ses nocturnes à l'extrême limite de la peinture formulée. un pas de plus et il n'y aurait sur la toile qu'une tache uniforme, incapable de rien dire à l'oeil et à l'esprit. Les nocturnes de Whistler font penser à ses morceaux de la musique wagnérienne où le son harmonique, séparé de tout dessin mélodique et de toute cadence accentuée, reste une sorte d'abstraction et ne donne qu'une impression musicale indéfinie." Whistler a atteint le seuil de la non-représentation. la suite il faudra la chercher dans les compositions de de Staël et de Rothko des années 1950

Galerie de tableaux de J.M.N Whistler

Exposition des portraits , des nocturnes, des paysages de Venise

 

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Notes biographiques

1834 Naissance de James Whistler à Lowell(USA) de parents irlando américains dans une famille de militaires.1851 entre à West point; n'y reste pas longtemps.1852 est engagé comme dessinateur hydrographe par l'office d'études côtières de Washington.1854 Part pour l'Angleterre puis pour la France. 2tudie dans l'atelier de Gleyre.1859 premier envoi au salon "au piano" est refusé.1860 "au piano" est accepté par la Royal Académy. Le jury en France refuse encore "la jeune fille en blanc"Dépité Whistler se fixe en Angleterre.Il fait des eaux-fortes et s'intéresse à la lithographie et à la pointe sèche. 1872commence une carrière de portraitiste dont le chef-d'oeuvre est le portrait de sa mère"exposé au Louvre1879 Voyage à Venise1886 est élu président de la société royale des artistes britanniques.1896 mort de son épouse. revient en France et devient l'ami de Degas.1903meurt de l'influenza alors qu'il était en voyage à Londres

L'ART MODERNE DEVANT SES JUGES

En 1878, Whistler attaque le critique John Ruskin, qui l'accuse de «jeter un pot de peinture à la face du public» avec son Nocturne en noir et or.

Extraits du procès :

Whistler : Si [le nocturne] s'intitulait Vue de Crémone, il n'engendrerait sans doute que la déception des spectateurs (rires). C'est un arrangement artistique.

 Attorney général : Pouvez- vous me dire combien de temps vous avez mis à bâcler ce nocturne ?

W. : J'ai travaillé dessus pendant deux jours.

A. G. : Vous demandez donc 200 guinées pour le travail de deux jours ?

W. : Non, je les demande pour l'expérience d'une vie (applaudissements)

 

Les deux bonnes fées de Whistler: Turner et l'art japonais

Whistler rejoint ainsi Mallarmé qui affirme que nommer un objet c'est supprimer les trois quarts du plaisir. Il pousse plus avant dans l'art de la suggestion en titrant l'admirable portrait de sa mère Arrangement en gris et noir, ou celui du poète Carly1e Arrangement en gris et noir 2. Malgré ces titres qui prétendent faire de la mère de l'artiste ou du grand poète de simples taches de couleurs destinées à servir l'harmonie de la composition, il ne parvient pas à détourner notre attention de la bouleversante présence de ses modèles. Cette charge affective et psychologique très forte est d'ailleurs l'origine de l'extraordinaire popularité du portrait de sa mère. Affublé d'un pot de chrysanthème, il orna même un timbre émis dans les années 30 «en l'honneur des mères d'Amérique», ce qui eût horrifié son auteur. Pourtant, ces œuvres ne transgressent pas les règles de la représentation traditionnelle.

Il y a dans ces premiers Arrangements et Symphonies un net décalage entre les intentions avouées et le résultat. Le pas est franchi avec la série des Nocturnes. Whistler choisit dans la nature les lieux et les moment les plus teintés d'irréalité : bords de mer ou rives de la Tamise, saisis entre chien et loup, à l'aube ou au crépuscule, «quand la brume du soir revêt la rive de poésie, comme d'un voile, et que les pauvres constructions se perdent dans le ciel pâle, et que les hautes cheminées deviennent des campaniles, et les entrepôts des palais dans la nuit». Deux bonnes fées se sont penchées sur l'extraordinaire entreprise des Nocturnes Turner et l'art japonais. De Turner, il apprend à faire surgir des illusions de lumière et d'espace à partir de brumes colorées informes. L'influence du Japon est plus considérable encore. Whistler a été parmi les tout premiers artistes occidentaux à collectionner l'art japonais. Si son premier japonisme se borne à habiller de kimonos ses modèles, Whistler ne tarde pas à comprendre la leçon des estampes colorées d'Hiroshige et Hokusai : dépouillement extrême, absence de perspective, couleurs légères et peu nombreuses